Biographie de Mulcair: un portrait d’«Angry Tom» plus humain et plus conciliateur

Le courage de ses convictions
Thomas Mulcair
Michelle Tisseyre Éditeur
Montréal, 2015, 239 pages
Photo: Le courage de ses convictions
Thomas Mulcair
Michelle Tisseyre Éditeur
Montréal, 2015, 239 pages
Pour une personnalité politique, faire paraître une biographie peut s’avérer un exercice périlleux. Pas besoin d’aller très loin, généralement, pour trouver un autre acteur des événements prêt à livrer une version diamétralement opposée de ceux-ci ou pour hurler au révisionnisme. C’est peut-être d’autant plus vrai quand on s’appelle Thomas Mulcair et qu’on cherche à devenir le prochain premier ministre du Canada pour la première fois.

Le chef de l’opposition officielle lançait lundi soir à Montréal Le courage de ses convictions (publié simultanément en anglais sous le titre Strenght of Conviction), une autobiographie rédigée au cours de la dernière année grâce à l’appui de l’éditrice Michelle Tisseyre fille. Un texte simple, dépourvu d’artifices, aseptisé, même. Les passionnés de la politique n’apprendront probablement pas grand-chose sur l’homme d’État qu’est Thomas Mulcair ou sur sa participation aux grands événements de l’actualité québécoise et canadienne des deux dernières décennies dans les chapitres qui y sont consacrés. Il ne s’agit pas non plus d’un essai politique où l’on pourrait entrevoir les grandes lignes d’un quelconque projet de société néodémocrate pour le Canada. C’est peut-être davantage les passages où l’on entrevoit Thomas Mulcair, l’homme de famille impliqué dans sa communauté, qui risquent de captiver les lecteurs.

On y découvre un Anglo-montréalais aux origines somme toute modestes ayant grandi dans une famille nombreuse, bilingue, éprise de justice sociale. Thomas Mulcair lève également le voile sur son mentor, le père Cox, sur ses premières années comme travailleur dans des usines ou des chantiers de Montréal, sur la genèse de sa relation avec la femme de sa vie, Catherine, et le rôle de mentor qu’il a à son tour joué à la suite de la vague orange qui a déferlé sur le Québec lors des élections fédérales de 2011.

D’autres passages détonnent du reste tant ils semblent directement extraits des communiqués de presse du Nouveau Parti démocratique. Par exemple quand Thomas Mulcair dénonce l’adoption du projet de loi C-51 ou la modification du processus d’évaluation environnementale, ou quand il explique la position de son parti en matière de langues officielles.

Chose certaine, la biographie offre aux amateurs de politique un portrait plus humain, plus conciliateur aussi, de l’homme que les commentateurs anglophones surnomment quelquefois «Angry Tom», une image dont cherche à se détacher à tout prix — et tant bien que mal — le chef du NPD depuis le lancement de la campagne, comme en témoignait son sourire un peu figé lors du premier débat des chefs.

Quelques passages intéressants :

Thomas Mulcair sur…

… ses débuts modestes

«Chez nous, les enfants ne recevaient pas d’argent de poche. On était trop nombreux et nos parents n’avaient pas les moyens de nous en donner. Si on voulait quelque chose, on devait gagner de quoi se l’acheter tout seul. À dix ans, j’étais camelot pour le Montreal Star, dans mon quartier de Chomedey, et à partir de 12 ans, j’ai aussi commencé à livrer la Gazette. Quand l’un de nous avait besoin d’argent pour acheter quelque chose, on se dépannait mutuellement.»

… son premier boulot

«J’ai eu mon premier emploi d’été en 1969, à quatorze ans. C’était dans une usine de vêtements de l’est de Montréal, au salaire de 1,25 $ de l’heure. J’y côtoyais d’autres jeunes de mon âge, mais à mesure que l’été avançait, je me suis rendu compte qu’en septembre j’allais retourner à l’école alors qu’eux continueraient de travailler à l’usine pour aider leurs familles à mettre du pain sur la table.»

… le bilinguisme

«Vers la fin des années 1960, Maman [une Québécoise francophone] a résolu de s’assurer que ses enfants reçoivent une solide formation en français. […] [Pour elle], le seul moyen d’arriver à ses fins était d’envoyer nos frères et sœurs cadets à l’école francophone. Maman a accompli sa petite révolution tranquille avec le plein appui de Papa [un anglophone d’origine irlandaise]. Au point que ma sœur Colleen et moi avons ressenti le besoin de tenir un mini-conseil de famille pour discuter de ce changement majeur dans nos vies. Comment allait-on pouvoir aider nos jeunes frères et sœurs à faire leurs devoirs? Et qu’arriverait-il s’ils cessaient complètement de nous parler en anglais? […] Maman nous a expliqué qu’elle tenait à ce que la langue et la culture qui était les siennes soient aussi présentes dans nos vies que la sienne.»

… le recours au bâillon au parlement

«Que ces procédures parlementaires consacrées par l’usage et conçues pour veiller à ce que nos lois servent l’intérêt public soient systématiquement malmenées, bafouées et piétinées par les conservateurs de Stephen Harper à la Chambre des communes dépasse l’entendement. En l’espace d’un seul mandat, M. Harper et ses députés ont coupé court aux débats plus d’une centaine de fois, empêchant ainsi l’examen minutieux des lois par le Parlement, plus souvent qu’aucun autre gouvernement dans l’histoire canadienne.»

… le groupe État islamique et son instrumentalisation par le gouvernement Harper

«On ne doit pas se laisser effrayer ou intimider au point de fragiliser nos droits, nos libertés et notre démocratie par des arguments de peur proférés à des fins politiques […]. Nous ne sommes pas dans une guerre contre "un des ennemis les plus dangereux que notre monde ait affronté", comme l’a prétendu Stephen Harper. De tels propos, surtout de la part d’un premier ministre en exercice, sont un affront envers tous ceux et celles qui ont combattu dans les deux guerres mondiales, y compris mes oncles, qui doivent se retourner dans leurs tombes.»

sur sa relation orageuse avec le premier ministre Jean Charest

«Le parc du Mont-Orford se trouve en Estrie — dans la cour du premier ministre — qui avait publiquement appuyé le projet [de privatisation d’une partie du parc] et clairement indiqué qu’il tenait à ce qu’il soit approuvé le plus tôt possible. Je subissais également des pressions considérables de la part de collègues de livrer la marchandise «pour l’équipe». […] [Mais] nous avions un avis juridique affirmant que […] leur vente était illégale.»

… la francophonie canadienne

«Pour quiconque croit à l’équité, force est de constater qu’historiquement, le Canada n’a pas toujours été juste envers ses francophones. […] Les droits des francophones font partie des valeurs canadiennes fondamentales et doivent continuer d’être respectés. En ma qualité de chef de l’opposition, je me suis battu pour que le vieux bureau de poste de Saint-Boniface au Manitoba soit maintenu, et j’ai dénoncé le gouvernement Harper quand il a essayé de couper les vivres à La Liberté, le journal franco-manitobain. Récemment, la communauté francophone du Yukon en a appelé à la Cour suprême pour faire respecter son droit à l’école francophone. […] La lutte en faveur du droit au français continue et mérite l’appui de tous les Canadiens.»


Le courage de ses convictions
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Montréal, 2015, 239 pages

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