Suicide ou meurtre?

Suicide ou meurtre? Ram Singh, le principal accusé du viol de l’étudiante de 23 ans à Delhi, commis le 16 décembre dernier dans un autobus, a été trouvé mort dans sa cellule vers 5h30 ce matin, heure indienne. Les autorités de la prison surpeuplée de Tihar, située dans l’ouest de la capitale, ont affirmé qu’il s’était suicidé en improvisant une corde avec une couverture. Son avocat et sa famille sont convaincus qu’il a été assassiné. Ram Singh, 35 ans, partageait sa cellule avec quatre autres prisonniers. Son geste ne les aurait apparemment pas réveillés. «Il n’y avait aucune raison de se suicider. Il ne souffrait d’aucun stress mental… Il était très heureux, le procès se déroulait très bien», a déclaré – étrangement – son avocat, V. K. Anand.

Le ministre de l’Intérieur, Sushilkumar Shinde, a affirmé qu’il s’agissait d’une «défaillance majeure des conditions de sécurité», que «ça n’était pas qu’une petite affaire» et qu’il y aurait enquête.

Encore que les meurtres et les suicides commis dans les prisons indiennes ne sont pas rares. Selon les plus récentes statistiques gouvernementales, 1436 détenus dans 1393 prisons sont morts pendant la seule année 2010 – la majorité de «causes non naturelles».

La prison de Tihar est une prison à sécurité maximale et le plus grand établissement pénitencier de l’Asie du Sud. Les autorités aiment à la présenter comme un établissement moderne, mais il est surpeuplé. Douze mille personnes y sont incarcérées, alors ses installations ont été conçues pour n’en abriter que la moitié. L’année dernière, 18 détenus y sont morts – deux par suicide.

Ce surpeuplement est largement tributaire du dysfonctionnement du système de justice. Il y a 400 000 détenus dans les prisons du pays. Le tiers seulement d’entre eux ont subi leur procès et ont été condamnés pour leurs crimes.

L’examen post mortem de Ram Singh sera pratiqué demain. Il était l’un des six accusés du viol collectif dont la jeune femme est décédée une douzaine de jours plus tard dans un hôpital de Singapour et dont l’agression a déclenché, dans la capitale, des manifestations sans précédent contre la violence faite aux femmes. Passibles de la peine de mort, cinq des six accusés – le sixième, qui est mineur, est jugé par un tribunal de la jeunesse – subissent actuellement leur procès à huis clos. Ils ont plaidé non coupables.

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1 commentaire
  • Richard Bernard - Inscrit 12 mars 2013 08 h 54

    Mort heureux ?

    En prison il était heureux ? Et bien son geste ou celui subi par un autre détenu sur lui, me rend la pareille. On se rend bien compte quel genre de personne il était si les dires de son avocat son justes. Une crapule de la pire espèce qui se sentait plus en sécurité entourée de prisonniers. Je ne pense pas qu'il aurait été aussi heureux en "liberté". Un risque de lapidation dès le premier pas à sa sortie vers la "liberté". Bon débarras!!!