Terre des hommes

M. Kurien a été lavé de l’accusation en 2005. La victime, qui soutient toujours que le politicien était au nombre des 42 hommes qui l’avait enlevée et violée pendant 40 jours, a récemment relancé l’affaire dans les médias en demandant à un tribunal de première instance de rouvrir l’enquête. Ce qui lui a été refusé.

Considérant que la justice rendue par les tribunaux indiens dans les cas de violence sexuelle est notoirement biaisée, et vu le mouvement d’indignation qu’a soulevé le meurtre par viol collectif de l’étudiante de Delhi, en décembre dernier, beaucoup avaient osé espérer que le gouvernement du Parti du Congrès, dont M. Kurien est député, aurait le discernement de lui demander de rester à la maison. Il ne l’a pas eu. Le politicien sera donc allé féliciter le pape, nouveau chef d’une institution qui n’est pas, au demeurant, sans travers ultra-conservateurs à l’égard des femmes.

Loi votée dans le vide

Coïncidence, c’est aussi mardi que la Lok Sabha, la Chambre des députés, a adopté la nouvelle loi contre le viol et la violence sexuelle que le gouvernement avait promis de présenter dans la foulée des événements de décembre. Mais le vote s’est tenu dans une législature pratiquement déserte. La cheffe du parti, Sonia Gandhi, et son fils Rahul, candidat présumé au poste de premier ministre aux prochaines élections générales de 2014, brillaient par leur absence…

Pour l’essentiel, la nouvelle loi alourdit les sentences pour viol, allant jusqu’à préconiser la peine de mort dans certains cas, criminalise les attaques à l’acide et augmente les peines dans les cas de traque (stalking, en anglais), de pelotage et de voyeurisme. La sentence minimale en cas de viol collectif, du viol d’une mineure, de viol commis par un policier est doublée à 20 ans.

Sharad Yadav, chef bien connu d’un petit parti régional, le JD(U), a voté contre le projet de loi après avoir affirmé : «Qui n’a jamais suivi une fille?» Il a soutenu, entre autres bêtises, qu’avec ces nouvelles dispositions, «plus personne ne voudra embaucher une femme».

Dans les milieux plus éclairés, on fait valoir que la loi fait l’impasse sur la nécessité de réformer la police et la justice. Dans son blog, l’activiste Madhu Kishwar ironise avec provocation autour de l’absurdité qui consiste à faire passer ces amendements pour une «baguette magique».

Criminalisation

En outre, le débat autour de cette loi aura largement éludé le problème de la criminalisation de la classe politique indienne. Selon l’Association for Democratic Reforms, un bon tiers des 4835 élus du pays – à Delhi et dans les législatures d’État – font face à des accusations criminelles de toutes sortes. Les candidats à des élections, accusés de crimes sexuels, se sont comptés par centaines au cours des dernières années. Aucun député de la Lok Sabha n’est accusé de viol. Ils sont six dans les législatures d’État.

Le rapport du juge Verma, commandé par le gouvernement pour préparer la nouvelle loi, avait suggéré qu’«interdire aux gens avec des dossiers criminels d’entrer en politique serait la façon la plus facile de nettoyer les législatures de cette maladie».

Certaines personnalités politiques ont approuvé, d’un air penaud. Mais de façon générale, cette proposition a été plutôt mal reçue par les politiciens, au motif de la présomption d’innocence et du fait qu’en politique indienne, il semble arriver assez régulièrement que les tribunaux soient saisis d’accusations sans fondements dont le seul objectif est de salir un adversaire. Tant et si bien que la question que posait le comité Verma continuera de rester entière : «Comment peut-on attendre d’un Parlement qui comprend autant de personnes sur lesquelles pèsent des accusations qu’il adopte une réforme efficace de son droit criminel?»

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