Quand les citoyens mettent l'Ebola sur la carte

Cartographie aux Philippines après le passage du typhon Haiyan.
Photo: Source: Humanitarian OpenStreetMap Team Cartographie aux Philippines après le passage du typhon Haiyan.
Les premiers villages affectés par l’Ebola n’étaient pas sur les cartes. Difficile de savoir où mettre les bonnes ressources au bon endroit dans de telles conditions.

En moins de 24 heures, des cartes des trois premières villes guinéennes affectées par l’épidémie ont tout de même été fournies à Médecins Sans Frontières par Humanitarian OpenStreetMap Team (HOT). Grâce à l’apport de plus de 2000 contributeurs, l’organisme HOT a ensuite continué son travail de cartographie de centaines de localités jusque-là oubliées par la mappemonde.

Et c’est depuis St-Jean-sur-Richelieu que Pierre Béland coordonne le groupe HOT contre l’Ebola. La méthode est tellement simple qu’elle paraît presque un jeu. À partir d’images satellites obtenues gratuitement auprès des gouvernements ou de compagnies satellitaires, les collaborateurs retracent les éléments qui apparaissent à l’écran. Par exemple, en voyant une route ou une maison sur la photo, M. Béland en trace les contours, ce qui inscrit l’information sur la carte.

Les représentations géographiques ainsi créées sont ensuite rendues disponibles gratuitement en ligne. Les travailleurs humanitaires ou d’autres gens sur le terrain peuvent à leur tour ajouter davantage de détails : le nom des routes et des villages ou la présence d’un hôpital par exemple.

«Si par exemple quelqu’un infecté a été en contact avec 50 personnes, il faut pouvoir retrouver ces 50 personnes. Le nom de chaque village devient très important», illustre M. Béland. Et vice-versa, les cartes se bonifient au fil des utilisations : «Les travailleurs peuvent les télécharger, les imprimer et revenir les modifier à partir des notes prises sur le terrain. Ils les utilisent aussi sur leurs téléphones pour faire de la navigation routière, ou les déposent à des centres de coordination par exemple.»

Contrairement aux cartes élaborées par le géant Google, celles d’Open Street Maps sont en libre accès. «Concrètement, cela signifie que les données peuvent aussi être utilisées dans d’autres logiciels», explique M. Béland, qui incite les grandes organisations humanitaires à s’en servir. L’idée est de créer un écosystème où tous ceux qui participent à la carte peuvent aussi bénéficier de l’intelligence collective. Crowdsourcing et données en libre accès se mettent ainsi au service de l’humanitaire.

Et avant que la catastrophe — naturelle ou humaine — n’éclate, pourquoi ne pas cartographier d’avance ces villes manquantes. Le journal britannique The Guardian invitait justement à venir passer le vendredi soir du 7 novembre dans un «carto-party» appelé Missing Maps. Dans leurs bureaux de Londres, environ 80 personnes étaient réunies pour faire l’esquisse attentive de Baraka, une ville de l’Est de la République démocratique du Congo. La carte devrait ensuite être imprimée en grand format. Des morceaux seront ensuite distribués à des bénévoles sur place, pour qu’ils y inscrivent les informations manquantes.

Ces rassemblements Missing Maps comme celui du Guardian avaient lieu dans une dizaine de villes, dont Vancouver. On pouvait d’ailleurs suivre en direct l’ajout d’édifices en Namibie, de routes en Bolivie, de terres agricoles aux Philippines.

Ces cartes d'Open Street Maps élaborées en crowdsourcing trouvent d’ailleurs des usages dans d’autres domaines. L’application allemande Wheelmap indique par exemple tous les endroits accessibles en fauteuil roulant. De bonnes idées pour Montréal?

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