Des silos à réinventer

Alors que de nombreuses villes du monde remettent leur patrimoine industriel au goût du jour, Montréal tarde à donner une seconde vie aux silos à grain du Vieux-Port.
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Alors que de nombreuses villes du monde remettent leur patrimoine industriel au goût du jour, Montréal tarde à donner une seconde vie aux silos à grain du Vieux-Port.
Ils montent la garde près du fleuve depuis 1903, sentinelles silencieuses dans le paysage montréalais. Même si leur heure de gloire est passée depuis belle lurette, les fameux silos à grain du Vieux-Port, ces mastodontes sacrés du patrimoine industriel de la métropole protégés depuis 1996, attendent toujours des jours meilleurs.

Le Musée d'art contemporain avait caressé un temps l'idée d'y déménager. Des musiciens y ont fait des performances sonores et visuelles expérimentales, comme le silophone. Au tournant des années 2000, des promoteurs qui voulaient en faire un hôtel et un observatoire ont vite abandonné l'idée. Toutes les tentatives de redonner vie aux titans de béton sont restées lettre morte. 

Même l'idée visionnaire d'en faire un centre géant de stockage des données, dévoilée par notre collègue Fabien Deglise, n'a toujours pas connu de suite. Le projet de « Siloctet » promu par Vert.com, qui visait à muter en serveurs informatiques verticaux ces vestiges dont la superficie équivaut à cinq terrains de football, dort toujours dans les cartons de la Société immobilière du Canada (SIC). 

« Le projet est toujours entre les mains de la SIC, mais tout est stoppé depuis la fusion de la Société du Vieux-Port de Montréal à la SIC », affirme Éric Mateu, CEO de la compagnie informatique.

Alors que le marché du stockage de données, très énergivore, est en pleine explosion, le Québec est pourtant perçu comme une terre de prédilection pour créer ces centres géants de données sécurisées. Pourtant, c'est le silence radio du côté de la SIC.

Certains observateurs soutiennent que le propriétaire des lieux attend des instructions du gouvernement fédéral, qui n'a toujours pas fait son nid quant aux investissements qui seront annoncés dans le cadre du 375e anniversaire de Montréal, en 2017.

À défaut de devenir les citadelles numériques des données du monde entier, n'y aurait-il pas d'autres solutions pour réanimer ces fantômes de l'ère où Montréal était l'un des plus grands ports céréaliers au monde? 

Plusieurs villes ont pourtant trouvé des solutions originales pour recycler ces bâtiments délaissés. À Cape Town, en Afrique du Sud, on vient d'annoncer la construction d'un premier musée d'art contemporain dans l'ombre de ces grands tubes, qui joueront le rôle d'atrium lumineux au coeur du futur écrin pour l'art actuel.

Ce pays a déjà innové en la matière en transformant, cette fois à Johannesburg, d'autres silos, couronnés de conteneurs, en résidences bon marché pour étudiants.

Plusieurs métropoles ont aussi revampé avec succès leurs vieux silos, notamment Marseille, qui a métamorphosé son fameux silo d'Arenc en une spectaculaire salle de spectacle, et Copenhague, qui a muté ces vieux bâtiments cylindriques en résidences de luxe. 

Dans un tout autre genre, la ville portuaire d'Helsinki a redonné à de vieux silos à huile en les transformant en phares interactifs géants, visibles à distance, dont la couleur change au gré du vent et de la température. À Buenos Aires, les vieux entrepôts à grain ont été convertis en condos de luxe, à Amsterdam, on jongle avec l'idée d'en faire des centres d'escalade... Bref, les idées abondent. 

À Montréal, les silos, abandonnés depuis des lustres, se contentent de jouer les décors glauques dans des films de gangsters.

Pour des exemples de conversion, consulter notre galerie photo.
4 commentaires
  • Monique Chartrand - Inscrite 19 mars 2014 18 h 59

    En silo

    Il fut un temps où ces silos évoquaient une époque.. quelque nostalgie... mais aujourd'hui à chaque fois que je les vois bloquant l'horizon et l'accès à l'eau, je trouve cette construction horrible et à démollir au plus tôt. Il y a tellement de sites beaucoup plus patrimoniaux, vivants et à potentiel durable à investir.

    Et si en plus l'odieux s'en prenait d'en privatiser une partie, ce serait encore pire. Privatisier le paysage à n'en plus finir détruit la vitalité de Montréal.

  • Janie Dion - Inscrit 20 mars 2014 01 h 09

    Suggestion pour les silos à grains du Vieux Port

    Un bel espace pour aménager des serres de culture biologique. On pourrait même y aménager de superbes toits verts. Je proposerais la même chose pour l'éléphant blanc de Mirabel...

  • Constant Deniger - Abonné 20 mars 2014 07 h 56

    Encore l'immobilisme malfaisant du fédéral

    La Société immobilière du Canada est une société fédérale, c'est-à-dire contrôlée par le gouvernement fédéral. Ce n'est sans doute pas un hasard si l'investissement tarde à venir. On pourrait facilement croire que le défaut d'agir dans ce dossier est délibéré, pour éviter de faire des investissements à Montréal.
    Une autre punition du gouvernement Harper infligée à Montréal, après le pont Champlain. En pendant ce temps, le gouvernement fédéral investit partout ailleurs au Canada.

  • Lucette Lupien - Abonnée 20 mars 2014 09 h 30

    Des silos à réinventer

    J'ai eu le très grand plaisir de visiter le silo à grain no 5 (merci Héritage Montréal!) dans le port de Montréal et je déplore moi aussi le fait qu'on ne voit aucun projet sérieux à l'horizon. L'idée d'en faire un centre de stockage de données n'est pas mauvaise, mais cela priverait la population de profiter de cet édifice magique. Et pourtant il ne faudrait pas un énorme investissement pour qu'on puisse tous et toutes en profiter. Il faudrait, d'après moi qui ne suis ni architecte ni ingénieure, installer un ascenseur qui permettrait de visiter le 10e étage, tout vitré, qui a une vue spectaculaire sur le Vieux-Montréal et le fleuve. Cela pourrait s'autofinancer par un tarif de visite. On devrait aussi rénover le rez-de-chaussée, qui est une sorte de cathédrale gothique inversée immense, pour en faire un musée de l'industrie puisque c'est là que l'industrialisation du Canada a commencé et qui permettrait de comprendre comment fonctionnait ces silos pour le transbordement du grain venu de l'ouest et transféré sur des bateaux à destination d'Europe, une technologie époustouflante.