Au Gujarat, une élection déterminante

La question n’était pas de savoir, jeudi, si Narendra Modi, chef autoritaire du gouvernement de l’État du Gujarat depuis 2002, allait remporter un troisième mandat majoritaire, mais avec quelle aisance. Au final, son BJP (Parti du peuple indien) a remporté 115 des 182 sièges de l’État, réussissant à peu le même score qu’en 2007 (117 sièges). Si prévisible fût-elle, cette réélection constitue un événement clé dans la vie politique indienne en ce sens qu’elle confirme que, sauf revirement extraordinaire, M. Modi sera candidat du BJP et de la droite hindoue au poste de premier ministre aux élections nationales de 2014.

Vrai que ces élections nationales n’ont pas lieu demain. Sauf que si le Parti du Congrès, grevé par les scandales et la paralysie politique, ne retombe pas bientôt sur ses pieds à Delhi, il est parfaitement possible qu’avec Modi à sa tête, le BJP national, lui-même très divisé entre ses différentes factions, parvienne à former le prochain gouvernement central.

Il reste que l’homme est le politicien le plus controversé de l’Inde pour le feu vert qu’il a donné à la commission des pogroms qui ont fait 2000 morts parmi la minorité musulmane du Gujarat (9 % de la population) au début de 2002. Sa xénophobie antimusulmane le plombe à l’échelle nationale dans une certaine mesure, mais ne l’a jamais empêché de prendre et de reprendre le pouvoir dans son État. En fait, il a obtenu sa plus grosse majorité (127 comtés) aux élections de décembre 2002, quelques mois à peine après les pogroms. Il n’y avait pas un seul musulman, cette année, parmi les candidats du BJP.

Il reste ensuite que, malgré sa xénophobie assumée, ce qui en dit long sur la société indienne, il est la coqueluche d’India Inc. et d’une grande partie des classes moyennes urbaines de hautes castes.

Le Gujarat est un moteur important du développement industriel indien depuis au moins 30 ans. Il enregistre depuis des années un taux de croissance supérieur à 10 %. Habile communicateur, Modi s’en est approprié le crédit. Il a fait du Gujarat et de son orgueilleuse personne la principale vitrine indienne de la croissance économique par le développement néolibéral. Son style «managérial» excite, il dirige l’État en chef d’entreprise et son succès excuse son style autoritaire. Il blogue et il tweete. Il est un républicain pur et dur dans le sens étatsunien du terme – très allergique à l’État interventionniste. Tout cela plaît à bien des Indiens, dans un pays d’une désespérante désorganisation.

«Je le vois comme un mélange de Lee Kuan Yew (ancien homme fort du Singapour qui a présidé à l’émergence de ce tigre asiatique) et du président russe Vladimir Poutine», résumait récemment, dans la revue Outlook, le commentateur de droite Swapan Dasgupta.

Il s’en trouve néanmoins pour faire remarquer que, malgré sa croissance, le Gujarat souffre d’indices de pauvreté qui ne sont pas meilleurs que dans le reste du pays. À cela, Modi a promis de consacrer son troisième mandat à la «nouvelle classe moyenne» – celle qui n’y est pas, mais qui, à force, finira bien par y arriver…

1 commentaire
  • Vincent Duclos - Inscrit 20 décembre 2012 12 h 21

    commentaire

    Vous dites : ''Il reste ensuite que, malgré sa xénophobie assumée, ce qui en dit long sur la société indienne''

    Qu'entendez-vous par là ? C'est vrai que Modi (et le BJP en général) a cette capacité de marquer des points sur la croissance économique, mais ce n'est pas évident de faire le lien avec la xénophobie...Après tout, le BJP n'est plus au pouvoir depuis des années. Mais si vous voulez dire que les musulmans sont victimes d'une discrimination quotidienne (emploi, etc.) dans certains États indiens, je suis entièrement d'accord. Seulement ça ne se traduit pas toujours en vote (en dehors du Maharashtra et du Gujarat).

    ''dans un pays d’une désespérante désorganisation''......je ferais quand même remarqué que la dérégulation économique et fiscale n'est pas si désorganisée...depuis 91, l'Inde suit un modèle de développement cohérent (BJP ou Congrès) mais avec des résultats très prévisibles : un écart grandissant entre les riches et les pauvres.