​La jeunesse selon Honey Singh

Immensément populaire, le jeune Pendjabi maintenant âgé de 30 ans traîne aussi avec lui un poids de controverse, pour avoir tenu dans ses chansons des propos sexistes et vulgaires.
Photo: Agence France-Presse (photo) Narinder Nanu Immensément populaire, le jeune Pendjabi maintenant âgé de 30 ans traîne aussi avec lui un poids de controverse, pour avoir tenu dans ses chansons des propos sexistes et vulgaires.
New Delhi — La star de l’heure dans le vaste monde de la pop indienne, c’est Yo Yo Honey Singh. Ascension météorique depuis deux ans. On le dit rappeur, ce qui ne me saute pas aux yeux. Immensément populaire, le jeune Pendjabi maintenant âgé de 30 ans traîne aussi avec lui un poids de controverse, pour avoir tenu dans ses chansons des propos sexistes et vulgaires, correspondant apparemment dans son esprit — et dans celui de beaucoup de jeunes Indiens — à une certaine idée de la modernité et de l’émancipation.

Des activistes ont déjà lancé en ligne des campagnes de boycottage de ses spectacles. Il a été traîné devant les tribunaux l’année dernière pour une chanson intitulée Main Hoon Balaktari (Je suis un violeur) dans laquelle il fait l’apologie du viol d’une femme sortie seule un soir. Rien de moins. Il aurait commencé par dire qu’il n’avait pas écrit la chanson, qu’il l’avait seulement interprétée (quelle défense!), pour ensuite nier l’avoir même chantée. Comme la chanson n’existait nulle part ailleurs que sur YouTube, il a été innocenté, faute de preuves.

Il a radouci son contenu depuis cet épisode, au point d’être aujourd’hui pris à bras-le-corps par Bollywood, l’omnipotente industrie cinématographique qui ne demande qu’à tirer profit de son potentiel commercial. Vu la façon dont l’un et l’autre représentent les femmes, il n’est pas étonnant que le mariage fonctionne. Honey Singh a collaboré dans un film avec l’acteur très connu Shahrukh Khan qui, prenant acte de son succès, l’a sacré «héros de 2013». Avec le résultat qu’il serait en ce moment l’artiste musical le mieux payé de Bollywood.

Dans une récente entrevue, Yo Yo s’est défendu contre ses détracteurs en affirmant que le langage qu’il utilisait était celui de la jeunesse. Essentiellement masculine, de toute évidence. Jugez-en par vous-mêmes. Il a atteint des sommets de succès et de rentabilité en janvier avec son Sunny Sunny, pièce maîtresse du film Yariyaan. Plein de filles en bikini, avec des seins gros comme des montgolfières. Pris à partie dans le débat social soulevé l’année dernière par le viol collectif de la jeune physiothérapeute, commis en décembre 2012, le monde bollywoodien avait en général soutenu ne pas avoir d’autre fonction que celle de «divertir» — comme si divertir était sans résonance sociale. Honey Singh est au service de cette absurdité.