Camions: pour en finir avec l'angle mort

Le mécanicien Steve Guilbeault dans la cabine de son véhicule démontre comment la présence des caméras change la visibilité des camionneurs de façon spectaculaire.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Le mécanicien Steve Guilbeault dans la cabine de son véhicule démontre comment la présence des caméras change la visibilité des camionneurs de façon spectaculaire.
La sécurité des piétons et des cyclistes est sur toutes les lèvres depuis le décès tragique de Mathilde Blais, écrasée sous les roues d'un poids lourd dans le périlleux viaduc Saint-Denis/Descarrières. L'accident d'une autre cycliste, boulevard de Maisonneuve, a fait monter d'un cran la tension. Faute de lobby pour déplorer sa mort, le décès d'une dame de 77 ans, broyée par un camion semi-remorque sur la rue Beaubien, est passé, lui, un peu plus inaperçu. La pression s'accroît sur les conducteurs de camions depuis. On réclame règlements, barres de protection latérales. Comme si, tout d'un coup, on découvrait la dangerosité de ces mastodontes sur roues.

Pourtant, l'histoire se répète. Les remèdes sont connus. Et appliqués, ici même, à deux pas du centre-ville de Montréal.

L'électrochoc Jessica

Depuis 2009, l'entière flotte de camions de la ville de Westmount est équipée de dispositifs latéraux de protection. Plus encore: les deux tiers des véhicules arborent des caméras à l'arrière et sur le fameux côté droit, talon d'Achille de ces colosses de la route. Cela, à la suite de l'électrochoc causé par la mort de Jessica. Une jeune fille de 21 ans de Westmount, fauchée par un camion de déneigement avec son jeune frère de 10 ans (qui en a gardé depuis de graves séquelles) quelques jours avant Noël, en 2005.

L'affaire avait fait grand bruit dans ce quartier huppé, et le sort a voulu que les deux parents de Jessica Holman-Price, ingénieurs de profession, mènent une campagne sans répit auprès de tous les gouvernements pour forcer l'ajout de barres latérales aux camions. Le père, d'origine britannique, qui avait grandi avec des camions dotés de telles barres, offre même, depuis, son soutien technique aux camionneurs pour fabriquer les fameux dispositifs sauveurs de vie.

«Quand j'étais ingénieure aux travaux publics, cette histoire m'avait énormément frappée. J'avais moi-même de jeunes enfants à l'époque. La mère avait fait elle-même les recherches et était venue au conseil municipal pour nous prouver que cela existait depuis 30 ans en Europe et qu'il fallait modifier nos camions», raconte Marie-Anne Zalzal, aujourd'hui directrice des travaux publics à la ville de Westmount.

Sans demander son reste à personne, Mme Zalzal a fait installer les fameuses «jupes» en 2009 et termine l'implantation des caméras dans tous les camions de la flotte municipale. Contrairement à ce qu'invoquait cette semaine le maire de l'arrondissement Saint-Laurent, Alan de Sousa, la ville de Westmount, où est survenue la tragédie de 2005, a été la première à passer à l'acte. 

Épandeuses à sel, déneigeuses, camions de chargement et d'entretien ont tous été modifiés. «On a commencé à ajouter les barres en 2009, les caméras en 2012. Si on peut faire quoi que ce soit pour améliorer la visibilité des chauffeurs, il faut le faire, car ça ne coûte presque rien. Environ 700 $ pour les barres, et la même somme pour les caméras. C'est dérisoire», soutient Mme Zalzal.

Les dispositifs de sécurité, ajoute-t-elle, enlèvent au stress de son équipe de camionneurs qui, en période de pointe comme lors du déneigement, peuvent passer 12 heures en continu sur la route.  

Un oeil de plus

Dans la cabine de son véhicule, le mécanicien Steve Guilbeault nous démontre comment la présence des caméras change la visibilité des camionneurs de façon spectaculaire. «Ça couvre vraiment tous les angles morts, avec une vision perpendiculaire des piétons qui arrivent sur le côté. Contrairement aux miroirs, ça donne une vision de la réalité qui n'est pas inversée et qui montre les distances réelles», dit-il.

La caméra, placée à hauteur du toit sur le pot d'échappement du camion, offre une vue à 180 degrés sur tout le flanc droit du véhicule. Idem à l'arrière du camion. «C'est une visibilité accrue pour nous, sur le côté et à l'arrière. Car même avec des miroirs, le camion est trop large pour qu'on puisse voir à l'arrière la position des véhicules ou des piétons. Avec la caméra, c'est désormais impossible de ne pas voir ce qui se passe», confirme Réjean Binette, opérateur de véhicules lourds à la ville de Westmount.

En 2005, c'est le virage trop serré d'un camion de déneigement d'un sous-traitant de la ville au coin d'une rue qui a emporté dans son sillage Jessica Holman-Price, alors qu'elle tentait de sauver la vie de son jeune frère qui dérapait sur la neige. Le chauffeur, à l'époque, disait ne pas avoir vu le frère et la soeur, postés sur un banc de neige. 

Démolie par le drame, la famille Holman Price a depuis quitté le Québec pour Terre-Neuve, où elle poursuit sans relâche sa campagne pour la pose de barres latérales sur les camions des flottes publiques et privées de véhicules. Et pour en finir, une fois pour toutes, avec l'angle mort. 

Photos: Pedro Ruiz Le Devoir

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Voyez l'entrevue donnée par Jeanette Holman-Price à CUTV sur la «Jessica Campaign» menée pour modifier les véhicules lourds:
 
2 commentaires
  • RONALD LESAGE - Inscrit 15 mai 2014 16 h 36

    On pourrait commencer par ...

    Laisser les cyclistes marcher sur le trottoir près de leur vélo dans les endroits dangereux ou simplement contourner ces endroits en modifiant leur itinéraire . Éduquer ceux-ci à volontairement éviter les endroits dangereux comme à Bromont rue de Montréal , qui est un détour pour les camions lourds et dont la rue ne comporte pas d'accotement , on y voit souvent des cyclistes qui s'obstinent à l'emprunter plutôt que de circuler dans le vieux village . Si l'on muni les camions de caméra arrière , gauche et droite , les chauffeurs ne sauront plus où donner de la tête .

  • Francois Parent - Inscrit 16 mai 2014 08 h 02

    Pourquoi pas en faire une règle

    Pourquoi le gouvernement n'exige pas aux entreprises de camionnage de mettre ses dispositifs obligatoire ?