Les déficiences de la médecine de première ligne

Le manque de flexibilité et d’imagination dans la recherche des solutions constitue sans doute une partie du problème.
Photo: iStock Le manque de flexibilité et d’imagination dans la recherche des solutions constitue sans doute une partie du problème.

J’ai obtenu un diplôme de médecine en Europe et vis au Québec depuis plus de 30 ans. Les problèmes d’accès aux soins de santé sont des sujets qui m’intéressent particulièrement. Comme j’ai poursuivi ma carrière dans le domaine exclusif de la recherche, je n’ai cependant jamais fait valider mon diplôme pour exercer des activités cliniques en Amérique du Nord.

Je ne peux donc me prononcer qu’en tant que citoyen, avec malgré tout le bénéfice d’une certaine expérience professionnelle.

Je ne peux que me désoler de la situation chroniquement déficiente de la médecine de première ligne. Bien que notre système de santé ait été très récemment durement affecté par la pandémie de COVID-19, les problèmes ne datent malheureusement pas d’hier, et durent en fait depuis tellement longtemps que la population en est venue à les considérer comme une fatalité inéluctable. Tel n’est cependant pas le cas : les Québécois ignorent généralement à quel point l’accès aux soins de santé peut être meilleur dans d’autres pays, d’autres provinces ou d’autres États, et comment il est en fait possible de s’organiser autrement.

Quelle famille ?

 

Avant d’aborder les problèmes d’ordre systémique, j’aimerais m’insurger contre l’emploi du terme « médecin de famille ». Quelle famille ? Ma conjointe et moi sommes suivis par des omnipraticiens différents et nous sommes renseignés sur la possibilité d’avoir accès au même médecin. La réponse fut : « Ce n’est pas possible. »

Cette seule anecdote illustre l’absurdité du système, et je me référerai seulement dans les lignes qui suivent aux « omnipraticiens ».

Le manque de flexibilité et d’imagination dans la recherche des solutions constitue sans doute une partie du problème. Par exemple, les omnipraticiens évoquent souvent leurs obligations de fournir des prestations dans les services d’urgence pour expliquer leurs problèmes de disponibilité. Mais ce système est une invention très québécoise : hors Québec, ce sont principalement les urgentistes qui travaillent dans les urgences, ce qui permet aux omnipraticiens de consacrer le temps nécessaire à leurs patients en cabinet.

La prochaine étape

 

S’il ne devrait pas être trop difficile, pour les divers intervenants, de dresser une liste des dysfonctionnements du système et des problèmes à régler, il semble particulièrement difficile de passer à la prochaine étape.

En ce qui concerne les organisations médicales professionnelles, on a la fâcheuse impression qu’elles sont plus intéressées par la défense de leurs intérêts, privilèges, monopoles et prérogatives que par la recherche de solutions. Qui peut se souvenir d’un plan imaginé par les fédérations de médecins pour résoudre les problèmes organisationnels de la santé ? On a l’impression que les fédérations médicales professionnelles conduisent le camion du changement avec les deux pieds sur le frein.

Du côté du gouvernement, on peut s’étonner que le problème semble, pour lui, se limiter à diminuer les listes d’inscriptions. Mais même si tous les Québécois étaient inscrits, le problème serait-il résolu pour autant ? Si nous ne sommes pas satisfaits des qualités humaines et/ou professionnelles de notre médecin, comment considérer le problème comme réglé si nous n’avons aucune possibilité de changer de médecin ou aucune possibilité « réaliste » de déposer une plainte auprès d’un organisme professionnel ?

Cela me fait penser à un système où notre accès à un coiffeur serait régi par un système d’inscription obligatoire. Pourquoi tolérons-nous pour notre santé ce qui nous paraîtrait inacceptable pour une simple coupe de cheveux ?

Les pistes de solutions abondent : intégration accrue d’infirmières praticiennes spécialisées pour les soins et les suivis de routine ; relâchement des monopoles encore exercés par les médecins dans le contrôle des professions auxiliaires de la santé ; changements dans l’organisation des soins de santé et du mode de rémunération des médecins ; élaboration de cheminements pour la reconnaissance des compétences des diplômés étrangers et leur intégration…

Les médias

 

Les médias pourraient jouer un rôle précieux dans ce débat, en examinant comment les choses se passent à l’étranger, en demandant pourquoi certaines solutions dont l’efficacité semble démontrée font l’objet de résistance de la part de divers intervenants québécois et en demandant des comptes aux personnes responsables.

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