Un coroner contre la vague des vélos sans freins

Les puristes adorent la simplicité extrême de ces montures légères, moins chères à entretenir qu'un vélo traditionnel. Plusieurs ont des couleurs vives.
Photo: Vélo Makak Les puristes adorent la simplicité extrême de ces montures légères, moins chères à entretenir qu'un vélo traditionnel. Plusieurs ont des couleurs vives.

C'est la nouvelle tendance chez les cyclistes urbains: un vélo tout simple, sans vitesses, sans artifices et… sans freins. Mais pas sans danger, si l'on se fie au rapport récent d'un coroner, que Le Devoir a obtenu.

Les vélos à pignon fixe représentent un risque réel pour les cyclistes, conclut le coroner Christian Hobden, dans un rapport daté du 3 avril 2013.

Le coroner recommande à la police de renforcer la surveillance des cyclistes, pour s'assurer que «tous les vélos qui circulent sur la voie publique soient munis de freins». Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) compte appliquer la recommandation, a indiqué au Devoir l'inspecteur André Durocher.

Le coroner Hobden s'est penché sur la mort de Tyrell Sterling, un jeune cycliste heurté par un camion lourd le 17 septembre 2012, près du canal de Lachine. Le cycliste a été happé par un camion qui roulait dans la même direction que lui et qui tournait à droite. Le camionneur n'aurait pas vu le cycliste, qui a glissé sous le camion.

L'absence de freins sur le vélo à pignon fixe a joué un rôle dans le décès, indique le coroner. «Son vélo n'était pas adapté à la route. […] Ce type de vélo sert à des entraînements et à des courses en circuit fermé», écrit-il.

Les vélos à pignon fixe sont de plus en plus populaires dans les rues de Montréal, confirme Juan Palma, de la boutique Vélo Makak, dans le Vieux-Montréal. Les puristes adorent la simplicité extrême de ces montures légères, moins chères à entretenir qu'un vélo traditionnel. Plusieurs ont des couleurs vives.

Les courriers à vélo s'en servent, surtout l'hiver, parce qu'ils freinent à la seule force des jambes. Les freins traditionnels ont tendance à geler.

«Il faut toujours avoir des freins sur un vélo à pignon fixe, c'est obligatoire», dit Juan Palma. Il reconnaît que plusieurs cyclistes enlèvent les freins sur les fixies, comme on appelle les vélos à pignon fixe.

Il reste à voir si les convaincus du fixie suivront la recommandation du coroner. L'absence de freins fait partie des charmes du pignon fixe...

*AJOUT – lundi 10 juin 17h*
Nous avons parlé au Dr Christian Hobden, auteur du rapport sur la mort du cycliste. Il est formel: l'absence de freins sur le vélo de la victime a été fatale. Le jeune cycliste a aussi omis de s'arrêter à un stop, sur les lieux de l'accident.

Le vélo roulait sur une bande cyclable séparée de la rue, le long du canal de Lachine. Le camion à benne (un «10-roues»), qui roulait dans le même sens que le vélo, a tourné à droite. Le conducteur n'a pas vu arriver le vélo, qui a omis de s'arrêter à un arrêt obligatoire. Le vélo arrivait à bonne vitesse. Le cycliste a tenté de passer devant le camion, qui l'a heurté.

«Si le cycliste avait eu des freins, ça aurait peut-être été assez pour qu'il frappe le côté du camion, plutôt que de se faire frapper», nous a dit le Dr Hobden. Le coroner a écrit son rapport en se basant sur le rapport des enquêteurs spécialisés du SPVM, qui ont interrogé le conducteur du camion et des témoins.

Selon le coroner, le camion était en bon état mécanique. Le conducteur n'était pas sous l'effet de l'alcool ou de la drogue.

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