Le pire des parlements

New Delhi — Jamais, dans l’histoire du pays, un parlement indien n’aura été aussi improductif, relèvent en chœur les médias ces jours-ci. Mettant vendredi un point final à sa dernière session parlementaire avant la tenue des élections générales prévues pour le printemps, le 15e Lok Sabha a laissé mourir au feuilleton un bon quart (60 au total) des projets de loi, et non les moindres, qui y ont été déposés depuis les élections de 2009. Du jamais vu.

Il y a un parallèle évident à faire avec le Congrès américain, paralysé depuis des années par les affrontements entre démocrates et républicains. Pareillement, les élus de la-plus-grande-démocratie-du-monde auront passé le plus clair de leur temps en querelles et blocages partisans au cours des cinq dernières années — politiquement marquées, du reste, au fer rouge par d’énormes scandales de corruption. En point d’orgue, un député est allé jusqu’à arroser un rival de poivre en aérosol, jeudi, question de faire connaître sa colère contre l’adoption d’un projet de loi créant un nouvel État de l’Union indienne, le Telangana.

Le 15e Parlement a bien fait, de peine et de misère, quelques avancées législatives en ce qui concerne notamment la sécurité alimentaire, la lutte anticorruption et la lutte contre la violence sexuelle. Mais cela est loin de pouvoir faire oublier, notent les observateurs, l’inefficacité générale dans laquelle il a baigné.

Les femmes en sortent à nouveau déçues. En 2010, le gouvernement déposait en grande pompe un projet de loi destiné à leur réserver le tiers des sièges au Parlement et dans les Assemblées législatives des États. Peu portée sur les manifestations d’enthousiasme, la présidente du Parti du Congrès, Sonia Gandhi, avait fièrement déclaré que l’initiative allait marquer un tournant pour les femmes dans l’histoire politique du pays. Or, le projet de loi est mort au feuilleton.

«Beaucoup de vacarme, peu de résultats», titre The Times of India en résumé des cinq dernières années législatives. «Les politiciens, écrit le quotidien en éditorial, accusent souvent le pouvoir judiciaire de trop en faire, mais la vérité, c’est qu’il se voit contraint de combler un vide créé par des législateurs qui ne légifèrent pas.»
1 commentaire
  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 22 février 2014 11 h 44

    L'Inde??

    La plus grande démocratie au monde est une trop grosse fédération ne pouvant pas
    être convenable administrée du fait même de sa complexité et où le citoyen n'a pas
    de prise sur cette démocratie même.
    La création du Telangana serait-elle un premier pas dans cette direction? "Small is
    beautiful".