Re-regarder

Les rosiers autour de la p’tite biblio ont explosé, les pétales de plusieurs boutons du jour au lendemain se sont écartelés en adorables couronnes fuchsia. En me plongeant, ravie, le nez en leurs cœurs odorants, je me demandais combien de temps, combien de jours, sortant et entrant de la maison, j’arriverais à les voir, vraiment.

Après combien de fleurs me retrouverai-je à oublier le miracle printanier de leur éclosion, à faire de ces délicates et toujours changeantes corolles – fermées; flétrissantes; tombantes au sol – tapisserie habituelle de mon quotidien ?

La circulation de bouquins dans la p’tite biblio, ou la possibilité de circulation constante, fait que je continue, trois ans plus tard, à l’observer. Je ne me tanne pas, je ne m’habitue (heureusement) pas. Mes inspections sont systématiques, même si je ressors parce que j’ai oublié le lait, je rejette, dix minutes plus tard, un œil intéressé à voir s’il y a eu mouvement. Peu importe que le manque de nouveautés m’inquiète presque, que l’abondance de l’arrivage soit ingérable ou que quelques nouveautés viennent me surprendre – en bien ou en mal –, je continue de m’étonner, alors que le reste, autour – nouveaux voisins, façade repeinte, crayonnages d’enfants sur le trottoir – trop souvent se fond en flou jusqu’à devenir immédiatement décor.

Est-ce ce mouvement qui réanime mon intérêt et ma capacité de vigie ? Qu’est-ce qui fait que j’arrive, vraiment, à re-regarder, chaque fois ?