Chute du tourisme féminin

Le sentiment que l’Inde était un pays plutôt sûr pour les voyageuses étrangères – si tant est qu’il l’ait jamais été – s’est envolé en fumée au cours des derniers mois avec le viol collectif de la jeune femme indienne dans un autobus à Delhi, en décembre dernier. Ce viol abominable – dont elle est morte deux semaines plus tard dans un hôpital de Singapour – et le débat social qu’il a fait éclater ont fait comprendre à quel point la violence faite aux femmes en ce pays était un problème très grave que la culture ambiante de dictature patriarcale balayait sous le tapis. Les transformations culturelles et sociales que vit l’Inde depuis une vingtaine d’années donnent lieu à un accroissement de cette violence, pendant que les organisations de la société civile et des médias indiens plus attentifs – et plus sensationnalistes – font en sorte que le problème est exposé sur la place publique comme il ne l’a jamais été.

Avec le résultat que le nombre de femmes qui visitent l’Inde a chuté de 35 % pendant les premiers mois de l’année par rapport à 2012, rapporte l’Association des chambres de commerce et de l’industrie de l’Inde.

L’association s’inquiète surtout pour son industrie touristique, source non négligeable de devises étrangères. Le tourisme procure de l’emploi à 20 millions de personnes dans l’économie dite organisée et à 60 millions de petits vendeurs dans le secteur informel. Pour autant, l’Inde accueille à peine plus de 6 millions de touristes étrangers par année, alors que, selon les chiffres de la Banque mondiale, ils sont 80 millions à aller en France, 57 millions à aller en Chine, 62 millions à visiter les États-Unis et 16 millions à se rendre au Canada.

Incidemment, le ministère du Tourisme a récemment décidé de greffer à sa campagne internationale «Incredible India» un volet de promotion touristique s’appuyant sur le film Life of Pi, en partie tourné à Pondichéry et au Kerala. Pas étonnant qu’on veuille tabler sur le succès qu’a connu le film d’Ang Lee – lui-même fondé sur celui du roman de Yann Martel. Mais quand même un peu dérangeant, considérant que la jeune femme venait justement d’aller voir Life of Pi avec un copain, dans un cinéma de South Delhi, quand elle est montée dans l’autobus, ce soir-là vers 21 h, pour rentrer chez elle.

1 commentaire
  • Bernard Terreault - Abonné 12 juin 2013 07 h 55

    Dommage

    De la trentaine de pays que j'ai visités, l'Inde est absolument le plus fascinant, et à une multitude de points de vue, art, architecture, paysages, climat et culture de non violence. Dommage que le manque d'hygiène, et maintenant ce type de violence, y limitent le tourisme.