In French S.V.P.

Le chef conservateur Stephen Harper
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le chef conservateur Stephen Harper
Les bonnes intentions linguistiques de Stephen Harper se seraient-elles émoussées après à peine neuf jours de campagne ? Le chef conservateur a mis en garde lundi, alors qu'un journaliste anglophone l'invitait à répéter en français la réponse qu'il s'apprêtait à donner, qu'il ne prendrait pas l'habitude de se traduire. « Habituellement, je réponds en français à une question en français, mais pour cette fois, je peux répéter », a dit M. Harper, alors qu'il se trouvait à Markham, Ontario, pour défendre la diversité religieuse. Lorsqu'une seconde question a été posée en anglais, et que le journaliste a invité le chef conservateur à répondre dans les deux langues officielles, ce dernier ne s'est pas exécuté. Question en English, réponse en English only.

Pourtant, lorsque M. Harper se fait interroger en français, il se traduit systématiquement dans la langue de Shakespeare (sauf lorsqu'il est au Québec), sans que personne n'ait à le lui demander. « Let me repeat this in English » conclut invariablement ses réponses en français. Ce fut encore le cas lundi matin.

Cette nouvelle politique pourrait constituer un problème lorsque la campagne électorale gagnera en intensité, car le Parti conservateur ne s'est pas engagé à ce qu'au moins une question quotidienne soit réservée à un francophone. Le parti s'en est plutôt remis à un tirage au sort pour déterminer l'ordre dans lequel les journalistes accompagnant M. Harper pourront l'interroger. Lorsque les dirigeants du parti avaient exposé cette politique, à quelques jours du déclenchement électoral, ils avaient rassuré les francophones en leur disant que M. Harper ne se faisait jamais prier pour tout répéter en français…
2 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 10 août 2015 15 h 11

    Harper et Parizeau

    En fait, ici, M. Harper est d'accord avec feu M. Parizeau: tous les Québécois doivent parler anglais.

  • Marthe Simard - Inscrite 10 août 2015 15 h 52

    Le français perd du terrain ?

    Pourquoi s'étonner ? Après être tombés en masse dans la cocotte d'amour brassée par Jack Layton dans une seule présence à Tout le monde en parle en 2011, et du même coup avoir balayé du revers de la main le BQ et son chef, l'excellent et dévoué Gilles Duceppe, battu dans son propre comté, les Québécois francophones s'attendent-ils donc à être respectés par le ROC quatre ans plus tard, et notamment par son représentant le plus à droite, M. Harper ?
    Les Québécois, toujours champions de l'indécision, se croient encore aujourd'hui en position d'exiger le respect de leur culture et de leur langue. En vertu de quelle pensée magique peuvent-ils espérer réussir ce tour de passe-passe quand ils sont les premiers à les oublier eux-mêmes périodiquement sur la foi de promesses vides et d'histoires de bonhomme sept heures ?
    Non. J'ai bien peur que, après avoir manqué leur rendez-vous avec l'histoire deux fois plutôt qu'une et perdu toute crédibilité en 2011, les Québécois reçoivent aujourd'hui la monnaie de leur pièce. Je n'en veux pour preuve que la décision, lors du récent débat, d'ignorer Gilles Duceppe et ses deux députés tout en ouvrant ses bras à Elizabeth May et aux deux siens...