Comment renouveler le banc public

Un banc de la ville de Londres
Photo: Carle Bernier-Genest Un banc de la ville de Londres

Ils offrent un répit aux marcheurs fatigués, un lieu d'observation de la vie urbaine et font paraître moins longue l'attente aux arrêts d'autobus. Les bancs publics sont partout en ville, mais à Montréal, certains citadins pensent qu’il en faudrait davantage, alors que d'autres trouvent trop conventionnel le mobilier urbain.

Un candidat à la mairie de Montréal, Michel Bédard, dénonçait récemment la rareté des bancs de trottoir dans l'arrondissement de Ville-Marie, particulièrement à l'est du centre-ville. Comme ces bancs disséminés dans le paysage urbain attirent les itinérants en quête d'un lieu pour roupiller, il y voyait une manœuvre visant à soustraire à la vue des touristes la pauvreté à Montréal et obliger les sans-abris à continuer à errer. Et ce, au détriment des personnes âgées qui, pour prendre une pause, doivent se contenter des bancs installés dans les parcs et les places publiques. En désespoir de cause, des citoyens du quartier Centre-Sud ont même bricolé des bancs à certains arrêts d'autobus.

À l'arrondissement de Ville-Marie, on se défend bien de tels desseins. L'arrondissement n’est pourtant pas en mesure de faire le décompte de ses bancs publics sur son territoire. Il s'est toutefois engagé dans une opération de géoréférencement pour mieux planifier l'entretien et la réparation de son mobilier urbain, explique Anik de Repentigny, chargée de communication à l'arrondissement de Ville-Marie. Ce système aidera aussi l'arrondissement à déterminer où il faudrait en ajouter, soutient-elle.
 
Des designers à la rescousse

Le mobilier urbain est-il trop conventionnel à Montréal? À l'heure actuelle, la Ville offre à ses arrondissements plusieurs modèles de bancs publics aux arrondissements. Parmi eux, le classique banc «Parc Lafontaine», conçu à l'origine pour le parc Lafontaine, ou celui au nom quelconque de «Banc secteur 5» muni d'un dossier en plastique recyclé.

La Ville s'éloigne parfois des modèles conventionnels pour des projets particuliers tels que le Quartier international, la Place des festivals et certains parcs, comme le parc Laurier qui propose maintenant des chaises longues.

Mais certains Montréalais voient dans le mobilier urbain une occasion de faire preuve de créativité. Maintenant que Montréal fait partie du réseau des Villes Unesco de design, aussi bien le démontrer concrètement. Le Festival Mode & Design a lancé en 2011 un concours pour transformer le banc «Parc Lafontaine» en «objet utilitaire et esthétiquement façonnable», afin de créer pour le 375e anniversaire de Montréal un parcours de 20 bancs au centre-ville de Montréal. Les bancs des lauréats de la première édition du concours ont été exposés l'an dernier sur le site du Festival et devraient être installés l'an prochain dans l'arrondissement de Ville-Marie de façon permanente. Quelques exemples sont présentés à la fin de ce texte.

Les bancs de Michel Dallaire

En 2008, l'arrondissement de Ville-Marie, alors dirigé par le maire Benoit Labonté, avait confié au designer Michel Dallaire le soin de concevoir de nouveaux bancs publics dans le but de donner au centre-ville une «signature particulière».

Michel Dallaire avait effectivement dessiné un nouveau banc. Plutôt sobre, il était doté d'accoudoirs positionnés, non pas aux extrémités, mais au centre, empêchant toute possibilité d'y dormir. «J'ai voulu que ce banc ne soit pas perçu comme un empêchement de dormir, mais plutôt qu'il donne des places à tout le monde», avait dit le designer à l'époque.

Cinq ans plus tard, les bancs de Michel Dallaire n'ont jamais dépassé l’étape du prototype. Mais le projet n'est pas mort, assure Anik de Repentigny: «Un prototype avait été fabriqué, nous essayons actuellement de le faire revivre. Il s'agit d'un mobilier dispendieux et nous devrons le tester avant de l’implanter partout», a-t-elle expliqué.

Pour le Centre d'écologie urbaine de Montréal, le design du mobilier urbain importe moins que la qualité des sites où les bancs publics sont installés. «Ça peut être un geste anodin d'implanter un banc, mais en même temps, c'est l'étincelle qui peut créer un achalandage, une vie de quartier, une animation dans un secteur. L'achalandage crée l'achalandage», estime Marie-Hélène Armand, chef d'équipe en aménagement et transport actif au Centre d'écologie urbaine de Montréal.

«Nous, ce qu'on revendique, c'est une ville qui appartient à tous et qui privilégie les transports actifs et les transports en commun», dit-elle en soulignant que le mobilier urbain soulève la question plus large de l'espace accordé aux piétons et aux marcheurs dans une ville et de la planification en matière d’aménagement. «Encore faut-il que les trottoirs soient suffisamment larges pour accueillir des bancs». Elle ne croit pas par ailleurs qu'un banc placé face à la circulation automobile suscite beaucoup d'attrait. «Est-ce que c'est intéressant de voir passer l'autobus ou le camion de vidanges? J'en doute.»