Jeux olympiques, un cadeau empoisonné pour les villes?

Photo d'un rassemblement organisé samedi dernier à Tokyo.
Photo: Source: France TV Sports Photo d'un rassemblement organisé samedi dernier à Tokyo.

On a pu voir, sur les ondes et sur le Web, les Tokyoïtes en liesse, lançant des «Banzaï» victorieux après la décision du Comité international olympique d'octroyer les Jeux de 2020 à Tokyo. La capitale nippone double ainsi au passage Madrid et Istanbul, deux autres métropoles qui souhaitaient elles aussi redorer leur image et doper leur économie à coup de ferveur olympique.

Si le cadeau olympique permet de panser les plaies ouvertes par le tsunami et un réacteur au potentiel toujours apocalyptique, est-ce que la flamme olympique peut remettre un pays ébranlé sur les rails?

Victor Matheson, professeur au Economic College of Holy Cross, auteur d'une vaste recherche sur les retombées économiques entraînées par les récents Jeux olympiques et éditions de la Coupe du monde de soccer sur l'économie de villes et pays hôtes, soutient tout le contraire.

«Mon premier conseil pour n'importe quelle ville qui souhaite soumettre sa candidature aux Olympiques est de s'enfuir au plus vite!», confiait-il récemment au Washington Post.

Son rapport fouillé a de quoi dégonfler les espoirs de maires qui rêvent de hordes de touristes et de milliards affluant dans leur cour.

Premier constat: les JO attirent des touristes, mais en repoussent d'autres, comme cela s'est vu à Londres l'an dernier. Bref, à moins d'être un bled perdu où personne ne va (qui n'a guère de chance d'être choisi par le CIO!), le résultat net sur l'achalandage de villes majeures est souvent nul.




Trafalgar Square envahi par les touristes en 2012, Source: CBC Sports


Deuxième constat: le boom hôtelier a souvent peu de faibles retombées sur l'économie locale, les revenus profitant le plus souvent à des chaînes internationales détenues par des intérêts étrangers. Dans l'histoire récente, seuls les JO de Los Angeles en 1984 se sont soldés par des profits. Et cela, estime le chercheur, parce que la Ville, candidate unique lors de l'appel de candidatures, a pu imposer son choix de n'avoir aucune nouvelle installation sportive à construire!

Ce ne sera pas le cas du Qatar par exemple, futur hôte de la Coupe du monde de Soccer en 2022, qui devra construire 10 stades climatisés d'une capacité de 45 000 personnes pour la jolie somme de 200 milliards! Dans l'univers post-11-Septembre, ajoute-t-il, la facture liée à la sécurité compromet à peu près tout espoir de profits nets à court terme.

Mais le legs? Les infrastructures magnifiques? Les emplois créés pour mettre en forme l'idéal olympique? Les Montréalais en savent quelque chose, le legs s'étant révélé un boulet de canon que Québec et Montréal traînent encore aujourd'hui.

Selon l'étude, les coûteuses infrastructures construites excèdent souvent de loin les besoins réels de la population locale, forçant des dépenses inutiles à long terme. Voyez ici les images d'équipements coûteux construits pour divers JO, laissés à l'abandon depuis.




Stade abandonné en Grèce, hôte des JO de 2004, source: Première

L'examen des données économiques avant, pendant et après les Jeux démontre que la majorité des villes et pays hôtes affichent un taux de chômage accru après des Jeux ou une Coupe du monde, surtout dans les pays en développement.

Pour le professeur Matheson, le risque d'un gain possible, ne vaut pas les risques encourus. Washington veut décrocher les palmes olympiques pour 2024. «Je leur souhaite d'arriver deuxièmes!», dit le professeur, dont la recherche conclut que le fait d'être finaliste dans la liste des villes-hôtes des JO leur apporte presque autant de visibilité... sans les inconvénients.

Toujours intéressé par une petite cavale olympique, M. Labeaume?
1 commentaire
  • Denis Gobeille - Abonné 11 septembre 2013 08 h 13

    Ne soyez plus des naïfs.

    S’il y a des projets de plusieurs milliards de $ en jeux, il est assuré que les sportifs vont payer cher et que les athlètes vont s’endetter.

    Les autres vont faire l’argent: la maffia, le crime organisé et la collusion