Deux événements clés dans l’histoire de la Nouvelle-France

L'arrivée des Filles du Roi en 1667, par Eleanor Fortescue-Brickdale 
Photo: Bibliothèque et Archives Canada L'arrivée des Filles du Roi en 1667, par Eleanor Fortescue-Brickdale 

Dans deux textes fort intéressants publiés les 8 et 15 janvier, l’historien et sociologue Gérard Bouchard aborde la difficulté qu’ont les Québécois à citer des mythes fondateurs, dont le rôle est « d’assigner une direction, une vocation pour la postérité, et de susciter la solidarité en même temps que la fierté, le goût de prendre le relais ».

Il nous suggère, avec raison, la Déclaration d’indépendance du Bas-Canada de 1838 rédigée par Robert Nelson ainsi que la lettre de Chevalier de Lorimier écrite la veille de sa pendaison, le 15 février 1839.

Lorsque j’enseignais l’histoire du Québec au cégep — cours, hélas, facultatif —, les étudiants et moi passions beaucoup de temps à analyser la modernité des articles de cette déclaration des patriotes.

Nous terminions ce segment en écoutant l’émouvante interprétation que donnait Luc Picard des deux lettres de Chevalier de Lorimier — l’une à ses enfants et l’autre à son épouse — dans le magnifique film de Pierre Falardeau.

Distinction difficile

M. Bouchard signale cependant la difficulté de distinguer des mythes fondateurs à l’époque de la Nouvelle-France : « Les Québécois d’aujourd’hui peuvent difficilement puiser dans leurs origines les plus lointaines de quoi nourrir leur conscience citoyenne et leurs rêves collectifs. »

Pourtant, il me paraît essentiel de nommer des mythes fondateurs pour cette époque, car s’il existe aujourd’hui une nation québécoise francophone, c’est parce que la Nouvelle-France a existé !

Deux événements liés à la naissance et à la consolidation de la Nouvelle-France m’apparaissent significatifs. D’abord, l’arrivée en 1663 des Filles du Roy. Elles seront 800 entre 1663 et 1673. Apportant avec elles une dot de 50 livres fournie par le roi, ces jeunes femmes — orphelines et pauvres — venaient pour la plupart de la région parisienne. Elles parlaient le français moderne — la langue de Molière —, alors que les patois étaient encore parlés dans toutes les régions rurales de la France.

Il faudra attendre le XIXe siècle pour que le français moderne soit parlé en France, alors que c’était le cas depuis le XVIIe siècle en Nouvelle-France grâce aux Filles du Roy. Les travaux de l’historien Yves Landry ont très bien documenté l’importance de cet événement dans notre histoire.

« Ces femmes-là ont inculqué le français à leurs enfants », indique M. Landry, rappelant que l’expression « langue maternelle » prend ici tout son sens. « Le français est ainsi devenu la langue parlée au Québec. Tous les linguistes sont d’accord là-dessus », tranche-t-il.

Un deuxième événement m’apparaît clé dans l’histoire du Québec : la Grande Paix de Montréal de 1701. Aujourd’hui largement documentée par, entre autres, les travaux de Gilles Havard, cette rencontre vise à établir une paix durable entre les nations amérindiennes elles-mêmes ainsi qu’entre elles et la Nouvelle-France.

Des délégués d’une quarantaine de nations s’y rencontrent, depuis « les Cris du bassin de la baie James jusqu’aux Illinois du Mississippi, et des Sioux des Grands Lacs jusqu’aux Abénaquis de la Nouvelle-Angleterre, sans oublier les Iroquois et la Confédération des Cinq Nations ni les Amérindiens domiciliés près de Montréal », comme l’écrit le sociologue et historien Denys Delâge.

Inspiration

La Grande Paix consacre le rôle de Montréal et de la Nouvelle-France comme centre des grands réseaux de commerce et de diplomatie. Le 4 août 1701, l’Aigle, chef des Iroquois du Sault, s’adressant au Sieur de Callière, dit ceci : « Onontio, toutes les nations différentes venant des extrémités de ce vaste continent sont rassemblées ici sur ta natte pour le Grand Feu de Montréal. Elles ont arrêté la hache et l’ont mise au plus profond de la terre. Jetant leurs yeux sur l’Arbre de paix que tu as planté sur la plus haute montagne, elles lui mettent de fortes et profondes racines, pour que ni les vents, ni les orages ni aucun autre accident ne puisse le renverser. »

Bien sûr, des vents contraires ont soufflé au Québec depuis 1701. La nation québécoise n’a pas été et n’est toujours pas exempte de racisme à l’endroit des peuples autochtones. Cependant, la Grande Paix, ce grand et fructueux dialogue, ne peut-elle pas nous inspirer dans les gestes à poser aujourd’hui ?

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