Montréal a mal à sa Main – L'art à la rescousse?

Ce week-end, 30 artistes de rue d'envergure internationale vont maculer de couleurs une vingtaine de façades et murs aveugles sur le tronçon historique située entre Sherbrooke et Mont-Royal.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Ce week-end, 30 artistes de rue d'envergure internationale vont maculer de couleurs une vingtaine de façades et murs aveugles sur le tronçon historique située entre Sherbrooke et Mont-Royal.

Entre 1970 et 1980, le boulevard Saint-Laurent, c’était le Soho montréalais. Les artistes de l’avant-garde avaient fait leur nid au milieu des commerces traditionnels et marginaux : l’effervescence état palpable sur la Main. La La La Human Step y avait ses quartiers généraux. Entre le Café Mélies et plusieurs librairies underground, on ne ratait pas de croiser un Ryan Larkin, un Édouard Lock et toute une flopée d’écrivains, de poètes, de musiciens. Culturellement, ça bouillonnait. Mêlés à cette faune culturelle, boutiques et commerces juifs, polonais et portugais, assise commerciale de la Main depuis le début du siècle, donnaient au boulevard Saint-Laurent sa saveur unique. 

Que s’est-il passé depuis ? Les loyers ont caracolé à la hausse, faisant fuir artistes et petits commerçants. Ceux qui insufflaient une texture suave à la Main, comme l’emblématique Warshaw et la pittoresque épicerie Simcha, ont fermé boutique depuis belle lurette. Les Moishes, Schwartz’s, Coco Rico, Slovenia et Berson L & Son tiennent toujours le fort, mais pour combien de temps encore ?

Puis, on a vu proliférer les restaurants et bars bling-bling, avec «valet-parking», attirant une tout autre faune, celle des BMW et des Porsche, contribuant à la flambée des loyers commerciaux. La charmante boutique Lola & Emily, American Apparel, Multimags, le Shed Café y ont laissé leurs peaux. Aujourd'hui, une dizaine de commerces sur 36 sont vacants entre Sherbrooke et Prince-Arthur. Plus haut, la boutique Soho a pris la poudre d’escampette, étouffée par des hausses de taxes de 100%. 

Bref, le cœur de la Main a mauvaise mine. Et si l’art était le remède ?

Ce week-end, 30 artistes de rue d'envergure internationale vont maculer de couleurs une vingtaine de façades et murs aveugles sur le tronçon historique située entre Sherbrooke et Mont-Royal. Cette cure de «street art», rendue possible par le festival MURAL, a été financée à 100% (260 000$) par la Société de développement du boulevard Saint-Laurent (SDBDL), qui veut miser sur la culture pour relancer l’artère. Facile à dire, mais plus difficile à faire...

«On ne réinvente pas la roue. Ce qu’on croit c’est que la culture et le commerce doivent travailler ensemble. Il faut utiliser ce qui a toujours fait la renommée de ce quartier», insiste Glenn Castanheira, directeur de la SDBSL et propriétaire de la légendaire rôtisserie Coco Rico. Discours pas trop fréquent dans la bouche d’entrepreneurs!

Peu s'en faut, l'Association commerciale a engagé un agent culturel pour conseiller, financer et faire aboutir des projets culturels d'artistes du secteur. L’un deux, piloté par UMA (Maison de l’image et de la photographie), a permis de troquer les pancartes «À louer» de cinq vitrines pour des photographies d’artistes. «Il faut donner carte blanche aux artistes, s’en remettre à eux. Ces projets aident les autres commerces à tenir le cap. On n'a rien à dire sur le contenu. On ne doit pas en faire une affaire commerciale, mais quelque chose d'ancré dans la communauté. Ce sont eux, les artistes, pas nous!», dit-il. Castanheira souhaite même faire changer les règlements de l’arrondissement qui empêchent les artistes de réaliser, sans coûteux permis, des performances sur la rue. Wow…

L’art, à petite dose, redonnera-t-il à la Main sa fébrilité d’antan? À suivre.
5 commentaires
  • Frédéric Chiasson - Inscrit 15 juin 2013 11 h 11

    Et si on baissait les impôts?

    Je pense que ce serait encore plus efficace que de peinturer les vitrines, même si ça reste joli...

  • Bernard Terreault - Abonné 16 juin 2013 08 h 16

    Inéluctable comme la mode

    Partout dans les grandes villes du monde développé de Berlin à Tokyo en passant par Paris et Chicago c'est le même scénario, celui décrit par l'article. Un quartier ancien, pas cher et nécessairement un peu miteux devient le quartier bohème, puis se commercialise à outrance pour satisfaire la clientèle bobo qui vient s'y encanailler ou s'y imprégner de culture, puis on va ailleurs. Vieux Montréal, Mile End, Plateau, Griffintown, bientôt Verdun, Rosement, Park Extension, HoMa ou Snowdon. Qui sait, dans trente ans ce sera Pont-Viau ! (En 1880, le mythique Montmartre du Moulin de la Galette était en banlieue de Paris et Harlem l'Outremont de New-York).

  • Vincent Bussière - Inscrit 16 juin 2013 08 h 26

    La Main

    La Main souffre elle est de plus en plus désertée, le coup fatal a été les travaux publique dans la rue, plus de stationnement, des trottoirs de bois pour enjamber les rigoles! Les commerces de détails, le coeur des économies a arrêté de battre, actuellement la Main est sous respiration artificielle, il lui faut de l'oxygène, elle doit se faire sous forme de réduction de taxes, sur le coût des parcomètres et sur les encouragements des gouvernments via subventions et autres! La forte hausse des loyers et la faible circulation piétonnière tue la Main!

  • Yves Gingras - Inscrit 16 juin 2013 10 h 28

    destruction créatrice

    C'est un phénomène normal dont il ne faut pas s'inquiéter. Regardez New York. Les quartiers " in " il y a quelques années ont été remplacés par de nouveaux quartiers à la mode. Plus près de nous, il est intéressant de regarder le Plateau. Ce quartier se "quétainise" à la vitesse grand V et les artistes et créateurs s'orienteront ailleurs. Où ? Rosemont ? Hochelaga ? On le sait pas et c'est tant mieux ainsi. Il n'y a qu'une chose dont l'on peut être certain. Il faut laisser faire les choses et surtout,... surtout, ne pas laisser les fonctionnaires ou autres planificateurs et urbanistes à la gomme s'en mêler. Ces derniers ne peuvent pas deviner ce que feront la nouvelle génération de créateurs qui ne veulent surtout pas (et c'est normal) suivre la trace de leurs parents baby-boomers embourgeoisés du Plateau..

  • Maria Gatti - Inscrite 17 juin 2013 06 h 14

    soutien aux créateurs et droit à la ville

    Oui, il y a lieu de s'inquiéter - et d'agir. Pourquoi "laisser aller les choses" et chasser les créateurs au profit de la spéculation et des commerces bling bling et vroum vroum à la Buonanotte? Plusieurs villes ont créé des réserves d'immeubles comme ateliers d'artistes, sans compter le logement social (qui ne compte pas uniquement les HLM, mais également des coopératives, des habitations sans but lucratif et d'autres formules). Il y a eu une initiative en ce sens à Mile-End (ouest du Plateau).

    Par ailleurs, je tiens à souligner que tous et toutes les baby-boomers ne sont pas embourgeoisés ou quétaines. Il y en a qui persistent et signent!