Cours d'écoles en manque de chlorophylle: un réel problème urbain

L'école Cardinal-Léger dans Anjou. Ça pourrait ressembler à <em>Unité 9</em>...<br />
Photo: Journal Le Flambeau de l'est, pacophoto.ca L'école Cardinal-Léger dans Anjou. Ça pourrait ressembler à Unité 9...

Les regards extérieurs nous éclairent parfois sur les réalités gênantes de notre propre ville.

Récemment, un visiteur européen me confiait être surpris du nombre de parcs à chiens mieux aménagés que plusieurs cours d'écoles primaires. Ouch! En effet, plusieurs écoles n'ont encore pour tout aménagement extérieur qu'une mer d'asphalte, ornée d'arbres faméliques et de modules de jeux désuets. Non seulement ces cours asphaltées sont une invitation à l'inactivité pour les tout petits (elles se transforment en four quand le thermomètre grimpe!), elles sont des déserts visuels et émotionnels dans une institution qui devrait plutôt stimuler les sens des écoliers.

Triste tableau. Dans certaines cours, on aperçoit en plein après-midi les élèves rasant les murs, à la recherche de zones d'ombre. (Les mauvaises langues lancent à la blague qu'il y a plus de végétations entre les murs de certaines écoles — les moisissures — qu'à l'extérieur!)

Pis encore, ces cours de bitume - clôturées et inaccessibles pour tout autre usage - sont un désastre urbain, transformées dès l'été en îlots de chaleur, nuisant à la qualité de vie de tous les riverains. Et leurs surfaces goudronnées accentuent le ruissellement des eaux de surface vers les égouts. Cette semaine, la première ministre du Québec, Pauline Marois annonçait l'octroi de 2,7 millions$ pour «verdir» 142 cours d'école du Québec. Soit l'équivalent de 19 000$ par école. Un geste honnête, mais des broutilles par rapport à l'énormité du problème. À Montréal, 59 projets d'embellissement se partageront 134 000$! Faites le compte.

Heureusement, certaines écoles se sont attaquées de front au problème, ont mis les bouchées doubles pour faire de l'environnement quotidien de leurs enfants un lieu plus sain, plus écologique, plus ludique et plus stimulant. À l'école Nouvelle-Querbes, dans l'arrondissement d'Outremont, il a fallu cinq ans pour réaliser une véritable cour verte, agrémentée de dizaines d'arbres indigènes, de centaines d'arbustes, fleurs sauvages et rochers rappelant la flore du Mont-Royal, et de puits de drainage des eaux de ruissellement.



Un fort pourcentage de l'asphalte a été remplacé par du paillis de cèdre, des îlots de verdure ont été aménagés le long des murs pour créer des zones d'ombre et des aires de «découvertes» ont été créées. Une mini-colline permet la glissade l'hiver et un amphithéâtre naturel formé de rochers est utilisé pour tenir de petits rassemblements ou présenter des spectacles spontanés.

Le tout a coûté 257 000$, sans compter l'huile de coude et les milliers d'heures investies par les parents pour rencontrer autorités scolaires, municipales, provinciales, dresser les plans, trouver des commanditaires, et, au final, planter les végétaux lors d'un blitz réalisé avec les enfants. On est donc loin du compte avec une poignée de dollars par école.



Le verdissement des cours d'école n'est pas une coquetterie. Au Danemark, en Suède et dans certaines régions d'Angleterre, c'est devenu une priorité pédagogique pour les autorités scolaires, comme le démontre la création de mouvements comme le Green School Yard Network ou l'International School Grounds Alliance. Ces cours du 3e millénaire sont souvent le seul point de contact de l'écolier urbain avec une parcelle de nature.

Voyez plus bas un exemple de cour verte réalisée en Californie, foisonnante de verdure, avec potager, petit étang et cascade pour stimuler l'exploration et la créativité.




4 commentaires
  • Samuel Rabinovitch - Inscrit 30 mai 2013 13 h 26

    Super cette cour en Californie!
    Sam

  • Carine Pierre - Inscrite 30 mai 2013 13 h 36

    Anjou:Maintenir la pauvreté visuelle chez nos enfants

    La recette réussie d’Anjou : comment maintenir la pauvreté visuelle.
    Pourquoi miser sur nos jeunes à Anjou? Il semble qu’à Anjou qu’il n’y ait que 2 écoles qui existent soit Wilfrid Pelletier avec le programme international et l’école alternative Albatros.
    Les autres écoles dans Anjou ne sont nullement prioritaires et n’ont aucune considération de leur direction. C’est d’une tristesse à couper le souffle. Surtout que les professeurs (qui sont excellents) de ses écoles se démènent pour offrir de l’espoir à ces jeunes. À chaque fois que je passe devant l’école Alphonse Desjardins, je ne m’explique pas pourquoi à Anjou il n’y a pas au moins ce minimum. Ah! Oui c’est vrai qu’à St-joseph ils ont eu un artiste pour faire une murale. Wow!
    Citoyenne d’Anjou que je suis, je vous dirai que les rues d’Anjou sont déneigées et déglacées bien avant les rues, passages, entrées et cour de ses écoles. Une dangereuse patinoire sans sel ou gravier et ce tout l'hiver! (Ils attendent une poursuite)
    Vous devriez voir l’école St-joseph (école à poux m’avait-on avertit) qui elle a un parc attenante mais pourquoi ne pas inclure ce parc avec des clôtures comme faisant parti de l’école. Les jeunes pourront s’y amuser. Non ça fait très durement pauvre les écoles à Anjou, comme si nos enfants ne méritent pas une belle école.
    L’aménagement extérieur y est inexistant et tout comme l’école Cardinal Léger, l’école St-joseph est pauvre et triste et dites-vous que la directrice est en place depuis des années donc... Tirez vos conclusions. À chacun ses priorités. L’été, les enfants et éducatrices cherchent en vain des coins d’ombres. C’est le désert. Je suis ébahie devant les élus d’Anjou et leur intérêt pour nos enfants. (ah oui, nous avons des commissaires hum!) Allez donc à la piscine de l’école secondaire d’Anjou, je ne sais où est passé l’argent de cet appel d’offre (Commission Charbonneau quand tu nous tiens) les douches sont dangereuses et minables. Non Anjou ne mise pas sur

  • Grégoire Malette - Abonné 30 mai 2013 14 h 51

    Bitume et TBI

    On a pourtant pas hésité à investir 240 millions de dollars pour ces fameux Tabeaux blancs interactifs (TBI) dont l'utilité réelle est loin d'être démontrée. Quand l'obsession technologique nous fait passer à côté de l'essentiel...

  • Emilie Lavery - Inscrite 1 juin 2013 09 h 45

    Le souffle coupé

    Que j'aime, madame Paré, le rapprochement que vous faites entre le désert visuel et émotionnel! On le sait, cette expression n'a rien à voir avec l'expérience du désert qui nous tire de nous-même et où on a le souffle coupé. L'expérience de la beauté du monde est aussi l'expérience de sa possible bonté. L'amour de la nature se cultive aussi! Force est de la constater dans ce pays où l'on ne cesse d'abattre même des arbres malingres.