Repousser les limites de la pancarte

Les étudiants de Nelu Wolfensohn continueront longtemps à essayer d’insuffler une autre forme d’inspiration à l’inévitable pancarte électorale.
Photo: Enjeux électoraux 2015 Les étudiants de Nelu Wolfensohn continueront longtemps à essayer d’insuffler une autre forme d’inspiration à l’inévitable pancarte électorale.
Vides, banales et drabes. Les pancartes électorales ne soulèvent pas les passions et ne passent jamais à l’histoire. « Il y a pourtant moyen d’être percutant et de faire changement de ces affiches qui polluent nos villes », assure le professeur à l’UQAM Nelu Wolfensohn.

Et ses étudiants repoussent les limites du genre dans leur plus récente mouture d’affiches électorales parallèles aux « vraies ». En petits groupes, les finissants en design graphique de l’université devaient réaliser leur propre version des publicités électorale.

L’attribution des partis à représenter se faisait par tirage au sort, au grand dam de certains groupes d’étudiants, qui rechignaient à défendre un autre point de vue que le leur. « Mais on ne fait pas toujours ce qu’on veut », et ils se sont prêté le jeu de se mettre au service du client, l’un des cinq partis politiques.

Les futurs designers embrassent avec un plaisir apparent la publicité négative et féroce en faisant par exemple dégouliner de liquide noir visqueux une feuille d’érable la tête en bas. Sur une autre, un presse-agrumes menace un demi-citron marqué d’un autocollant Canada : « Avec Mulcair ce sera jusqu’à la dernière goutte ».

Ici, Trudeau — ou Mulcair selon la déclinaison — fait brûler avec délice dans les yeux un billet de banque, affublé du mot « flambeur ». On découvre aussi Stephen Harper travesti en Reine d’Angleterre, avec la mention « sauvez-nous de ça ».

Et sans doute le plus irrévérencieux, les « 24 ans d’impuissance » du Bloc québécois : la fioriture du logo en « B », d’ordinaire fièrement dressée, s’affaisse, dégonflée.

« Au lieu d’un visage d’un candidat que la plupart du public ne connaît pas, je dis à mes étudiants que la pancarte doit être porteuse d’un message », insiste M. Wolfensohn. Il salue leur grand intérêt pour la vie politique, contrairement à ce que le taux de participation des jeunes aux élections semble indiquer. Pour cette septième campagne électorale parallèle, des vidéos mises en ligne prolongent les pancartes, explicitent les choix graphiques.

Si les designs retenus par ses étudiants font souvent sourire, le professeur croit plutôt qu’elles seront prises au sérieux. Et les concepts présentés en classe ont déclenché de grands débats, dit-il : « Jusqu’où va-t-on ? Faut-il exercer de l’autocensure ? »

Une autocensure pratiquée abondamment par les partis politiques, « peureux » et utilisant des « formules désuètes », persiste et signe Nelu Wolfensohn. Ses étudiants continueront donc longtemps à essayer d’insuffler une autre forme d’inspiration à l’inévitable pancarte électorale.

 

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