Prendre en main le transport aérien régional

«Il est grand temps que l’on règle cette anomalie et que TREQ prenne son envol pour briser le quasi-monopole sur notre transport aérien régional», écrit l'auteur.
Photo: Capture d'écran Vimeo / treq.ca «Il est grand temps que l’on règle cette anomalie et que TREQ prenne son envol pour briser le quasi-monopole sur notre transport aérien régional», écrit l'auteur.

Le scandale linguistique actuel chez Air Canada n’est qu’une facette de ce qui ne fonctionne pas dans le secteur. Il existe depuis longtemps un problème majeur au Québec en matière de mobilité sur notre territoire : notre aviation régionale fait figure d’enfant pauvre comparativement à celle de tous nos voisins, Air Canada y ayant contribué à nouveau récemment en abandonnant plusieurs liens régionaux.

L’absurde réalité encore aujourd’hui est qu’il en coûte souvent moins cher de voler jusqu’en Europe que de se déplacer entre deux villes québécoises, et ce, au détriment du développement économique du territoire et d’une meilleure cohésion sociale. Sur des distances comparables, le prix des billets au Québec est un multiple de ce qu’il est en Ontario. Sans surprise, on constate donc au Québec un moindre volume proportionnel de voyageurs régionaux (des millions de passagers annuels en moins, selon une étude récente de l’IREC).

Ce n’est absolument pas parce que les Québécois ont plus peur de l’avion que les Ontariens : nous représentons exactement notre part de la population canadienne sur les vols internationaux, mais une fraction de celle-ci sur les vols régionaux. C’est au fond simplement parce que les Québécois savent compter.

Devant cet état de fait, il existe deux grandes solutions. D’abord, soutenir la demande en subventionnant les voyageurs pour que le prix réel du billet soit moindre (permettant toutefois aux transporteurs existants de continuer à demander des prix obscènement élevés) ou restructurer l’offre pour que les prix soient raisonnables, comme partout ailleurs. J’ose espérer que le plan tant attendu du ministre des Transports du Québec n’empruntera pas la voie des subventions dans l’objectif « de ne pas nuire aux transporteurs existants » (qui demandent le gros prix). L’autre voie, celle de régler une fois pour toutes le problème des prix trop élevés, est autrement plus porteuse. Il faut se sortir d’un modèle quasi monopolistique qui se répète et qui a échoué depuis des décennies.

Une coopérative

 

Il existe un projet qui s’appelle TREQ (treq.ca), une coopérative de transport régional aérien dont près de 15 000 Québécois sont déjà membres sans la moindre campagne de publicité, dont les élus et les industries des régions soutiennent la venue et dont les partenaires financiers incluront Développement économique Canada (DEC), deux grandes institutions financières québécoises ainsi que des investisseurs privés qui, tous, croient en ce projet et en ses retombées économiques et sociales positives.

Et l’environnement ? TREQ sera fièrement le premier transporteur aérien carboneutre au pays. Par surcroît, le nombre de voitures que ses vols régionaux permettront de retirer des routes aura pour effet de réduire globalement les émissions de GES au Québec. Du développement durable à son meilleur et un outil formidable de relance post-pandémie et de développement économique régional. Ne serait-il pas ironique que le gouvernement du Canada (DEC) ait la vision d’appuyer TREQ pendant que le gouvernement du Québec continuerait d’être le seul gouvernement provincial à subventionner Air Canada par un programme de réduction des tarifs aériens qui couvre de 30 % à 60 % du coût du billet ? C’est Michael Rousseau qui would be very happy about that : des fonds publics pour aider les voyageurs à payer des billets trop chers, plutôt que de régler le problème fondamental : le prix du billet lui-même !

Il est grand temps que l’on règle cette anomalie et que TREQ prenne son envol pour briser le quasi-monopole sur notre transport aérien régional, avec un transporteur qui appartiendra en plus à la collectivité. Ça vous dit quelque chose, les entreprises collectives ? Desjardins en finance, Sollio (Coop fédérée) en agroalimentaire, Beneva (SSQ / La Capitale) en assurances, la Société de développement Angus en immobilier, toutes des entreprises qui gèrent des centaines de millions, voire des milliards. Les entreprises collectives représentent près de 50 milliards dans le PIB du Québec et survivent deux fois plus que les entreprises inc., des statistiques trop peu connues de bien des élus qui pensent encore que, si c’est collectif, ce n’est pas « de la vraie business ». Un peu de vision, s.v.p. !

La Coopérative TREQ doit voir le jour. Elle constitue un véritable projet de société qui rapprochera de facto les régions en facilitant les déplacements sur le territoire, qui développera notre économie et qui contribuera à la réduction des émissions de GES au Québec. Et croyez-moi, sur les vols de TREQ, vous pourrez être bien servis en français.

Maîtres chez nous, comme dirait l’autre. Même dans le ciel.

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