Petite menterie sur une grosse cimenterie

«Le plus récent rapport nous confirme que le secteur des transports représente 43 % des émissions de CO2 de la province», écrit M. Fontaine.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Le plus récent rapport nous confirme que le secteur des transports représente 43 % des émissions de CO2 de la province», écrit M. Fontaine.

Le bilan de 2019 des efforts de réduction des GES du gouvernement du Québec a déçu sans pour autant causer une grande surprise : une augmentation de 1,5 % éloigne encore plus la CAQ du modeste objectif qu’elle s’était fixé. Le ministre Benoit Charette rejette une partie de la responsabilité sur le précédent régime libéral de Philippe Couillard, qui est allé de l’avant avec la construction de la cimenterie McInnis en Gaspésie. Un projet controversé lancé par le gouvernement de Pauline Marois.

Cette infrastructure industrielle est effectivement devenue la plus polluante du Québec. Il importe cependant de rétablir certains faits dans le dossier noir de cet éléphant… blanc.

Si François Legault a vivement critiqué le projet de cimenterie de Port-Daniel lorsque sa formation aspirait au pouvoir, en 2014, c’est uniquement parce que l’investissement public de 450 millions de dollars lui apparaissait beaucoup trop important en regard du faible nombre d’emplois créés, soit environ 400. M. Legault n’a jamais invoqué des raisons environnementales pour justifier son opposition. Il qualifiait l’initiative de manœuvre électoraliste et considérait même l’énergie éolienne comme une « voie sans issue » pour la région.

La CAQ ne se préoccupait en somme que de la dimension économique. Certains diront que cela n’a guère changé.

Ainsi, tout indique que le rejet de l’exploitation de GNL au Saguenay par le gouvernement caquiste a d’abord été motivé par le retrait d’un gros investisseur privé (Warren Buffet) faisant face aux incertitudes du marché des hydrocarbures et au manque d’acceptabilité sociale. Il n’était même plus sûr que le projet serait rentable à moyen terme dans un contexte de transition énergétique marqué par la multiplication des signaux d’alarme climatiques.

En ce qui concerne l’augmentation des GES imputable au Québec, la CAQ avait prévu de la réduire au minimum en excluant les émissions en amont (puits d’extraction de l’Ouest canadien) et en aval (transport maritime) du complexe de liquéfaction. En 2017, François Legault était devenu copain-copain avec les promoteurs, l’affaire semblait déjà conclue !

C’était compter sans la mobilisation des groupes écologistes, qui se sont employés à dénoncer cette supercherie avec l’appui des médias et du Centre québécois du droit de l’environnement. Contre toute attente, le BAPE, sur GNL Québec, a fini par prendre en considération l’augmentation probable de CO2 qu’Énergie Saguenay générerait à l’échelle planétaire.

Le plus récent rapport nous confirme que le secteur des transports représente 43 % des émissions de CO2 de la province. Un pourcentage en hausse constante depuis les 25 dernières années. C’est surtout l’auto solo qui est en cause. Si le ministre Benoit Charette tenait à améliorer davantage notre bilan, il aurait pu convaincre son chef d’introduire une taxe dissuasive sur l’achat des VUS énergivores dans le cadre du dernier budget provincial, en mars dernier. Les porte-parole de tous les champs d’expertise en matière d’environnement faisaient une recommandation unanime en ce sens.

Au lieu de tout miser sur l’électrification du parc automobile, il fallait envoyer un signal clair que l’ère du gaspillage des hydrocarbures à des fins récréatives était terminée.

M. Legault craignait manifestement que cette mesure soit mal accueillie auprès d’une grande partie de la population. Il aurait pourtant pu se le permettre étant donné son haut taux d’approbation dans les sondages.

Erreur de calcul politique ? La surchauffe climatique s’accentuant, le manque de courage du gouvernement caquiste en matière d’environnement pourrait bien contribuer à refroidir l’ardeur de ses partisans aux prochaines élections.

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