Vélo à Montréal: au-delà des mots, il faut agir

En 2006, 35 % des cyclistes montréalais avaient accès à une piste cyclable. En 2010, cette proportion avait grimpé à 55 %. La Ville investit en moyenne 10 millions par année dans l'aménagement de voies cyclables.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir En 2006, 35 % des cyclistes montréalais avaient accès à une piste cyclable. En 2010, cette proportion avait grimpé à 55 %. La Ville investit en moyenne 10 millions par année dans l'aménagement de voies cyclables.
Davantage de voies cyclables, même en hiver, des stationnements pour vélos, des actions de la police contre l'épidémie de vols: les candidats de trois partis ont croisé le fer, mercredi soir, sur la place grandissante du vélo à Montréal.

Le temps d'une soirée, les candidats ont essayé d'imaginer les conditions idéales pour les cyclistes urbains. Loin des batailles qui marquent généralement les débats politiques, l'événement a donné lieu à une belle unanimité parmi les débatteurs: ils se sont tous engagés à faire preuve de «volonté politique» pour faciliter la vie des 700 000 cyclistes montréalais.

«Il faut s'assurer de le faire, et pas seulement en parler», a résumé Alex Norris, conseiller du Plateau Mont-Royal pour Projet Montréal. Le parti s'est engagé à créer un fonds dédié à l'amélioration du réseau cyclable et à aménager une centaine de kilomètres par année.

Réal Ménard, responsable du transport au comité exécutif de Montréal, a rappelé que son parti, Coalition Montréal Marcel Côté, prône aussi l'aménagement de 100 kilomètres de voies cyclables par année d'ici quatre ans — le réseau compte 603 kilomètres. L'ex-journaliste Philippe Schnobb, responsable des transports au sein d'Équipe Denis Coderre, a plaidé de son côté pour l'aménagement de bandes cyclables clairement délimitées à l'aide de peinture, notamment.

En 2006, 35 % des cyclistes montréalais avaient accès à une piste cyclable. En 2010, cette proportion avait grimpé à 55 %. La Ville investit en moyenne 10 millions par année dans l'aménagement de voies cyclables.

Au-delà des millions pour le béton, il faut faciliter la cohabitation des vélos avec les piétons et les voitures, ont fait valoir les représentants des partis. Par exemple: campagne de sensibilisation des automobilistes concernant l'ouverture des portières (une cycliste est morte cet été, heurtée par un autobus après une collision avec une portière sur l'avenue du Parc); partage des voies réservées avec les autobus de la Société de transport de Montréal (STM); déneigement de voies cyclables en hiver.

«Il y a bien des gens qui considèrent que les vélos n'ont pas leur place dans les rues l'hiver», a souligné Philippe Schnobb. Cycliste quatre saisons, il s'est engagé à faire valoir avec vigueur le point de vue cycliste au sein d'une administration Coderre. Mais il s'est fait reprocher les propos de Mary Deros, conseillère d'Équipe Coderre dans Parc-Extension, qui a déclaré cet été que les vélos n'ont pas leur place «dans la rue avec les voitures».

Le Bixi et la police

Les candidats ont aussi défendu le système de vélos en libre-service Bixi, qui fait face à de graves difficultés financières. Réal Ménard a déploré le «mélodramatisme» de Richard Bergeron, chef de Projet Montréal, qui a dit craindre la faillite de Bixi, au cours des derniers jours. «Bixi va passer à travers la crise», a dit M. Ménard. Au moins sept villes dans le monde, dont Moscou, sont intéressées par le Bixi, selon lui.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a été critiqué pour la répression tous azimuts des cyclistes délinquants, surtout au début de l'été. Et pour son impuissance à contrer le vol de vélos, qui prend des proportions épidémiques. À peine 1,5 % des vélos signalés comme volés sont retrouvés par la police. Tous les candidats se sont engagés à inciter la police à agir contre les voleurs. 

«Si les résultats sont à la hauteur de votre volonté politique, ça représente de belles choses», a conclu Patrick Dion, animateur de la soirée.

Une centaine de cyclistes ont assisté au débat organisé par la Coalition vélo de Montréal au Centre Saint-Pierre, dans le quartier Centre-Sud. Les candidats ont convenu que les cyclistes forment désormais un lobby incontournable à Montréal.
10 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 3 octobre 2013 07 h 53

    Voies cyclables et autres

    Certaines voies cyclables ne méritent pas leur nom. Dans mon arrondissement, quartier Côte-des-Neiges, on a peint sur certaine rues (peu utilisées par ailleurs, et ne menant pas très loin) des lignes qui invitent les cyclistes à circuler dans l'endroit le plus dangereux pour eux: là où les portières s'ouvrent.

    Par contre, sur l'avenue où j'habite, on a repavé uniquement la voie de circulation automobile. Par conséquent, la zone où je devrais circuler à vélo est à peu près impraticable, ce qui me force à rouler devant les voitures — et mon expérience m'a appris qu'un automobiliste ralentit est aussi dangereux qu'un animal blessé. De plus, à cause des voies réservées pour autobus, je ne peux plus (légalement) emprunter le chemin de la Côte-des-Neiges aux heures de pointe. S'intéresser aux vélos, ce n'est seulement dire : «Nous allons faire des pistes cyclables.» Les cyclistes doivent pouvoir aller partout.

    Autre exemple: la piste cyclable du chemin de la Côte-Sainte-Catherine. À part le fait qu'on a profité de sa construction pour repaver la chaussée, je ne me sens pas plus en sécurité qu'avant. En effet, à chaque coin de rue, on entre en compétition avec les voitures qui tournent et qui nous voient mal. La quitter pour aller vers le nord est très difficile. Finalement, on ne gagne même pas, en échange, le droit de passer au rouge quand notre passage ne gêne personne.

  • Philippe Chrétien - Abonné 3 octobre 2013 11 h 40

    Pas seulement des pistes ...

    Il faut faire plus que des pistes ... Plusieurs villes d'Europe diminuent les vitesses dans les rues résidentielles à 30km/h pour permettre aux vélos de circuler à contre sens légalement et en sécurité.

    D'autres installent des panneaux à plusieurs intersections pour permettent aux vélos de passer sur une rouge après avoir fait un stop.

    Des supports à vélo digne de ce nom sont une clé dans la cohabitation vélos/piétons. Dans plusieurs quartiers de Montréal il est impossible de trouver un poteau libre pour stationner son vélo de façon sécuritaire et en ne gênant pas la circulation sur les trottoirs.

    Le vol de vélos à Montréal est tellement hors de contrôle que de plus en plus de cyclistes ont peur de prendre leur "bon" vélo de peur de se le faire voler. Pour encourager les gens de la périférie à venir au centre-ville en vélo il faut construire des stationnements sécuritaires pour que les gens puissent prendre leur "bon" vélo pour aller travailler. On ne fait pas 40km par jour à vélo avec une bécanne rouillée.

    Une campagne de sensibilisation pour informer que depuis toujours, le code de la route oblige les cyclistes à rouler DANS la rue. Que ce n'est pas une faveur qu'ils nous font ... c'est la loi.

    Bon, ce sera assez pour aujourd'hui ... :)

  • Yves Capuano - Inscrit 4 octobre 2013 01 h 40

    À quand des licences payantes pour les cyclistes ?

    Je veux bien que le vélo prenne sa place à Montréal de façon intelligente. Pourquoi ne pas canaliser les vélos dans certaines petites rues nord-sud par exemple en limitant certaines petites rues aux seuls automobilistes habitant sur la rue et en éliminant les cyclistes de certaines grandes artères sauf pour se rendre à une adresse sur cette artère ? Par contre, ce que je ne comprends pas, c'est que toutes les dépenses demandées par les cyclistes ne soient pas payées en partie par les usagers du vélo. Les automobilistes, les camionneurs et les motocyclistes paient pour une license, une assurance, un permis de conduire en plus de payer de grosses taxes sur l'essence. Pourquoi les cyclistes, qui viennent envahir les routes dédiées autrefois presque uniquement aux véhicules motorisées (ou qui exigent carrément les véloroutes que sont les pistes cyclables) ne paieraient - ils pas leur part d'utilisateur en payant une license à la ville pour conduire leur vélo ? Le vélo est un moyen de transport individuel appelé à augmenter qui requiert une infrastructure toute particulière: asphalte (espace enlevé aux autres véhicules plus asphalte des pistes cyclables..), espace pour stationner le vélo, bientôt lumières pour donner la priorité entre cyclistes et motorisés au tournant à droite, policiers à vélo, accroissement du risque d'accident, etc... Que l'on ne vienne pas me dire que le vélo enlève des voitures sur la route pour justifier la non tarification des cyclistes car le vélo enlève probablement plus de piétons et d'usagers des transports en commun (métro et bus) que d'automobilistes.

    • Sylvain Auclair - Abonné 4 octobre 2013 09 h 56

      Ça a déjà existé. Montréal exigeait une plaque locale ou de la ville d'origine du vélo (mais que faire si notre ville n'en émet pas?). La plaque était valide de janvier à décembre mais n'était émise qu'en avril.

      De plus, les vélos sont mainenant tellement variés qu'il n'existerait aucun endroit commun où l'installer.

      De toute manière, les cyclistes paient déjà des taxes. Et croyez-vous vraiment que c'est l'immatriculation des voitures et les taxes sur l'essence qui paient pour les routes?

  • Yves Capuano - Inscrit 4 octobre 2013 12 h 55

    @Sylvain Auclair

    Votrre argumentation est bien faible. Une licence peut se placer dans un porte-feuille. Un permis de conduire pourrait aussi être exigé car la conduite en vélo en ville est nettement plus complexe et contraignante qu'en campagne. Les cyclistes et les automobilistes paient leurs impôts ainsi que la TPS et la TVQ. Vous savez très bien que les automobilistes paient en plus une licence et un permis de conduire ainsi qu'une taxe supplémentaire sur l'essence afin de pouvoir utiliser leur voiture. Les cyclistes ne paient absolument rien comme utilisateur payeur de la route et réclament de plus en plus d'asphalte... C'est facile de demander, c'est plus difficile de payer, hein? Oui la taxe sur l'essence, les permis de conduire et les licences rapportent de l'argent à l'état. Je vous réfère à ce lien pour certains des montants...
    http://argent.canoe.ca/nouvelles/affaires/taxe-ess

    • Caroline Pilon - Abonnée 4 octobre 2013 20 h 57

      Reprenons:

      Pourquoi les automobilistes paient une assurance? Parce que l'automobile génère chaque années de millions de dollars de coûts à la société à cause des accidents. Les accidents de vélo (n'impliquant pas de voiture) représentent des pécadilles.

      Pourquoi les automobilistes paient une taxe sur l'essence? Parce que la consommation d'essence est polluante et que le gouvernement essaie d'en baisser l'utilisation... (incidemment l'argent est utilisé pour favoriser des moyens de transports plus économes en essence)

      Enfin, si vous pensez que votre permis de conduire et votre plaque d'immatriculation paient pour nos routes, nous sommes fort loin du compte. Je serais prêt à payer pour une plaque d'immatriculation de vélo quand l'ensemble des coûts inhérent au développement et la maintenance des infrastructures routières (des milliards chaque années) seront payés par les automobilistes... sous forme de péages.

      Bien franchement, si vous voulez prendre la direction de l'utilisateur payeur, les poches des automobilistes souffriront bien plus que celle des cyclistes.

      > Un permis de conduire pourrait aussi être exigé car la conduite en vélo en ville est nettement plus complexe et contraignante qu'en campagne.

      Ben voyons. Avez-vous déjà conduit à la campagne? Régardez-vous parfois les nouvelles des cyclistes qui se font tuer sur les routes de campagne. Les rangs et autres rues du genre sont nettement plus dangereuses pour les cyclistes.

    • Sylvain Auclair - Abonné 5 octobre 2013 13 h 59

      Monsieur,
      Si la licence est obligatoire, il faut que les policiers puissent voir si un vélo la possède. Et il faut qu'elle serve à identifier les vélos volés.

      Votre lien parle de revenus d'un milliard... sur dix ans.
      Maintenant, voilà ce que dépense le gouvernement du Québec... par année: http://www.mtq.gouv.qc.ca/portal/page/portal/minis
      La réfection de l'échangeur Turcot, que n'utilisent pas les cyclistes, coûtera autour de 4 milliards. Dont je paie une partie, même si je n'ai pas de voiture.

  • André Cloutier - Abonné 4 octobre 2013 17 h 33

    Les cyclistes, un électorat si facile à ''rouler''!

    Les cyclistes, un électorat si facile à ''rouler''!

    Quand y aura-t-il du vélo sécuritaire et plaisant à Montréal?

    Ce sera le jour où:

    - On aura une île, une ville, une vraie politique d'aménagement!
    - On décongestionnera Montréal !
    - On aura un plan d'aménagement intégral et intelligent !
    - On traitera vélos, transports en commun et autos au même niveau !
    - Tous les usagers respecteront le code de la route !
    - La pression socio-économique incenssée de vitesse et d'urgence sera éliminée !

    Qui peut croire qu'un mandat de mairie arrivera à bout de notre calvaire?

    En quoi 19 arrondissement et une ville centre peuvent-ils générer autre chose que 20 politiques un seul grand chaos?

    En quoi, peindre des voies sur toutes les rues de Montréal combiné à toutes sortes de nouvelles signalisations et configurations, permet-il une meilleure fluidité de tous les véhicules? Actuellement, n'y a-t-il pas une bataille ouverte entre les différents usagers de la route ? Et les conditions ne sont-elles pas réunies pour une guerre sans merci?

    En quoi démoniser l'auto et diviniser le vélo et le transport en commun vont-ils améliorer quoi que ce soit?

    Quel usager pressé, impatient, frustré ou en retard, à pied, a vélo ou autrement se comporte en toute courtoisie, connaît et respecte le code de la route? Lequel fait tous ses arrêts même au feu jaune?

    À quand le jour où les diktats économiques, capitalistes, libertariens relèveront-ils la pression indue que subissent quotidiennement les travailleurs, les employés, les citoyens pour toujours aller plus vite et sans répit?

    Qui est donc ce politicien, ce conseiller, ce maire qui tracera ce chemin, voire cette rue, vers la liberté qui roule pour tous?

    André Cloutier