Québec doit faire mieux pour la fonction publique

«L’absence de programme québécois équivalent met alors en lumière l’économie que fait l’État québécois d’une réflexion sérieuse sur l’attraction de ces talents dans son administration publique», affirme l'auteur.
Photo: Steven Senne Associated press «L’absence de programme québécois équivalent met alors en lumière l’économie que fait l’État québécois d’une réflexion sérieuse sur l’attraction de ces talents dans son administration publique», affirme l'auteur.

Qu’ils soient d’obédience indépendantiste, autonomiste ou nationaliste, force est de constater, malheureusement, que les gouvernements qui se sont succédé à Québec depuis la Révolution tranquille n’ont pas su égaler les débouchés que peut offrir le fédéral à une jeunesse capable et ambitieuse. En témoignent les généreux programmes de la fonction publique canadienne visant la cooptation de personnes récemment diplômées au deuxième et au troisième cycles universitaires qui se démarquent dans leur milieu.

L’absence de programme québécois équivalent met alors en lumière l’économie que fait l’État québécois d’une réflexion sérieuse sur l’attraction de ces talents dans son administration publique. Cela s’avère particulièrement problématique si on considère, à l’instar du gouvernement actuel, que la société québécoise est la communauté politique de référence pour ses citoyens et citoyennes.

En ce sens, pour être conséquent avec les convictions autonomistes de la CAQ et d’une grande partie de la population, je suggère au Conseil du trésor de s’inspirer de la fonction publique canadienne et d’élaborer un programme visant lui aussi l’attraction de talents dans l’administration publique québécoise.

Concrètement, le Programme avancé pour les analystes de politiques et le Programme de recrutement de leaders en politique furent créés respectivement en 1988 et 2004. Ils visent à convaincre d’intégrer l’administration fédérale des personnes récemment diplômées qui témoignent d’un grand potentiel. Retenues à l’issue d’un concours annuel très compétitif, un peu moins d’une vingtaine d’entre elles sont affectées à des postes stratégiques dans les ministères et les organismes centraux du gouvernement, entre autres en matière d’élaboration et d’analyse de politiques publiques.

Ces fonctionnaires en devenir ont accès non seulement à des conditions de travail avantageuses dès leur entrée en poste, mais aussi à d’importantes possibilités d’avancement. Le deuxième programme inclut même du mentorat de la part de membres de la haute fonction publique, tels que des sous-ministres.

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Ces programmes fédéraux n’ont toutefois pas d’équivalent dans l’administration québécoise. Ce qui porte à croire que la nation se prive potentiellement de fonctionnaires capables qui sont promis à de grandes carrières dans le secteur public. Pis encore, cette situation montre indirectement que l’État québécois finance l’éducation supérieure sans nécessairement en maximiser son potentiel. Cela participe aussi à un certain exode des cerveaux, car plusieurs postes dans l’administration fédérale sont généralement mieux rémunérés et localisés à l’extérieur du Québec.

S’il le voulait, le gouvernement caquiste pourrait dès maintenant remédier à cette situation en imitant les programmes fédéraux et, pourquoi pas, faire mieux. Un programme proprement québécois s’impose dans la mesure où globalement l’anglais s’impose comme langue de travail à Ottawa, ce qui représente un facteur défavorisant les francophones au moment d’obtenir des promotions. Cela va aussi à l’encontre de la volonté du gouvernement de promouvoir le français. Ce serait aussi l’occasion idéale de recruter davantage de Québécois et Québécoises appartenant aux groupes ethnoculturels et racisés, qui sont malheureusement sous-représentés, surtout au sein des postes de direction.

Ce nouveau programme démontrerait concrètement et résolument que l’attraction de talents et leur valorisation dans la fonction publique ne sont pas l’apanage de l’État fédéral canadien, et ce, au plus grand bénéfice de la société québécoise.

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