Dans l'antre technologique du Quartier des spectacles

Une scène de<em> McLaren Mur à Mur</em>
Photo: Martine Doyon Une scène de McLaren Mur à Mur
La place des festivals a été conçue comme une salle de spectacle à ciel ouvert. Mais la magie, multipliée sur plusieurs autres sites du QDS, s’opère aussi sous terre. Tandis qu’on assiste à un concert de la grande place, les signaux qui animent les projections sur grands écrans et sur les façades architecturales du Quartier des spectacles courent sous nos pieds.

«On a un important réseau de fibre optique qui se déploie partout autour du pôle de la Place des Arts et dans l'est du Quartier des spectacles. Mais c'est ici que tout converge, explique Mikaël Charpin, responsable des infrastructures technologiques au Partenariat du Quartier des spectacles (PQDS), depuis la régie centrale, qui domine la grande place des festivals, au sixième étage de la Maison du jazz. Ça permet de contrôler n'importe quelle techno, système de son ou de projection dans la rue ou dans les théâtres.» Car ce système relie à la régie non seulement les façades et les places publiques, mais aussi le TNM, la Maison symphonique et l’UQAM.

La fibre optique permet de diffuser à la fois du son, de l’éclairage, de la vidéo. Parmi les événements ayant probablement canalisé le plus de gigas bits, il cite le récent hommage au maître de l’animation Norman McLaren, McLaren Mur à Mur. Il s’agissait de huit installations simultanées campées sur huit sites différents, dont trois interactives.
 
Signature multimédia

Avec ce réseau de câbles enfouis, ses 32 vidéo projecteurs, ses serveurs, son système wifi, le PQDS s’est doté d’un véritable Laboratoire numérique urbain. Le plan lumière appelé à devenir la signature du Quartier en 2009 s’est complexifié, au fil des développements technologiques, pour y inclure des dimensions sonore, puis vidéo.

«Avec cette boîte à outils, on peut accueillir les œuvres à moindre coût et ça permet aux artistes de se concentrer sur le contenu, il y a moins de technique à gérer», explique M. Charpin. «Ils peuvent tester des choses et pousser plus loin leur art», enchaîne Pascal Lefebvre, directeur de la programmation du QDS. Il signale que le site bénéficie aussi à l'industrie créative qui peut y tester ses produits technologiques.

Si les installations urbaines (création de la place des Festivals, de la Promenade, du Parterre, de son mobilier et de sa signalétique lumineuse) ont coûté 140 millions de dollars, M. Charpin estime que 10 millions de plus ont permis de bonifier les infrastructures technologiques. Uniques, celles-ci font du QDS «le plus grand parc permanent de vidéo-projecteurs au monde», selon M. Charpin. Montréal devient ainsi un point de chute idéal pour diffuser des œuvres numériques dans l’espace public. Déjà fort de Luminothérapie et d'autres projets collaboratifs, le Laboratoire numérique urbain veut stimuler encore plus les appels de projets, pour inscrire ceux-ci dans une plus longue durée et pour couvrir l'ensemble du territoire.
 
Les projets à venir:
 
Projection de Krzysztof Wodiczko sur le mur du théâtre Maisonneuve, en collaboration avec la Biennale de Montréal et le Centre PHI. Dès octobre.

L'artiste d'origine polonaise travaille la vidéo projection depuis les années 1980 où il aborde des thématiques sociales. «C'est une mise en scène de plusieurs interviews réalisées avec des itinérants du Quartier», résume Pascal Lefebvre.
 
Parcours mémoire en lien avec l'exposition Scandale! Vice, crime et moralité à Montréal, 1940-60 du Centre d'histoire de Montréal. Au printemps prochain.

«On veut miser sur l'idée du parcours. On est en train de développer une application générale qui puisse s’adapter à toutes sortes de contenus. Le premier de ces contenus sera celui de Scandale!», dit Pascal Lefebvre.
 
Human Futures, 2015. Avec des partenaires de quatre villes européennes et financés par l'Union européenne, quatre duos d'artistes (quatre Canadiens pairés avec des artistes de Berlin, Liverpool, Aahrus, Vienne) réalisent une œuvre numérique sur le thème de l'espace public, social, l'espace de vie, et l'espace en réseau. Le QDS leur servira d'écran de diffusion.
 
Les étapes à finir du QDS
 
Un seul pôle du QDS— celui de la Place des arts — a été développé jusqu'ici, au coût de 140 millions de dollars. Et il reste encore l'esplanade Clark à réaliser. Le maire Coderre a promis une annonce bientôt et une date butoir: 2017.

Vient ensuite le pôle Saint-Laurent et l'urgence de combler le trou du béant du futur (et incertain) Carré Saint-Laurent. Le QDS se conclura avec le développement du pôle du Quartier latin.

Le QDS a eu ses hauts et ses bas. Son président, Jacques Primeau, croit toutefois qu'on est en train de récolter ce que l'on a semé, alors que la population du quartier a augmenté de 30% et que les commerces de qualité poussent aux alentours. La réelle mesure de ces retombées sera bientôt dévoilée.