Votez costumé et courez la chance de gagner, peut-être un voyage

Des dizaines d'électeurs ont exercé leur droit de vote par anticipation, le visage couvert.
Photo: Facebook Des dizaines d'électeurs ont exercé leur droit de vote par anticipation, le visage couvert.
Le « morning man » Sylvain Bouchard a proposé mardi matin aux auditeurs du FM93 un concours du costume « le plus beau » et « le plus original » pour le jour du vote, excitant le mouvement « Le 19 octobre, je vote voilée » qui compte déjà près de 10 500 adhérents.

Au lendemain du vote par anticipation, il se réjouit de voir des dizaines d’électeurs voguer sur l’« ironie » et le « sarcasme » en se recouvrant la tête d’un « sac de patates » ou d’une housse à barbecue pour dénoncer le droit de voter à visage couvert. « J’embarque! » a-t-il lancé à son émission matinale, « Bouchard en parle », invitant le public à lui transmettre leur égoportrait après avoir voté voilé. « Ça me prend un prix! […] Un voyage? »

Sylvain Bouchard voit d’un mauvais oeil « la gauche » et certains médias, comme Radio-Canada, accabler de reproches le mouvement « Le 19 octobre, je vote voilée ». « Il y a une manif un peu sarcastique et les gens capotent. » Contrairement aux manifestations de « carrés rouges » durant lesquelles « ça cassait des vitres dans les rues, partout la violence », les électeurs opposés au port du voile lors du vote ou de la prestation de serment de citoyenneté prendront part à une « manifestation totalement pacifique », a-t-il soutenu. « Tu fais la démonstration que c’est tout croche le système et inacceptable qu’on puisse voter avec le niqab », a-t-il fait valoir à son émission diffusée en semaine, à compter de 5 h 30, sur les ondes de la station de radio membre du réseau Cogeco. « Le niqab anyway je suis contre tout le temps. Le niqab, ce n’est pas un symbole religieux. Le niqab c’est un symbole d’asservissement de la femme. Il devrait y en avoir aucun au Canada. »

Au micro de « Bouchard en parle », l’instigatrice du mouvement « Le 19 octobre, je vote voilé », Catherine Leclerc, a taxé de « ridicule » la loi électorale canadienne puisqu’elle permet des comportements contraires à une société où les femmes et les hommes sont égaux. « L’égalité homme femme, ce n’est pas un faux enjeu. Ça vient chercher les gens dans leurs valeurs profondes », a-t-elle affirmé, reprochant aux chefs du Nouveau parti démocratique Thomas Mulcair et du Parti libéral du Canada Justin Trudeau — sans les nommer — d’être « déconnectées de la volonté populaire » en refusant d’amender la législation canadienne afin de forcer une personne à avoir le visage découvert lors de la prestation de serment de citoyenneté ou d’un vote. « Ce n’est pas les gens qui se mettent un sac à patates sur la tête qui sont ridicules, c’est la loi », a-t-elle indiqué à l’autre bout du fil.

À l'origine de la polémique, « Madame [Zunera] Ishaq a fait valoir son droit » de devenir canadienne avec le visage couvert au prix d’une longue bataille judiciaire. « Ce n’est pas elle le problème. Cette femme-là, elle nous a réveillés. Elle nous a fait rendre compte que notre loi n’a pas d’allure », a affirmé Mme Leclerc.

Avant de raccrocher, Mme Leclerc a « appel[é] au calme » les électeurs susceptibles de s’impatienter, lundi prochain, des « quelques minutes de plus » nécessaires à la vérification de l’identité des électeurs costumés par les agents d’Élections Canada. Déguisés en Père Fouras, en poisson-clown Nemo, ou en superhéros, « on fait ça pour protéger notre démocratie ».
1 commentaire
  • Pierre Cloutier - Abonné 14 octobre 2015 15 h 07

    Bravo !

    Un peu de saine et inventive insolence civique, bien française, nous sauvera du sérieux mortifère dans lequel le Canada constipé se complaît, avec son royalisme de carnaval et les oripeaux de l'impérialisme britannique qui nous régalent d'un théâtre politique suranné. Ses sénateurs, ses lieutenants-gouverneurs surpris en flagrant désir, les deux fesses dans l'assiette au beurre. Car enfin, grimpera-t-on aux rideaux pour sauvegarger le droit imprescriptible et sacré, oui, oui, de cette dame qui refuse ab-so-lu-ment de nous laisser apercevoir son minois ? Drame qui nous étreint ! Enjeu de l'heure. Otherwise, the Queen will not be amused ? Frankly, my dear, I don't give a rat's derriere. Et en avant la musique. Sous le masque. Pour mieux rire. Plutôt que d'en pleurer.