Mousson extrême

Au rayon des dérèglements climatiques qui annoncent la fin du monde, il y a cet épisode de mousson exceptionnellement pluvieuse sévissant actuellement dans l’Himachal Pradesh et plus particulièrement dans l’Uttarankhand, deux États du nord de l’Inde adossés à la chaîne de l’Himalaya. Cent cinquante morts indique pour l’instant le bilan officiel des autorités, mais on craint qu’en réalité les victimes ne se comptent par milliers. De nombreux villages sont toujours inondés, écrit The Times of India, alors que 90 maisons d’hébergement pour pèlerins (des «dharamsalas») ont été emportées par les eaux. L’Inde a beau être le pays de la démesure quantitative, cette catastrophe «naturelle» est d’une ampleur difficile à banaliser.
 
Naturelle entre guillemets parce qu’au-delà des belles photos dramatiques que cela donne dans la presse occidentale, la main économique de l’homme y est indéniablement pour quelque chose. «L’expansion des projets hydro-électriques, des routes et du tourisme est en train de faire s’écrouler l’Himalaya en Uttarankhand», écrit le magazine environnemental indien Down to Earth. À ces coupables s’ajoute l’industrie minière — dont une grande partie des opérations, partout en Inde, sont menées illégalement.
 
«Je prenais le thé près du pont de Prayag (qui enjambe l’Alaknanda) et j’ai commencé à compter le nombre d’autobus qui le traversaient, raconte à Down to Earth Maharaj Pandit, professeur au département de Sciences environnementales de l’Université de Delhi. En sept ou huit minutes, j’en ai vu passer 117!»
 
Aussi, ce désastre écologique illustre malheureusement le rapport apocalyptique publié mercredi par la Banque mondiale et que Le Devoir relève aujourd’hui en une — «Baissons la chaleur : phénomènes climatiques extrêmes, impacts régionaux et plaidoyer en faveur de l’adaptation» — sur les risques de graves pénuries alimentaires liées au réchauffement climatique. On estime que la probabilité d’une mousson extrêmement pluvieuse est d’une par cent ans. Le rapport prédit que l’occurrence de telles moussons va devenir décennale d’ici la fin du siècle.

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