Chauffage: un projet de règlement pourrait menacer certains oiseaux

Le martinet ramoneur, une espèce en déclin, est protégé en vertu de la Loi sur les espèces en péril.
Photo: Source: Parcs Canada Le martinet ramoneur, une espèce en déclin, est protégé en vertu de la Loi sur les espèces en péril.
Qui l’eût cru? Le nouveau projet de règlement de la Ville de Montréal sur le chauffage au bois pourrait représenter une menace pour certains oiseaux.

Le martinet ramoneur, un oiseau migrateur désigné comme espèce menacée au Canada, niche dans les cheminées. Or, le nombre de cheminées susceptibles d’accueillir ces oiseaux pourrait diminuer avec l’interdiction des poêles au bois non certifiés à compter de 2020, craint le Regroupement QuébecOiseaux (RQO).

En décembre dernier, la Ville a tenu des consultations sur la nouvelle mouture de son règlement sur les appareils de chauffage et plus d’une vingtaine de mémoires ont été déposés à cette occasion. 

Le projet de règlement, s’il est adopté, interdira l’utilisation des poêles au bois à l’exception des appareils certifiés qui n’émettent pas plus de 1,3 g/heure de particules fines dans l’atmosphère. 

Bien que favorable à une réduction des émissions de particules fines, le RQO s’inquiète des impacts du règlement sur les populations de martinets ramoneurs. Selon le Regroupement, le règlement aura pour effet d’inciter les propriétaires à retirer ou à remplacer leur appareil de chauffage.

Dès lors, ils pourraient être tentés de modifier leur cheminée. Installer un pare-étincelles, un « chapeau » ou une gaine métallique dans une cheminée empêche les martinets de s’y établir, prévient le Regroupement. 

Espèce en péril 

Le martinet ramoneur, une espèce en déclin, est protégé en vertu de la Loi sur les espèces en péril. Entre 1970 et 2010, le nombre de ces oiseaux a diminué de 92 % au Canada. Avant l’arrivée des Européens, ils nichaient dans la cavité d’arbres morts, mais avec le déboisement, ils ont adopté les cheminées. 

Dans son mémoire, le RQO décrit en détail les spécifications des cheminées accueillantes pour les martinets. Pour la nidification, celles-ci doivent être dotées d’un conduit intérieur d’au moins 28,5 cm, précise-t-on. « Les cheminées convenant au martinet ramoneur ont pour la plupart été construites avant 1960 », note d’ailleurs le RQO. 

Selon l’organisme, il ne faut pas craindre qu’un nid de martinet ramoneur obstrue une cheminée. Un seul couple occupe une cheminée et son nid est de petite taille. De plus, l’oiseau quitte le Québec à la saison froide lorsque les cheminées sont en fonction. 

Pourquoi les citoyens devraient-ils se préoccuper du martinet ? « Le martinet se nourrit d’insectes. Il exerce donc un certain contrôle sur cette population », explique la biologiste Geneviève Perreault. « Mais il suffit de se rappeler que chaque espèce a un rôle à jouer dans l’environnement et l’écosystème. La disparition d’une espèce va entraîner toutes sortes de conséquences qu’on ne peut pas toujours prévoir. » 

Le Regroupement suggère donc qu’un statut de « patrimoine naturel » soit attribué aux cheminées propices aux martinets et que des restrictions s’appliquent lorsque des modifications sont apportées à ces structures. L’organisme recommande également que le ramonage des cheminées en maçonnerie soit interdit entre le 1er mai et le 1er septembre. 

Poêles certifiés

Plusieurs mémoires déposés devant la commission de la Ville sont favorables au nouveau règlement, mais des groupes, dont l’Association des professionnels du chauffage (APC) et l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), ont demandé à la Ville d’être moins restrictive.

Ainsi, disent ces dernières, la Ville devrait autoriser l’installation de poêles au bois respectant la norme EPA de 4,5 g/heure, et ce dès 2015 plutôt que de restreindre les exigences à des émissions de 1,3g/h en 2020. 

Autoriser la norme de 4,5 g/h permettrait de réduire de 94 % les émissions de particules fines et d’accélérer le remplacement des foyers désuets et polluants qui ne sont pas certifiés, rappelle l’APC. L’organisme se réjouit par ailleurs que la Ville ait renoncé à interdire tous les poêles au bois, même les plus performants, comme elle l’avait fait dans son règlement adopté en 2009 qui n’autorisait que les appareils à l’électricité, au gaz ou aux granules de bois.

« Les gens tiennent à avoir un chauffage d’appoint et beaucoup d’entre eux veulent chauffer au bois. Ce qui est bien, c’est qu’une nouvelle technologie existe », indique la directrice générale de l’APC, Chantal Demers. 

De son côté, l’AQLPA croit que la Ville devrait cesser de faire la promotion de l’utilisation du gaz naturel, une énergie fossile, comme remplacement du bois ou des granules.

Rappelons que la Commission prévoit remettre ses recommandations à l’administration Coderre en février prochain. Le nouveau règlement devrait être adopté plus tard cette année.
5 commentaires
  • Victoria - Inscrite 9 janvier 2015 10 h 24

    Cheminée et insectes ravageurs

    Zut ! Nous avons remplacé notre belle cheminée de maçonnerie pour une préfabriquée certifiée lors de nos grandes rénovations en 2000. Peu de temps après, nous avons vécu une augmentation d'insectes ravageurs dont la population est difficile à contrôler.
    Nous habitons la campagne depuis notre naissance et nous avons toujours voulu vivre en harmonie avec la nature et l’écosystème, dans la mesure du possible (sans pesticide ni insecticide).
    Avoir su avant, nous l’aurions reconstruite au lieu de la remplacer afin de préserver et accueillir de nouveau le martinet ramoneur.

  • Victoria - Inscrite 9 janvier 2015 10 h 35

    Affrontement entre les groupes environnementalistes ou écologistes

    Vouloir tout contrôler. Un rappel à l’ordre de la Terre.
    Un jour ou l’autre, la Terre démontre les conséquences des actions humaines sur l’équilibre de son écosystème.

  • Mario Gauthier - Inscrit 9 janvier 2015 14 h 13

    Quand le ridicule ne tue pas

    Il permets de bien rire

    Car depuis qu'on cause de ce sujet, il est remarquable de voir à quel point la réalité sous-jascente est tout autre. À mon avis, il n'est pas tant question de pollution de l'air que de sous, de gros sous (c'est payant, le granule et le gaz naturel)!

    Qu'on impose une taxes à tous ceux qui polluent la ville à l'année avec leurs petits véhicules trop gourmands ou polluants (camions, les jeeps, véhicules utilitaires, convois routiers et cie?) et je suis certain qu'assez rapidement, les problèmes de smogs (qu'on attribue au poèle à bois) diminueront de façon assez remarquable.

    Mais qui veut entendre raison losqu'il s'agit de faire commerce?

  • Jean Richard - Abonné 9 janvier 2015 17 h 05

    Un peu exagéré

    Il est probablement exagéré de prétendre que l'interdiction conditionnelle du chauffage au bois, le plus polluant qui soit, puisse mettre en péril une espèce d'oiseau. La majorité des martinets logent non pas dans des petites cheminées mais dans des grandes. Je me souviens d'avoir vu des milliers de martinets s'engouffrer chaque soir dans une immense cheminée d'un collège et en ressortir chaque matin. Mais je ne me souviens pas d'avoir vu un seul de ces oiseaux entrer dans la petite cheminée des maisons – là où pourtant on trouvait des étourneaux sansonnets (qui n'étaient plus capables d'en ressortir et qui obligeaient les gens à installer un grillage protecteur). Je me souviens même d'avoir trouvé une crécerelle américaine pas plus habile que les étourneaux.

    Même pour ceux qui chauffent au bois en ville, les cheminées de brique sont beaucoup plus rares qu'avant et celles qui existent encore sont souvent doublées à l'intérieur d"un conduit métallique qui les rendent impropres à accueillir les martinets. Et bien sûr, la majorité sont également équipées de grillages anti-oiseaux. Aussi, l'idée de sacrifier les poumons des citadins pour sauver les martinets ne tient pas trop bien la route.

    Par ailleurs, l'AQLPA fait aussi fausse route à propos du gaz naturel. L'usage du gaz naturel inclut le biogaz, qui n'est pas une énergie fossile (et qui est sous-exploité au Québec). Et de toute façon, le gaz reste un combustible beaucoup plus propre que le bois (le pire qui soit en ville, faut-il le répéter). Parce que l'électricité est peu fiable (demandez aux victimes du dernier épisode de verglas, ou à celle de la panne inexpliquée l'automne dernier), les gens veulent un chauffage d'appoint. Entre le bois, le charbon, le mazout et le gaz, ce dernier est de loin le plus efficace et le moins nocif pour nos bronches.

    • Geneviève Perreault - Inscrite 9 janvier 2015 18 h 22

      Bonjour M. Richard,

      Si vous aviez prit le temps de lire le mémoire du Regroupement QuébecOiseaux se trouvant sur le site web de la Commission (http://bit.ly/1GsHWmv), vous auriez compris que, contrairement à ce que vous affirmez, le Regroupement est bel et bien favorable à la mise en place d’un règlement qui participera à améliorer la qualité de l’air à Montréal. Il n’est absolument pas question de « sacrifier les poumons des citadins pour sauver le martinet ». Nous souhaitons simplement apporter quelques recommandations afin de diminuer les impacts possibles que l’adoption d’un tel règlement pourrait engendrer pour le Martinet ramoneur, une espèce menacée au Canada.

      Comme vous l’expliquez si bien vous-même, les cheminées de maçonnerie qui sont adéquates pour l’espèce se font de plus en plus rares, ou sont souvent munies d’accessoires limitant l’accès au martinet (ex. : chapeau, grillage, gaine métallique). Le nombre de cheminées disponibles pour l’espèce est donc en chute libre. C’est exactement pourquoi il est primordial de préserver celles qui sont encore disponibles.

      Par ailleurs, les martinets utilisent des cheminées de différentes tailles. Les grosses cheminées que vous décrivez sont des cheminées-dortoir qui servent d’abris à plusieurs individus pour y passer la nuit, ou lors d’intempéries. Mais le martinet utilisera aussi des cheminées de petite taille pour la nidification. À cette période, un seul couple utilise la cheminée et celui-ci se fait très discret pour éviter d’attirer l’attention de prédateurs, ce qui pourrait expliquer pourquoi vous n’en avez jamais observé.

      Je vous invite, ainsi que tous les gens intéressés par le sujet, à prendre connaissance du mémoire écrit par le Regroupement QuébecOiseaux afin d’en savoir plus sur les recommandations proposées.