Au diable le sanskrit

New Delhi – Speak English? Les Indiens sont plus qu’obsédés par l’urgence d’apprendre l’anglais, jugé instrument essentiel d’ascension sociale et d’accès à l’emploi, ils en sont saisis comme d’une épidémie. Manifestation de ce phénomène, voici que les prêtres tassent le sanskrit et s’y mettent aussi, par la force des choses.

Normal: le mariage est aussi une obsession nationale.

Ce sont les mariages interculturels – et intercontinentaux – qui ont créé la demande, notamment parmi les Indiens (les Non-Resident Indians ou NRI) qui vivent au Canada, aux États-Unis ou en Angleterre et qui rentrent se marier en Inde. Basés au Rajasthan, deux instituts de sanskrit, la langue ancienne dans laquelle sont célébrés les mariages, a conçu des cours d’anglais destinés spécifiquement aux prêtres hindous.

La maison Elite Wedding Planners, de Mumbai, mentionne le Times of India , a récemment organisé à Jaipur un mariage dont le fiancé était du sud de l’Inde et la fiancée était du Gujarat, au nord. L’Inde se modernise par certains côtés, les distances s’abolissent. Et c’est l’anglais a servi de passerelle pour expliquer les rituels des uns et des autres.

Le phénomène traduit du reste un besoin de comprendre. Qui parle encore chez nous le latin? Idem pour le sanskrit. Les futurs mariés indiens sont un peu moins qu’avant les acteurs passifs des rituels du mariage que leur imposent la tradition et les institutions religieuses. Les prêtres y trouvent leur compte. L’usage de l’anglais fait facilement doubler les tarifs.
1 commentaire
  • Mathieu des Ormeaux - Inscrit 3 avril 2014 15 h 59

    Modèle Colonial Répressif

    Afin de mieux comprendre le complexe d'infériorité que nourrissent les Indiens à l'égard des Anglais, il suffit d'étudier le modèle colonial imposé par Harvey, chargé à l'époque de pérenniser la mainmise Britannique sur ce joyau de son empire : "Nous créerons une classe de gens qui sont Indiens par leur nom, parenté et couleur, mais Anglais par leur désirs, aspirations et... langue! Nous propulserons cette classe au sommet de la société Indienne. Les autres classes sauront alors à quoi elles doivent aspirer". Un modèle de colonisation, et donc d'aggression, qui semble réussir de fond-en-comble. Doit-on s'en féliciter?

    Doubler les tarifs pour l'usage de l'Anglais par les prêtres hindous dans les rituels de marriage aura de quoi satisfaire cette super-classe d'arrivistes, anglophones et anglophiles, et continuera de conforter un système de castes inégalitaire qu'Anglais et Indiens ont en commun depuis belle lurette, et qui ne changera pas de sitôt...