La littératie, un enjeu pour les nouvelles équipes municipales

La littératie renvoie à la capacité d’une personne de s’approprier le monde de l’écrit.
Photo: Charles Büchler Unsplash La littératie renvoie à la capacité d’une personne de s’approprier le monde de l’écrit.

Aux quatre coins du Québec, de nouvelles équipes municipales se mettent en place pour assurer le bien-être quotidien de leurs concitoyennes et concitoyens, et pour contribuer au développement de leur communauté.

Les chantiers à couvrir sont nombreux et diversifiés : environnement, urbanisme, économie locale, logement, culture et loisirs, sécurité, intégration des personnes issues de l’immigration, participation citoyenne… Parmi l’ensemble des éléments à considérer, nous attirons l’attention sur un élément clé sous-jacent à la plupart de ces domaines et reconnu comme un levier essentiel du développement d’une collectivité : les compétences en littératie de ses membres.

La littératie renvoie à la capacité d’une personne de s’approprier le monde de l’écrit, dans sa double dimension de lecture et d’écriture, pour répondre à des besoins personnels et professionnels. La sous-performance québécoise en cette matière est souvent soulignée à gros traits. Selon l’enquête internationale sur les compétences en littératie des adultes pilotée par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la moitié des 16 à 65 ans n’atteindraient en effet pas le niveau 3, à savoir le seuil minimal requis pour comprendre adéquatement l’information présentée dans un long article de presse.

Les impacts de cet état de fait sur notre société sont régulièrement mis en avant, en pointant en priorité les effets négatifs sur l’économie. C’est pourtant loin d’être le seul domaine potentiellement touché. La capacité de lire et d’écrire en utilisant efficacement les supports de communication de l’ère numérique est en effet essentielle, aussi, pour avoir accès à divers services, pour s’informer sur ses droits, pour veiller sur sa santé ou encore pour s’impliquer dans les débats sociaux et forger son esprit critique.

L’étude récente de l’économiste Pierre Langlois a révélé de grandes disparités de niveau de littératie selon les régions du Québec et, au sein d’une même grande ville ou d’une MRC, selon certaines zones ou certains quartiers. Un tiers des MRC ou des grandes villes du Québec sont classées en zone rouge parce que 60 % ou plus de la population adulte s’y classe sous le niveau 3 de littératie, considéré selon l’OCDE comme le seuil minimal pour être fonctionnel en société. […]

Un rôle à jouer

Les municipalités ont, selon nous, à leur échelle, un rôle essentiel à jouer pour assurer et renforcer la vitalité de la littératie chez les différents groupes de population que compte leur cité. Parmi les chantiers à prioriser par les nouvelles équipes élues, une réflexion mérite d’être engagée autour de trois volets distincts.

Le premier volet concerne l’accès aux livres de tous types et la valorisation des pratiques de lecture et d’écriture. On pense spontanément au rôle essentiel de la bibliothèque municipale, repensée de nos jours comme un centre d’apprentissage ouvert et dynamique offrant des services à la fois en présence et à distance. De nombreux projets peuvent aussi être mis sur pied pour donner accès à des livres et à de la documentation écrite, ainsi que pour offrir des animations autour de la lecture et de l’écriture à des publics variés, dans des lieux diversifiés : le marché public, les parcs, les centres communautaires, les maisons de jeunes, les résidences pour personnes âgées, les halls d’immeubles dans certains quartiers plus défavorisés ou, pourquoi pas, la salle d’attente de l’hôtel de ville. […]

Le second volet à considérer a trait au soutien que les personnes élues peuvent apporter à des organismes, associations ou groupes communautaires voués à la promotion et au rehaussement des compétences en littératie et dont les activités ciblent le grand public ou certains groupes en particulier (personnes faiblement alphabétisées, personnes en processus de francisation…). Comment ces groupes peuvent-ils obtenir un meilleur appui pour remplir leur mission et rejoindre encore plus de gens ?

Enfin, le dernier volet se rapporte à la manière dont sont pensés les modes de communication et d’interaction avec la population. Se préoccupe-t-on suffisamment d’adapter les messages aux compétences variées en littératie des citoyennes et citoyens de tous âges, de tous milieux et de toutes provenances ? Prévoit-on une formation en ce sens pour les personnes élues ainsi que pour les agentes et agents administratifs en contact avec la population ? Permet-on à chaque citoyenne et citoyen de faire connaître ses besoins et son point de vue selon des modalités adaptées à ses capacités ?

Si chacun de ces volets peut donner lieu à des actions ciblées, il serait également souhaitable d’inscrire celles-ci dans un plan d’ensemble concerté et élaboré de manière participative. La Ville de Longueuil a innové, il y a quelques années, en mettant en place le premier Plan d’action en matière de littératie. Encourageons l’ensemble des équipes municipales à suivre cette voie, qui leur permettra de contribuer de manière significative au plein épanouissement des citoyennes et des citoyens, et de donner de la vigueur à la démocratie municipale.

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