Delhi: huis clos pour les accusés du viol

Fin 2008 à Warangal, une ville située à l’est de Hyderabad, en Andhra Pradesh, trois jeunes hommes lancent de l’acide sur deux étudiantes en ingénierie. Le principal suspect n’avait pas accepté que K. Swapnika, l’une des deux filles, ait repoussé ses avances. L’attaque révulse la population. Trois jours plus tard, la police tue les trois jeunes hommes par balle dans un «affrontement» en affirmant avoir agi en légitime défense. Les cas sont nombreux en Inde de rencontres prétendument fortuites (encounter, en anglais) mises en scène par les policiers. Les défenseurs des droits humains dénoncent systématiquement cette justice extrajudiciaire. Reste qu’à ce jour, le chef de police de l’époque est considéré comme un héros pour avoir agi de la sorte. K. Swapnika avait succombé à ses blessures quelques semaines plus tard.

Ceci éclairant cela, la voix des abolitionnistes ne pèse pas lourd ces temps-ci parmi les Indiens – enterrée sous les appels généralisés de l’opinion publique à l’exécution dans les plus brefs délais des six accusés du viol et du meurtre de la jeune femme de Delhi.

Les cinq accusés adultes – le sixième ayant apparemment 17 ans sera jugé par un tribunal de la jeunesse, encore que les autorités cherchent encore à vérifier qu’il est bien mineur – ont comparu en cour cet après-midi dans le cadre d’une audience préliminaire. La juge a immédiatement décidé que leur procès se déroulerait à huis clos. On connaît les noms de ces cinq accusés, mais personne n’a vu leur visage. Les agences de presse rapportent que l’audience a donné lieu à une bruyante dispute entre des avocats qui se portaient volontaires pour défendre les accusés et des collègues qui considèrent qu’ils ne méritent pas d’être représentés. Pour ajouter à l’émotion, l’audience avait lieu à Saket, dans le sud de Delhi, dans une cour de justice située tout près du cinéma où la jeune étudiante de 23 ans et son ami étaient allés voir le film Life of Pi, ce soir tragique du 16 décembre.

Il y a environ 300 condamnés à mort dans les prisons indiennes. Pour autant, la justice n’a procédé qu’à trois exécutions depuis 1995 – la plus récente étant celle du Pakistanais Ajmal Amir Qasab, le seul terroriste capturé par la police dans les attentats qui ont coûté la vie à 166 personnes à Mumbai en novembre 2008. Il a été pendu le 21 novembre dernier.