Petite révolution urbaine à Montréal : le Champ des possibles — un non-parc ?

Le fameux symbole Roerich, utilisé pendant la Seconde Guerre mondiale sur les endroits publics pour les soustraire aux bombardements aériens, a été tracé sur le terrain devenu parc sauvage.
Photo: Emily Rose Michaud Le fameux symbole Roerich, utilisé pendant la Seconde Guerre mondiale sur les endroits publics pour les soustraire aux bombardements aériens, a été tracé sur le terrain devenu parc sauvage.
Vous voyez ce curieux cercle géant? Piste d’atterrissage d’un OVNI? Ce sigle visible du haut des airs est né en 2007 d’un projet artistique créé par une résidente du Mile-End, Emily Rose Michaud, pour évoquer les menaces de développements immobiliers qui planaient sur cet espace vert en friche, sis au sud des rails de chemin de fer du Canadien Pacifique, entre les rues Henri-Julien et de Gaspé. Le fameux symbole Roerich, utilisé pendant la Seconde Guerre mondiale, était apposé sur le toit des écoles, des hôpitaux ou des lieux culturels pour les protéger des bombardements aériens.
 
Après le projet Roerich, Emily Rose et le biologiste Roger Latour, deux amoureux de ce poumon vert, ont invité des citoyens à s’approprier cette cour de triage abandonnée depuis 40 ans, «reprise» par la nature sauvage. Jardins clandestins, corvée de nettoyage, blitz anti-herbe à poux, miniconcerts en plein champ : les projets communautaires s’y sont multipliés depuis. Une association est née en 2010 pour protéger ce bout de nature en pleine ville, vite surnommé «Le Champ des possibles». Les biologistes urbains y ont recensé quelque 300 espèces végétales et animales: mouffette, renard, faucon pèlerin: plumes et poils y pullulent. Une biodiversité incroyable qu’il fallait à tout prix protéger.
 
Qui aurait cru que ce projet de Land Art et d’appropriation urbaine aboutirait, six ans plus tard, à la création du premier espace vert naturel, cogéré par des citoyens à Montréal ? L’annonce n’a pas fait grand bruit cette semaine. Elle n’en constitue pas moins une petite révolution en matière d’aménagement urbain.
 
Sous la pression des citoyens, l’espace est devenu propriété de la Ville en 2009. Ce coin de verdure grand comme deux terrains de football vient de voir sa gestion confiée aux Amis du Champ des possibles (ACDP). Avec le soutien technique de l’arrondissement, ce sont eux qui verront au nettoyage du site, à l’aménagement futur de ce «Non parc» et aux activités d’animation. Un concept de cogestion tout à fait révolutionnaire. «L’idée, c’est de conserver le caractère brut et sauvage du lieu tout en le rendant sécuritaire. On ne veut pas d’un parc avec des trottoirs en pavés unis!», dit Benoît Delage, président du conseil d’administration de l’ACDP. Hautes herbes, chiens en liberté et papillons batifolant sont les maîtres des lieux.
 
L’arrivée de poubelles, de sentiers mieux balisés et d’une surveillance minimale (feux de camp et barbecues spontanés ne sont pas rares les soirs d’été) suffiront-ils à préserver l’aspect informel de la zone ? Émily Rose Michaud, étincelle à la base de ce coup de cœur communautaire, espère que l’esprit «marginal» du champ sera préservé. «Le défi sera de conserver cet esprit magique qui a fait que les gens ont eu le coup de foudre pour l’endroit.»
 
Avec un nom pareil, il est permis d’espérer l’impossible…

- Pour comprendre la genèse du projet d'Émily Rose Michaud : http://emilyrosemichaud.com
1 commentaire
  • Luce Prevost - Inscrite 24 mai 2013 10 h 24

    Merci

    J'habite ce quartier et je suis très fière de cette initiative Merci Mademoiselle! Puisse l'esprit de ce parc être préservé!
    Il parait que l'année dernière , il y avait un piano et qu'on entendait parfois des notes magiques!