Nirbhaya, le film

À peine quatre mois après le fait, un long-métrage est en train d’être réalisé en Inde au sujet du meurtre par viol de la jeune femme dans un autobus de Delhi, commis en décembre dernier. Fait notable, le film n’est pas produit dans les studios de Bollywood, à Mumbai, dont les films, la plupart du temps faciles, monopolisent les écrans indiens, mais par l’industrie cinématographique de Kolkata (Calcutta), réputée plus intelligente et nuancée.
 
Le film, qui devrait prendre l’affiche d’ici à quelques mois, ne portera pas apparemment tant sur le viol comme tel que sur la vague d’indignation sociale qu’il a suscitée et la façon dont les politiciens ont réagi. Le cinéaste bengali Milan Bhowmik a dit espérer que son film contribuera à réveiller les consciences devant la violence faite aux femmes, « parce que ce ne sont pas, à elles seules, des lois plus sévères ou des manifestations dans les rues qui freineront cette menace sociale ».
 
Le film s’intitulera Nirbhaya (signifiant «sans peur»), du nom qu’ont donné les médias à la victime dont la loi interdit de rendre publique l’identité. Un grand acteur bengali, Soumitra Chatterjee, 78 ans, y joue le rôle d’un politicien. M. Chatterjee a joué dans plusieurs films du non moins grand réalisateur Satyajit Ray, décédé en 1992.
 
L’acteur Ashis Vidyarthi, abonné aux rôles de méchant, interprète un officier de police insensible et corrompu — comme les Indiens en subissent trop dans la vraie vie. « Mon personnage symbolise l’attitude désinvolte des autorités. Je serai heureux si le public se met en colère contre moi. »
 
Responsabilité sociale de Bollywood

Les événements de décembre ont soulevé débat autour des responsabilités sociales du cinéma populaire indien, celui de Bollywood en particulier, montré du doigt pour sa propension à reproduire sans états d’âme les pires stéréotypes sexuels. Une fois sur deux, si ce n’est pas plus, les scénarios bollywoodiens se résument à un beau mec frondeur à très gros bras accompagné en faire-valoir d’une poupée qui résiste à ses avances avant de finalement céder. Ça sent souvent le harcèlement sexuel. Les médias ont scruté la question, comme dans ce débat entre deux super-vedettes féminines, Priyanka Chopra et Shabana Azmi, tenu en janvier dernier dans le cadre de l’émission We the People sur les ondes de NDTV .
 
Reste que, sauf quelques encourageantes exceptions, Bollywood et l’industrie du divertissement vivent en bonne partie dans le déni du fait qu’ils perpétuent à la virgule près la culture patriarcale ambiante. Comme si Bollywood, dont le public est majoritairement mâle, n’avait pas la moindre influence sur les comportements sociaux et culturels. Mon œil! bien entendu.