​Le parc des Gorilles devrait renaître de ses cendres

Les Ami(e)s du parc des Gorilles ont obtenu l’assurance que la Ville de Montréal et l'arrondissement travailleraient de pair afin d’acquérir et d’aménager le terrain, qui se trouve au coin des rues Beaubien et Saint-Urbain.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Les Ami(e)s du parc des Gorilles ont obtenu l’assurance que la Ville de Montréal et l'arrondissement travailleraient de pair afin d’acquérir et d’aménager le terrain, qui se trouve au coin des rues Beaubien et Saint-Urbain.
Le parc des Gorilles, cette ancienne friche boisée située au coin des rues Beaubien et Saint-Urbain et détruite par le groupe Olymbec en mai 2013, renaîtra de ses cendres, mais pas avant quelques années. Les résidents du secteur Marconi-Alexandra devront donc s’armer de patience en attendant le réaménagement d’un espace vert dans leur portion de l’arrondissement Rosemont—La-Petite-Patrie.

C’est au moins avec cette promesse en poche que les résidents du secteur ont quitté le conseil municipal, le 16 septembre dernier. Après des mois d’attente et d’incertitude, les Ami(e)s du parc des Gorilles, ce comité citoyen qui milite depuis un an et demi pour la restauration d’un parc dans le quartier, ont finalement obtenu l’assurance que la Ville de Montréal et leur arrondissement travailleraient de pair afin d’acquérir et d’aménager le terrain.

Il s’agit d’une première bonne nouvelle pour les résidents du secteur. Rencontrés une première fois à la mi-juillet par Le Devoir, ces derniers étaient alors sans réponse concrète depuis plusieurs mois quant à l'avancement du dossier.

En effet, jusqu’à présent, rien ne garantissait que les fonds nécessaires au rachat de l’espace soient disponibles. Or, le membre du comité exécutif et responsable du dossier pour la Ville, Russel Copeman, a assuré aux résidents lors du dernier conseil municipal qu’un budget serait prévu dans le prochain Programme triennal d’immobilisations (PTI). Ce dernier doit être adopté d’ici la fin de l’année 2014 par le Conseil. «L’argent est là, la volonté est là, a affirmé M. Copeman en entrevue téléphonique. Il faut maintenant être patient.»

Un long processus

L’acquisition du terrain est la première étape à franchir. Il faudra toutefois attendre l’adoption du PTI par les élus. Le comité exécutif mandatera ensuite le Service de gestion et de planification immobilière afin que ce dernier négocie avec le promoteur sur la possibilité d’acheter le site. «Des démarches ont déjà été entreprises auprès d’Olymbec, assure M. Copeman. Ce dernier semble réceptif.»

La Ville dispose d’encore trois ans pour négocier de gré à gré avec le promoteur. Après quoi, la réserve foncière actuelle, déposée le 29 mai 2013, et la possibilité de la renouveler pour deux ans sera expirée. C’est cette mesure qui empêche actuellement le groupe corporatif de procéder à des travaux de construction sur le site.

Le maire de l’arrondissement Rosemont—La-Petite-Patrie, François Croteau, assure cependant que tout espoir ne disparaît pas avec l’arrivée à échéance de la réserve. «Si les négociations ne fonctionnent pas, la Ville pourra toujours passer devant un juge administratif. C’est alors ce dernier qui déterminera la valeur du terrain», explique-t-il.

Une fois le terrain acquis par la Ville, un transfert de crédits devrait permettre à l'arrondissement de procéder à son aménagement. «Nous souhaitons nous inspirer du [modèle] du Champ des possibles, situé dans l'arrondissement du Plateau-Mont-Royal, et développer une cogestion», ajoute M. Croteau. De cette manière, le parc des Gorilles rêvé par les résidents devrait pouvoir voir le jour. «Il faut juste être patient. Ce sera un dossier à suivre dans les prochains mois, mais aussi dans les prochaines années.»

Mais cette patience demandée de part et d'autre par les élus s'étiole de plus en plus au sein du comité citoyen. «Notre patience est proportionnelle à notre envie de voir ce projet se réaliser enfin, lance Simon Van Vliet, qui habite le quartier depuis deux ans et interrogé au lendemain du conseil. C’est tellement difficile d’obtenir des réponses, d’avoir un suivi… Ce sont les gens qui vivent sur place qui subissent les conséquences en attendant!»

La petite histoire

Jusqu’en février 2013, le terrain appartenait au Canadien Pacifique (CP). Situé à quelques minutes de la Petite Italie, il s’agissait alors du seul espace vert dans cet ancien quartier industriel. Ce dernier, autrefois lézardé par le chemin de fer, est aujourd’hui massivement asphalté et se transforme en véritable four à ciel ouvert par temps de canicule.

Utilisé comme îlot de fraîcheur par les résidents, c'est à l'artiste Fraces Foster qui réside dans le quartier depuis plus de 20 ans qu'il doit son nom. «Le parc était laissé à lui-même, se remémore-t-elle. À l'état sauvage...» Et les gorilles? «C'est nous! Les résidents du quartier qui habitons cette petite jungle urbaine», ajoute-t-elle avec un sourire. 

Ciblé par la Ville lors des consultations publiques pour le Plan de développement urbain, économique et social du secteur, le terrain devait être transformé en parc public. Or, rien n’empêchait le CP de le vendre à quelqu’un d’autre, ce qui est finalement arrivé au début de l'année 2013.

Les résidents de Marconi-Alexandra ont appris le transfert de propriétaire de manière brutale à la mi-mai 2013 lorsqu’ils ont découvert que les arbres avaient été abattus. Les jours suivants, le terrain a été excavé, puis empli de gravelle compactée. Après vérification, les citoyens ont appris qu'Olymbec avait alors procédé sans permis.

Rapidement, les citoyens se sont mobilisés et ont commencé à occuper l’espace en signe de protestation. En parallèle, ils ont aussi entrepris des démarches auprès des élus afin d’obtenir réparation. Si, au départ, les réponses ont été rapides de la part de l’arrondissement, le dossier s'est rapidement enlisé.

«Au début, tout le monde voulait sauver le parc des Gorilles, s’exclame Frances Foster. Mais c’est vite devenu une partie de ping-pong, chacun des partis se renvoyant sans cesse la balle. Pendant ce temps-là, nous n’avons plus de parc.»

Un an et demi plus tard, alors que le dossier n’a pratiquement pas avancé, les résidents se retrouvent devant le conseil municipal.

Question d’abattage

Au Québec, il n’existe que très peu de recours contre la coupe d’arbres en zone urbaine. Rien dans la Loi sur les cités et les villes, qui relève du gouvernement provincial, ne permet à une municipalité d’octroyer une amende de plus de 5000 $ au responsable de l’abattage, que ce dernier soit «un citoyen corporatif ou individuel». Dans cette optique, que le promoteur fautif ait procédé à l’abattage d’une dizaine ou d’une centaine d’arbres n’a pratiquement pas d’impact sur la valeur totale de l’amende.

Dans le cas du parc des Gorilles, le comité de citoyens estime qu’une cinquantaine d’arbres matures ont été mis à bas par Olymbec en mai 2013. À la suite de l’évaluation par les horticulteurs de l’arrondissement, un constat d’infraction de 500 $ a été déposé contre le groupe corporatif.

«Ce qu’il faut comprendre, c’est que, bien que le fait d’avoir coupé les arbres sans permis est illégal, le promoteur est propriétaire du site, nuance François Croteau. Il est alors dans son droit de niveler son terrain en vue d’effectuer de futurs travaux.»

Pour sa part, le groupe Olymbec n’a pas voulu répondre aux questions du Devoir.
1 commentaire
  • Daniel Laberge - Inscrit 22 septembre 2014 17 h 45

    C'est HONTEUX!

    Sous ce climat, ça va prendre combien de décennies pour reboiser ça?

    Il faudrait forcer les coupables à replanter des arbres adultes tel que c'était avant. On met une ou deux entreprises sur le cul et les autres se tle tiennent poir dit.