L’Inde sort de ses gonds, Kerry s’en mêle

La diplomatie indienne n’est pas particulièrement coléreuse. Du genre plutôt à tempérer. La voici qui sort de ses gonds, ce qui surprend donc, à la suite de l’arrestation et la fouille à nu, la semaine dernière, de l’une de ses diplomates en poste à New York. Le courroux indien a décuplé depuis deux jours: mardi, dans un geste inusité de protestation, les autorités ont enlevé les barricades de sécurité qui protègent l’ambassade des États-Unis, à Delhi. Mercredi, manifestation devant l’ambassade, tandis qu’au Parlement, des députés outrés étalaient leur indignation.

Le premier ministre Manmohan Singh, d’ordinaire ultra pondéré, a parlé de «traitement déplorable». «Nous allons la ramener en Inde et rétablir sa dignité», a lancé le ministre des Affaires extérieures Salman Khurshid. Arun Jaitley, du BJP (principal parti d’opposition) a réclamé de son côté du gouvernement qu’il «insiste pour que l’Inde soit traitée d’égal à égal» avec Washington.

Les médias en font tout un plat. Fidèle à elle-même, la chaîne d’informations en continu, Times Now, dramatisait mercredi l’histoire à l’extrême. Ils ont, cela dit, de bonnes raisons de trouver que Devyani Khobragade, consule générale adjointe au consulat indien de New York, a subi un traitement abusif de la part des services policiers, considérant la nature du crime dont on l’accuse.

Jeudi dernier, la femme de 39 ans a été arrêtée après que la ressortissante indienne qu’elle employait comme bonne et gardienne d’enfants l’eut accusée de lui payer un salaire inférieur au minimum prévu aux conditions de visa américain. Pour avoir fait de fausses déclarations et présenté de faux documents relativement à la demande de visa de cette employée, Mme Khobragade est passible de dix ans de prison.

Ce qui a le plus choqué, c’est non seulement qu’elle ait été arrêtée et emmenée menottes aux poings, alors qu’elle s’en allait apparemment chercher sa fille à l’école, mais qu’elle ait été soumise ensuite à une fouille corporelle. Libérée le jour même contre caution de 250 000 dollars, la dame qui a plaidé non coupable a été transférée mercredi à la Mission de l’Inde à l’ONU où elle pourra bénéficier de l’immunité diplomatique.

Puisqu’en l’occurrence, soutient le département d’État américain, Mme Khobragade ne bénéficiait pas de la pleine immunité, dans la mesure où la Convention des Nations unies sur les relations consulaires ne la prémunissait contre une arrestation que dans le cas de crimes commis en relation avec son travail.

Quoi qu’il en soit, le secrétaire d’État John Kerry s’en est mêlé mercredi pour exprimer ses «regrets» et tenter de désamorcer une crise qui dégénérait.

Il est certainement permis de penser que la façon dont a été traitée cette diplomate était teintée de racisme. Il reste que les millions de femmes qui travaillent comme aide-domestique en Inde – et les milliers de Latino-Américaines qui font la même chose aux États-Unis – sont une main d’œuvre hautement manipulable dont tout le monde sait qu’elle est largement exploitée. La servante de Mme Khobragade a apparemment décidé de ne pas se laisser faire.
 
2 commentaires
  • Pierre Mayers - Inscrit 19 décembre 2013 16 h 20

    Il est normal d'être traité indignement lorsqu'on se comporte indignement !

  • Francis Sabourin - Inscrit 20 décembre 2013 23 h 49

    Hélas oui, la norme est d'agir comme l'autre qui a faussement agit en guise de vengeance... hélas.