Voter au milieu des sondages

New Delhi — Dans la cinquième et plus imposante phase des élections indiennes, près du quart de l’électorat de 814 millions de personnes était appelé aux urnes aujourd’hui dans 121 circonscriptions de douze États. Les taux de participation ont été généralement supérieurs à ceux enregistrés aux élections de 2009, franchissant en bien des endroits la barre des 60 %, ce qui favorise, prétendent les analystes, Narendra Modi, chef du BJP (droite hindouiste), dans sa lutte contre le Parti du Congrès de Rahul Gandhi.

D’ailleurs, un nouveau sondage publié lundi dernier prédisait non seulement que la National Democratic Alliance (NDA), la coalition réunie autour du BJP, serait élue le 16 mai prochain, ce que les sondeurs claironnent de toute façon depuis des semaines, mais, pour la première fois, que la NDA obtiendrait une majorité simple des 543 sièges.

Sous influence

Les Indiens votent sur cinq semaines en neuf étapes — on a voté la semaine dernière à Delhi et au Kerala, entre autres, on votait aujourd’hui au Karnataka et dans une partie de l’État clé de l’Uttar Pradesh. Or, rien n’interdit aux médias de saupoudrer de sondages ce long exercice, ce dont ils ne se privent pas, mais ce qui fait sourciller de plus en plus, vu la croissance massive de l’industrie indienne du coup de sonde. Quel impact a cette dynamique bien particulière sur la démocratie électorale indienne? Dans quelle mesure ce crescendo de sondages n’influence-t-il pas exagérément le choix de l’électeur? 

Poser la question, en l’occurrence, c’est un peu pas mal y répondre, à voir les médias laisser leur sens critique au vestiaire dès qu’il est question de M. Modi. Si donc il devient premier ministre, il leur devra assurément une fière chandelle pour avoir «manufacturé» sa victoire, estime notamment la professeure Zoya Hasan dans une – longue - analyse publiée dans le quotidien The Hindu. Jamais la présence des médias, et en particulier de la télévision, n’a été aussi grande dans la société indienne, écrit-elle, en même temps que jamais le discours médiatique n’a été aussi politiquement biaisé.

Le Devoir