Quand les gros bras régnaient

imageLa présence virtuelle de Kate Smith qui vient chanter God Bless America avant les matchs des Flyers de Philadelphie au Wachovia Center, comme elle le faisait jadis en chair et en os au Spectrum, nous rappelle une époque pour le moins mouvementée dans l'histoire du hockey. Au milieu des années 1970, les Flyers mettent la main sur deux coupes Stanley en terrorisant la Ligue nationale. L'équipe compte certes d'excellents joueurs en Bobby Clarke, Bill Barber, Rick MacLeish, Reggie Leach et le gardien Bernard Parent, mais elle a surtout la réputation de pratiquer l'intimidation, le jeu extrêmement robuste, la violence et la bagarre pour s'imposer avec les Dave Schultz, Don Saleski et autres Bob Kelly, ce qui lui vaut le surnom de «Broad Street Bullies». Elle servira en partie d'inspiration pour le délicieux film Slap Shot. Mais il n'y a pas que les clubs de la LNH qui goûtent à la médecine des Flyers. Le 11 janvier 1976, l'équipe de l'Armée rouge de l'Union soviétique débarque au Spectrum pour le dernier de ses quatre matchs en terre nord-américaine dans le cadre de la Super Série (dont fait partie le mémorable verdict nul de 3-3 contre le Canadien au Forum du 31 décembre 1975). Vers le milieu de la première période, les joueurs des Flyers multiplient les assauts, et une charge du défenseur Ed Van Impe sur Valeri Kharlamov fait déborder le vase. Furieux que l'arbitre Lloyd Gilmour n'ait pas sévi contre Van Impe, l'entraîneur Konstantin Loktev rappelle son équipe au banc en guise de protestation. Mais loin de céder, Gilmour impose plutôt une punition à l'Armée rouge pour avoir retardé le match. C'en est trop. L'équipe rentre au vestiaire. Elle reviendra sur la glace quelques minutes plus tard, notamment après qu'on l'eut menacée de ne pas lui remettre son cachet. Les Flyers l'emporteront finalement 4-1. Les temps ont bien changé, mais les Flyers continuent d'exploiter le mythe des Bullies. (À noter, le propriétaire des Flyers, Ed Snyder, qui avait participé aux difficiles discussions entourant la venue de l'Armée rouge et des Ailes du Soviet en Amérique du Nord, a toujours conservé un souvenir amer de toute cette histoire. À ce jour, seulement 11 joueurs russes, et aucun de premier plan, ont porté les couleurs du Philadelphie.)