Layton monte, Harper rigole

La légère remontée du NPD dans les sondages est inespérée pour Stephen Harper, qui doit prier de toutes ses forces pour que cela se poursuive. Plus le NPD est fort, plus il s'approche de sa majorité, qui semblait encore cette semaine illusoire.

Depuis les débats des chefs, le Parti conservateur est stable dans les intentions de vote, ayant à peine fléchi d'un point ou deux. Le Parti libéral du Canada a lui aussi perdu un point ou deux, rien de majeur.

À l'opposé, le NPD de Jack Layton a grimpé de deux points en moyenne. Notamment grâce au Québec, où il gruge des appuis au Bloc québécois dans plusieurs régions. Les nouveaux sondages devraient confirmer le regain de vie du NPD dans la province depuis le débat des chefs en français (malgré le fait que Duceppe a remporté la joute, selon les sondages à chaud).

Évidemment, ce rebond est insuffisant pour faire élire plus de deux députés au Québec. Trois si on étire la sauce optimiste. Et ailleurs au pays, le NPD est à peine de retour à ses résultats du scrutin de 2008. Pas de vague orange, simplement un retour des intentions de vote qui avaient filées au PLC depuis le début de la campagne, notamment en Ontario.

Ceci dit, le Parti conservateur sort pour l'instant grand gagnant du retour en force de Jack Layton. Au Québec, le NPD gruge des appuis au Bloc québécois et au Parti libéral, pas au Parti conservateur. Un électeur de Harper ne changera pas de cap pour soudainement voter à gauche en faveur du NPD...

Dans certaines régions, un NPD à plus de 20 % dans les sondages divisera le vote, ce qui sera suffisant pour que le Parti conservateur se faufile devant le candidat bloquiste, qui est généralement son adversaire le plus sérieux. C'est le cas dans la région de Québec, où un NPD fort qui grapille des votes au Bloc pourrait assurer la réélection des conservateurs malgré la tempête de l'amphithéâtre.

Cela pourrait également être le cas dans Montmagny-Rivière-du-Loup, ainsi que dans les trois circonscriptions du Saguenay. Dans Chicoutimi-Le Fjord, le siège bloquiste pourrait être en danger si le candidat conservateur profite d'une division du vote entre le Bloc et le NPD. Dans Jonquière-Alma, le ministre Jean-Pierre Blackburn pourrait ne plus être inquiété, tout comme le ministre Denis Lebel dans Roberval-Lac-Saint-Jean, une circonscription où le Bloc entretien des espoirs de renverser le conservateur, élu avec seulement 1500 voix en 2008.

En Ontario, même phénomène. Les gains du NPD seraient limités, mais la division du vote de gauche entre Jack Layton et Michael Ignatieff pourrait donner quelques circonscriptions à Harper. Assez pour une majorité? Possible.

Ignatieff mène une solide campagne et Layton aussi. C'était le souhait secret de Harper. La division du vote de protestation, c'est le coup de pouce qui lui manquait.

La force de Michael Ignatieff dans les deux premières semaines inquiétaient les stratèges conservateurs. Non pas que les libéraux pouvaient espérer prendre le pouvoir, mais plus le PLC était fort et concentrait le vote de protestation, plus le NPD était faible. En polarisant le vote entre deux grands partis, la majorité devenait soudainement plus difficile à atteindre...

Ceci dit, deux ou trois sondages ne font pas le printemps et il reste deux semaines à cette campagne. En politique, c'est énorme. Beaucoup de choses peuvent encore changer.

Mais une chose ne changera pas: plus le NPD monte, plus Harper rigole. Pendant qu'il est loin devant, les autres partis s'arrachent les même électeurs...
4 commentaires
  • Louise Hurteau - Inscrite 17 avril 2011 19 h 52

    Donc il faudrait voter NPD ;-)

    Je ne vois pas d'autres solutions pour un vote fédéral.

    En effet Harper a consolidé la droite (en amalgamant les parties réformistes (renommée Alliance Canadienne) et celui des conservateurs progressistes.

    Par contre, notons que le Bloc n'est pas toujours à gauche - et ne l'a pas toujours été (souvenons-nous de Lucien Bouchard, fondateur du Bloc et conservateur - ce fait est trop souvent négligé ... ). Donc en principe, si on veut une vrai gauche et pas une gauche "caviard" - le NPD est le choix qui s'impose.

  • Robert Bouthillier - Inscrit 18 avril 2011 06 h 34

    Le pire scénario

    Cette analyse est MALHEUREUSEMENT exacte, et les éventuelles conséquences de la tendance qui se dessine sont bien exposées par Alec Castonguay. Dans notre système électoral (uninominal à un tour) qui ne fonctionne de façon équitable que dans une situation de bipartisme, la division du vote entre plusieurs candidats engendre des résultats aberrants que la répartition territoriale des sièges parvient de moins en moins à réguler. Avec quatre ou cinq partis en lice -- n'oublions pas les Verts --, un éparpillement du vote entre les diverses tendances pourrait permettre à un parti très minoritaire en voix d'obtenir la majorité absolue des sièges. Nous sommes donc piégés par un système électoral qu'il faudra nécessairement repenser (entre le scrutin à deux tours et une part de représentation proportionnelle, les hypothèses sont multiples). D'ici là, si nous voulons éviter le scénario aberrant qui se dessine (un gouvernement conservateur majoritaire avec aussi peu que 37-38% des voix, donc non souhaité par près des deux-tiers de l'électorat), nous sommes condamnés au vote stratégique. Si nous ne voulons pas du virage à droite que nous préparent les conservateurs, il faudra malheureusement voter non pas en fonction de nos convictions, mais pour le candidat qui, localement et QUEL QUE SOIT SON PARTI, a la meilleure chance de battre le candidat conservateur. À défaut de quoi nouis risquons de nous réveiller avec une sacrée gueule de bois et quatre ans de noirceur politique le 3 mai prochain.

  • lephilosophe - Inscrit 18 avril 2011 09 h 19

    Le NPD - le grand Montréal et l'Outaouais

    La montée du NPD au Québec est particulièrement significative dans le grand Montréal et dans l'Outaouais. Conséquemment, je nuancerais beaucoup vos propos. D'ailleurs je m'inscris en faux contre votre analyse à l'effet que le NPD ne grapillent des votes qu'aux Libéraux et au Bloc. La promesse de Layton quant aux taux d'intérêt sur les cartes de crédit a un effet non négligeable sur une portion de l'électorat adéquiste au provincial qui avait plutôt tendance à voter Conservateur au Fédéral. C'est particulièrement vrai dans les comtés de la couronne nord comme, par exemple, dans St-Jérôme, Blainville, etc. De même le NPD commence à menacer l'ineffable Lawrence Cannon dans Pontiac...
    Aussi il n'y a pas que des conservateurs qui peuvent bénéficier de la montée du NPD au Québec. Et fait à signaler également, le NPD dans le grand Montréal se trouve au deuxième dans la grande majorité des circonscriptions qu'elles soient bloquistes ou libérales. Cette situation fait en sorte qu'au plan de l'élection d'un gouvernement minoritaire ou majoritaire conservateur, l'effet est nul. Quant à la région de Québec et du Saguenay que vous mentionnez, l'effet NPD étant de loin beaucoup plus faible, le seul impact est de voir s'estomper les espoirs du Bloc de faire des gains (en particulier Beauport-Limoilou) mais c'est à peu près tout. Aussi cela ne change rien au portrait général hors Grand-Montréal et Outaouais...

    Bernard Gadoua

  • Torieuse - Inscrite 18 avril 2011 12 h 32

    Notre mode de scrutin est anti-démocratique

    Bref, si vous êtes partisan du NPD, mieux vaut voter Bloc afin d'éviter une majorité conservatrice, en espérant que les libéraux l'emportent?!

    Cet article montre à quel point il est urgent de réviser notre système électoral, afin de redonner un sens à l'acte de voter. Dans l'état actuel des choses, donner son vote à un député fédéral ou provincial ressemble davantage à un pari sportif qu'à un exercice démocratique. En attendant de pouvoir changer le système, il faut à tout prix lutter contre le cynisme et voter, non pas stratégiquement, pour le parti que nous aimerions voir porté au pouvoir - même si cela paraît utopique. Il en va de notre dignité.

    Si tous les électeurs votaient, le 2 mai prochain - et à plus forte raison, si tous les jeunes en âge de voter exerçaient leur droit de vote et appuyaient le parti qui rejoint le plus leurs convictions-, je doute fort que les conservateurs seraient réélus.