Le dilemme iranien

En attendant que Delhi salue officiellement l’élection de Hassan Rohani, le quotidien The Hindu mentionne dans son éditorial du jour que l’arrivée de ce «modéré» à la présidence de l’Iran «ranime l’espoir de revivre l’ère [du réformateur] Mohammad Khatami, quand les bonnes relations entre les deux pays avaient atteint un sommet».

Si l’élection de M. Rohani entrouvre en effet la porte, comme il l’a dit en conférence de presse, à une «interaction» plus «constructive» avec le monde, personne ne perd cependant de vue que sa fonction ne lui donne pas le dernier mot en politique étrangère. (À lire: intéressante analyse d’un ancien diplomate indien pour le compte de Asia Times Online) sur la nature «composite» du mandat obtenu par M. Rohani et sur le rôle de «grand guérisseur» que les Iraniens — réformistes et conservateurs — attendent de lui.

Voisins géographiques, les relations entre l’Inde et l’Iran n’ont jamais été simples. À l’époque de la Guerre froide, l’Inde «non-alignée» était… alignée sur l’URSS, et l’Iran sur les États-Unis. Après la révolution iranienne de 1979, Delhi fut proche de Bagdad pendant la guerre Iran-Irak alors que Téhéran bénéficiait du soutien de son allié pakistanais, frère ennemi de l’Inde. Les deux pays se sont bien rapprochés dans les années 1990, soutenant l’Alliance du nord contre les talibans en Afghanistan, mais l’appui subséquent de l’Inde à l’intervention de l’OTAN que l’Iran désapprouvait n’a pas arrangé les choses.

Cela n’empêche pas les deux pays d’entretenir d’utiles relations économiques. La mère de toutes les données du problème tient au fait que l’Inde est un gros consommateur de pétrole iranien — le troisième plus important après la Chine et le Japon. Si bien que, depuis une dizaine d’années, Delhi est enfermé dans un dilemme, écartelé entre ses besoins nationaux en énergie fossile et son «partenariat stratégique» avec Washington, l’ami américain qui attend avec insistance qu’il durcisse ses sanctions antinucléaires contre Téhéran. Delhi a appuyé à répétition les sanctions votées par l’ONU ces dernières années, mais, s’agissant d’augmenter la pression sur le régime iranien en recourant à l’arme du pétrole, il s’est donc tenu bien coi...

Situation inconfortable, n’est-ce pas. Delhi (dont le principal fournisseur en équipement militaire est, soit dit en passant, Israël) se fait globalement reprocher de s’affirmer insuffisamment en politique étrangère — de réagir plutôt que de prendre l’initiative. Difficile pourtant de condamner l’Inde en bloc pour sa façon de naviguer à vue entre toutes ces considérations. Ses intérêts lui interdisent de jeter de l’huile sur le feu. De toute façon, il y en a déjà bien assez. Delhi rêve que M. Rohani fasse disparaître le dilemme. Ou qu’à tout le moins, son arrivée lui permette de respirer plus à l’aise.