Correspondre

Photo: Olivier Zuida Archives Le Devoir
Il fallait cocher sur un petit pamphlet bleuté un pays, une préférence entre garçon ou fille, un groupe d’âge et les langues écrites. Quelques éternelles semaines plus tard, on recevait parfois une carte postale ou une lettre déjà exotique parce qu’écrite sur « papier avion » et bariolée d’une guirlande de timbres et d’oblitérations postales étrangers.

J’ai ainsi, enfant, correspondu avec quelques autres d’ailleurs. Très longtemps avec une Myriam de Belgique. Nous avions discuté de ce qui était le plus poli : envoyer une lettre au crayon plomb sans ratures ni fautes, ou une lettre à l’encre. Choc culturel dont je ressortis perdante. J’eus aussi quelques échanges avec une fille de la Sardaigne – la Sardaigne ??? – et peut-être, je n’en suis plus certaine, avec une gamine de Martinique.

J’ai encore de grandes bouffées d’anticipation heureuse lorsque je reçois, de plus en plus rarement et pour tout dire désormais presque jamais, une lettre personnelle et manuscrite parmi les centaines de publicités ciblées, de factures ou d’avis gouvernementaux.

Fillette, en déverrouillant le casier postal, j’enviais mes parents de recevoir, et tous les jours, autant de courrier. Aujourd’hui, chaque missive utilitaire me pèse – oh ! presque rien !, mais cet infime poids est sensible – , et les samedis et dimanches sans poste sont jours de légèreté.

Est-ce cette joie de recevoir une lettre, un colis à son nom que recherchaient les très nombreux inscrits aux clubs de livres qui s’affichaient il n’y a pas si longtemps encore à pleines pages de magazines (« Achetez 10 romans, obtenez-en deux GRATUITS ! ») ? Ou l’assurance de se procurer sans se casser la tête des titres homogénéisés, pasteurisés par le comité éditorial du club ? Se retrouvaient, dans chacune de ces collections, quelques bons livres perdus dans une littérature si facilement aimable qu’elle ne pouvait que laisser peu de moelle et de traces.

Dans la p’tite biblio, les microcollections de ce genre se succèdent. La série un peu thriller de Robert Laffont, ou sa série Bibliothèque des mystères où les pyramides et le tarot posent en preuves de l’existence du paranormal. Québec Loisirs, ses Anne aux pignons verts et Arlette Cousture. France Loisirs. Tous reliés à l’identique, jouant sur le faux cuir, l’embossage et la dorure, presque chics mais finalement plutôt tocs.

Ces livres, comme étrangement les livrels maintenant, me feraient l’impression de recevoir un compte Visa plutôt que des nouvelles écrites à la main de Myriam de Belgique, de Delphine de Lyon ou une carte de Christian, de nulle part et n’importe où. Des lectures impersonnelles. Et ils collent dans la p’tite biblio, ils collent et n’en ressortent que très lentement, livre à livre, au goutte-à-goutte.