​Une application pour rouler en santé

Photo: Michaël Monnier Le Devoir
Si rouler à vélo est une bonne façon de limiter le taux de pollution en ville, les cyclistes qui bravent le trafic ont la plupart du temps le nez plongé dans les gaz des pots d’échappement des véhicules avec qui ils partagent la route.

Pour limiter l’inhalation de ce cocktail urbain nocif pour la santé, des chercheurs de l’Université McGill ont développé un outil interactif en ligne qui permet désormais aux cyclistes de connaître le niveau de pollution sur le trajet précis qu’ils souhaitent emprunter… Et leur proposer une alternative plus propre ou moins courue par les voitures.

Cette carte «BicyclAir» permet de cliquer sur son point de départ et d’arrivée, afin d’obtenir trois options : un trajet bleu, indiquant le chemin le plus court, un trajet vert, proposant un circuit moins pollué, puis un circuit rouge, suggérant un itinéraire plus «calme» à emprunter pour se rendre à bon port en croisant moins de voitures.

Mise au point par la professeure Maria Hatzopoulou, adjointe en génie civil à l’Université McGill, cette carte de la pollution sur les différentes artères de la ville a été développée grâce aux échantillons recueillis depuis quatre ans par des cyclistes circulant en ville sur des vélos équipés de capteurs d’air sophistiqués, d’une valeur de 60 000 $ pièce.

« Même si on n’est pas en Chine ou à Mexico, les effets de la pollution sur la santé humaine sont connus. Plusieurs études prouvent que cette pollution a des impacts nocifs, surtout sur les personnes vulnérables. L’idée de cette “ appli ” est née parce que l’on travaillait déjà à créer une carte de la pollution à Montréal », explique le professeur Hatzopoulou.

S’il ne s’agit pas d’une application à proprement parler — c'est-à-dire à télécharger sur un téléphone intelligent — l’outil Web peut en un clic révéler le niveau de pollution attendu en se rendant d’un point A à un point B. « Le trajet le plus propre est suggéré grâce à un algorithme qui utilise les données sur la pollution recensée dans chaque segment de rue à Montréal et optimise le parcours en fonction de ces données », ajoute la chercheuse de McGill.

L’outil Web permet aussi de « voir » les niveaux de pollution au dioxyde d'azote recensés sur les différentes artères de la métropole en cliquant sur la case NO2, ou de superposer la carte des pistes cyclables aux divers trajets proposés.

Un exemple. Pour relier le Vieux-Montréal au Jardin botanique, la carte «BicyclAir» nous propose un premier trajet « express », remontant l’avenue McGill, puis filant vers l’est sur Sherbrooke jusqu’à Pie IX. Ce parcours rapide nous exposera à 147 parties par million de dioxyde d'azote (NO2) par kilomètre, plutôt que 143 ppb/km pour le parcours « vert » qui emprunte plutôt de la Commune vers l’Est, puis Saint-Hubert, avant de relier Sherbrooke pour atteindre le Jardin botanique.

Pour rouler loin des voitures, un itinéraire rouge propose plutôt pour un troisième circuit passant par les rues Notre-Dame, Saint-Denis, Saint-André, rue du Parc-Lafontaine, puis un zigzag évitant toutes les artères majeures du Plateau jusqu’à destination.

Selon l’outil, ce parcours « zen » nous exposera à 1232 voitures, plutôt que plus de 5500 pour les deux autres options. Surprise, ce trajet « antivoiture » nous expose par contre à plus de pollution que le parcours rapide, plongé au cœur du trafic !

« Le trajet le plus calme n’est pas nécessairement le plus propre, parce que la pollution urbaine n’est pas due qu’à la circulation », insiste Maria Hatzopoulou.

La carte «BicyclAir» a été imaginée pour démocratiser ces données de recherche et les rendre accessibles au plus grand nombre, pas seulement aux cyclistes, insiste-t-elle. En effet, ces données pourront être utiles aux randonneurs, aux joggeurs ou même aux résidents, curieux d’en savoir plus sur la qualité de l’air dans leur quartier.

Mais trajets pollués ou pas, les cyclistes qui tiennent à leur santé peuvent se consoler. Plusieurs études récentes ont démontré que parmi tous les citadins en déplacement en milieu urbain, ceux qui enfourchent leur vélo sont moins exposés aux émissions NO2 que les automobilistes, puisque les polluants recrachés par les véhicules ont plutôt tendance à s’accumuler dans l’habitacle des voitures.

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