De la belle visite du Québec

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New Delhi - Janvier et février étant des mois de haute saison en Inde, et pas que touristique, c’est aussi le moment où débarque la visite du Québec. Depuis cinq ans que je suis ici, cette migration tient un peu du rituel. Ces vols migratoires sont faits pour beaucoup de coureurs de congrès, de politiciens (Jean Charest aimait bien venir faire son tour), de gens d’affaires et d’universitaires de tous les horizons - y compris, et je souligne, littéraires, car, sachez-le, il y a en Inde une élite francophile qui craque pour la littérature québécoise.

Cette année, donc, j’ai croisé François Hébert – romancier, poète, ex-directeur de la revue Liberté – et sa Nathalie (Watteyne), spécialiste de l’œuvre d’Anne Hébert à l’Université de Sherbrooke. On est allé dîner ensemble au restaurant qui est sur la terrasse du Metropolis, dans Paharganj, repère de voyageurs et d’expats. 

François Hébert a publié l’année dernière un récit de voyage intitulé De Mumbai à MaduraiL’énigme de l’arrivée et de l’après-midi (XYZ éditeur). Dont il m’a donné copie que j’ai lue il y a quelques semaines, étendu sur le lit d’une chambre moche d’un hôtel de la ville de Bhopal où j’étais allé me renseigner sur la catastrophe industrielle du même nom, survenue il y a 30 ans à l’usine de la Union Carbide.

J’ai eu un moment idée d’écrire une entrée de blogue pastichant son récit, mais je n’ai pas persévéré. Le texte fait 128 pages et si je le relève, moi qui ne serai jamais critique littéraire, c’est que je l’ai trouvé réussi – malgré les «naïvetés» dont l’auteur m’avait prévenu - deux fois : poétique et réaliste, haché fin comme des oignons hachés fin, truffé d’images bien taillées et, par moments, franchement très drôle. En même temps que bourré de références et de détours littéraires, parmi lesquels, je l’avoue, je me suis quelques fois senti perdu. Parfois un peu mêlant, donc, mais mêlant à bon escient – puisque la manière de son texte est à l’image de la vie indienne.

On n’en revient, de l’Inde, à condition d’y rester assez longtemps. Dans le dernier droit du texte, avant de prendre l’avion pour rentrer au Québec, Hébert se ramasse en de bien belles pages autour des thèmes du départ et du retour. Et c’est là qu’il a le mieux touché mon cœur d’Indien manqué.

Le Devoir