Les solutions du maire Drapeau contre les bouchons de circulation

En 1955, l'heure était aux larges boulevards et aux autoroutes «modernes».
Photo: Source: ONF En 1955, l'heure était aux larges boulevards et aux autoroutes «modernes».
Vous savez ce qui était le «problème numéro un» de Montréal il y a 60 ans? Les bouchons de circulation. Dans un petit film fascinant de l'ONF, le maire fraîchement élu de l'époque, un certain Jean Drapeau, explique que son principal défi consiste à résorber la congestion routière qui «paralyse» le développement de Montréal.

Comme un patient aux artères bloquées, Montréal manque d'air et risque de perdre son statut de métropole du Canada, explique le maire Drapeau dans ce film de 1955.

Jean Drapeau était tellement visionnaire que l'avenir lui a donné raison: Montréal a décliné et Toronto est devenue la métropole canadienne. Avec un demi-siècle de recul, on constate aussi que les solutions du maire Drapeau pour désengorger les rues de Montréal étaient bien de leur temps. Loin d'éliminer les bouchons de circulation, ses remèdes — et ceux de l'ensemble des décideurs municipaux, provinciaux et fédéraux des années 50 — ont contribué à amener des centaines de milliers de voitures de plus dans l'île.

En 1955, en tout cas, l'heure était aux larges boulevards et aux autoroutes «modernes». La Ville allait exproprier des centaines de petits propriétaires, explique le maire Drapeau, pour élargir le boulevard Dorchester (qui allait devenir René-Lévesque), élargir le boulevard Henri-Bourassa, construire l'autoroute Métropolitaine et bâtir deux ponts supplémentaires entre Montréal et Laval, entre autres.

Autre décision qui paraît aujourd'hui insensée, le maire a fait enlever les tramways, qui prenaient trop de place et empêchaient les voitures et les camions de passer. Tout pour «faciliter la circulation rapide»: dans le film, un chauffeur de taxi recommande même (à la blague...) d'enlever les trottoirs pour ajouter une voie de circulation!

C'était comme ça, en 1955. Une sorte de pensée magique. Les voitures manquent de place? Élargissons les rues!

Dans le film, un représentant de Pratt & Whitney suggère même de remplacer les autos par des hélicoptères. Fallait y penser. Sky is the limit, comme on dit.

Rendons tout de même au maire Drapeau ce qui revient au maire Drapeau: il a donné naissance au métro de Montréal, qui accueille chaque jour plus d'un demi-million de passagers. Le métro reste un des éléments cruciaux de l'héritage du maire, sinon le plus important.

Remarquez aussi, dans la deuxième partie du film, que le maire de Montréal, en 1955 comme en 2013, a les mains liées par le manque de pouvoir: la Ville doit quêter des fonds à Québec et à Ottawa dans l'espoir de réaliser ses projets.


 

Circulation à Montréal (1re partie) par Bernard Devlin, Office national du film du Canada

4 commentaires
  • Pierre Gauthier - Abonné 12 novembre 2013 14 h 00

    Optimisme débordant

    "C'était comme ça, en 1955. Une sorte de pensée magique. Les voitures manquent de place? Élargissons les rues!" Votre optimisme est débordant M. Fortier. Jusqu'à preuve du contraire, le MTQ est encore en mode pensée magique.

    • Simon Chamberland - Inscrit 15 novembre 2013 15 h 45

      Au MTQ, on rêve encore de raser des quartiers pour laisser passer plus de voitures. Les hauts fonctionnaires du MTQ ont maintenant un ministre qui pense comme eux, puisqu'il va faire exécuter des études pour le transport en commun et agit concrètement pour l'étalement urbain (le prolongement de la 19).

  • Jean Richard - Abonné 12 novembre 2013 22 h 24

    Drapeau ou Saulnier

    « Rendons tout de même au maire Drapeau ce qui revient au maire Drapeau: il a donné naissance au métro de Montréal »

    Le principal artisan du métro de Montréal serait plutôt Lucien Saulnier. Jean Drapeau voulait plutôt un monorail aérien.

    http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=65,13492006&_dad=portal&_schema=PORTAL

  • Hugo Lemay - Abonné 13 novembre 2013 15 h 22

    Transport VIP

    Pendant que la circulation s'écoule au grain de chapelet sur la 20 Est en direction de Dorval à l'heure de pointe matinale, je file par le train de banlieue depuis le centre-ville à vive allure. Le plus souvent, seul passager de mon wagon. Bien hâte de visionner la vidéo ce soir!