Une plage dans l'est de Montréal?

Pointe-aux-Trembles est depuis longtemps un petit coin de fraîcheur et de baignade pour la population locale.
Photo: François Desjardins Pointe-aux-Trembles est depuis longtemps un petit coin de fraîcheur et de baignade pour la population locale.

En ce mercredi matin sur les berges du fleuve près de la 96e avenue, Stéphane, un spécialiste de l'excavation dans la jeune trentaine, pêche seul. Il pêche ici, à Pointe-aux-Trembles, depuis qu'il est tout petit. Comme c'est le cas à plusieurs endroits dans ce coin de ville, le panorama est saisissant. Nous sommes, en fait, sur ce qui pourrait bien être la quatrième plage de Montréal.

Le projet est situé sur le site de l'ancienne marina Beaudoin, en face de l'île aux Asperges et de l'île Sainte-Thérèse, où se trouvent des habitations saisonnières sans électricité ni eau courante. «Cette marina est d'une grande signification dans l'histoire de Pointe-aux-Trembles», dit Pierre Desjardins (aucun lien de parenté), spécialiste de l'histoire de Pointe-aux-Trembles. «La famille Beaudoin possédait les bateaux qui nous amenaient à l'île Sainte-Thérèse, où il y avait des plages très, très fréquentées jusqu'aux années 50. Le projet de plage, c'est donc le prolongement de quelque chose qui a déjà existé.»

Car Pointe-aux-Trembles est depuis longtemps un petit coin de fraîcheur et de baignade pour la population locale. Mais les Montréalais ne s'y rendent pas, faute de transport commode. Jusqu'à ce que le tramway, un jour de 1895, atteigne le secteur. La société sait très bien ce qu'elle fait. «L'objectif, c'est d'amener les Montréalais au Parc du Bout-de-l'Île, en villégiature, où il y a de la baignade, des chaloupes, des aires de pique-nique... La compagnie fait même construire un hôtel.»

Plus tard, quand l'autobus remplace le tramway, on construit un quai et des bateaux font la navette entre le bout de l'île et l'île Sainte-Thérèse, juste en face. Au plus fort, de 4000 à 5000 personnes par jour se rendent à la plage Bissonnette, selon l'historien. «Du côté de Varennes, les plages de sable étaient superbes. Alors dans ce coin-là, il y a toute une tradition de baignade.» Le déclin des plages commence au milieu du XXe siècle avec le début de la pollution.

Et la qualité de l'eau? La Ville de Montréal reconnaît qu'elle varie d'une année à l'autre — l'usine d'épuration n'est pas si loin —, mais est optimiste pour la suite des choses. «On a pu constater une amélioration remarquable de la qualité de l'eau en rive depuis 20 ans, et ce, grâce à des investissements publics importants qui ont permis de réduire les rejets municipaux dans les cours d'eau», peut-on lire dans le Plan bleu vert déposé au mois de mai. «D'autres mesures déjà appliquées se traduiront dans les prochaines années par une bonification de la qualité de l'eau.» (Source, p. 21)

«C'est une bonne idée», dit Jean, qui habite en face d'un petit chemin qui mène au site. Il habite le quartier depuis 20 ans et songeait à vendre. Mais l'idée d'une plage et le futur train de l'Est pèsent dans la balance. «C'est tranquille ici, on est bien, tout le monde devrait pouvoir profiter des berges. On pourrait avoir notre Floride, dans un sens...»

Qu'en pensez-vous?

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En réaction à cette entrée de blogue, l'Association des riverains du Vieux Pointe-aux-Trembles m'a signalé sa position. Elle s'inquiète de certains aspects des «vitrines sur le fleuve», notamment l'impact sur un secteur situé en amont du site du projet de plage.

3 commentaires
  • Léonce Naud - Abonné 8 juin 2013 05 h 18

    Une plage dans l'Est...et au centre-ville !

    Il serait effectivement assez simple d'aménager un lieu de baignade dans l'Est sur le site de l'ancienne marina Beaudoin, notamment en construisant un périmètre flottant à l'intérieur duquel les gens peuvent nager à leur aise et qu'on sort de l'eau durant la saison hivernale.

    Il existe par ailleurs d'autres endroits à Montréal dont la centralité assurerait une fréquentation monstre, par exemple en plein devant l'Hôtel-de-Ville : http://www.gensdebaignade.org/documents/Splash_Mon

  • Michel St-Pierre - Inscrit 8 juin 2013 09 h 11

    Fleuve négligé

    Il est très décevant de constater que le fleuve ait été si peu exploité et aménagé afin d'en faire profiter davantage la population montréalaise. Il faut dire que son exploitation relève du fédéral et que ce gouvernement n'a démontré que peu d'intérêt à le rendre plus accessible aux Montréalais. Un si grand fleuve si peu disponible, n'est-ce pas une négligence attribuable à tous les niveaux de gouvernement, y compris la Ville de Montréal ?

  • Kate Malone - Inscrit 10 juin 2013 10 h 21

    Impacts écologiques

    En autant que les impacts écologiques sont très bien mesurés, afin d'éviter tout impact négatif sur la faune et la flore de notre beau grand fleuve...

    http://www.mddep.gouv.qc.ca/eau/rives/richesse/