L'affaire Parenteau - Une censure nommée diversité

Le 7 janvier dernier, l'animateur Joël Le Bigot a pris un peu de temps d'antenne à la radio de Radio-Canada pour dénoncer le congédiement de l'humoriste François Parenteau de son émission du samedi.

Il avait reçu près de 300 courriels d'auditeurs en désaccord avec le renvoi de cet humoriste, survenu en pleine campagne électorale. Plus tard, on apprenait dans Le Devoir que l'ombudsman de la SRC était submergé par un même nombre de plaintes, fait plutôt rare.

Or, si l'ombudsman ne recommande pas la réintégration dans ses fonctions de François Parenteau, il fera défaut à sa propre cohérence et crédibilité. Une situation gênante qui aura plus d'une raison de l'embêter.

En effet, le 22 juillet 2005, soit moins de cinq mois avant le congédiement de M. Parenteau, l'ombudsman signait son plus récent rapport annuel. En page 16 et 17 de ce document, l'ombudsman fait le compte rendu d'un cas d'espèce: une plainte contre l'humoriste François Parenteau par un réputé professeur de droit au Osgoode Hall de l'Université York de Toronto, Me Gerald Heckman.

Motif de la plainte: le scandale des commandites, objet d'un billet de François Parenteau diffusé le 27 mars 2004. Me Heckman n'aime pas que le Canada soit décrit comme «une patente politique qui, sans l'argent des commandites, tomberait en ruines» ou que le love-in de 1995 soit l'oeuvre «de rednecks qui s'en foutaient». Il croit que l'humoriste «a droit à son opinion», mais que le diffuseur doit en assumer la responsabilité.

Il est étonnant de lire aujourd'hui ce qu'a répondu à l'ombudsman la direction des programmes de la radio de la SRC pour se défendre au sujet de cette plainte. Elle a fait valoir «que la chronique est un genre qui permet à son auteur l'expression d'une opinion personnelle et qu'il faut situer les propos de M. Parenteau en contexte, soit celui d'une programmation riche et variée». On parle pourtant de la même direction qui le congédiera cinq mois plus tard pour manque de diversité d'opinions! Bienvenue à Radio-Canada...

Peu satisfait de la réponse, Me Heckman réplique alors avec des arguments d'autorité. Selon lui, la loi sur la radiodiffusion canadienne «confère une responsabilité particulière à Radio-Canada et [...] à tout le moins, celle-ci aurait dû accorder dans la même émission un temps d'antenne équivalent à un représentant du point de vue opposé».

L'argument semble porter. Car à peu près au moment où cette plainte est traitée, François Parenteau est convoqué par la direction. On lui explique qu'il doit «changer» sa façon de faire. On lui propose de devenir lui-même le représentant du point de vue opposé. De se faire contrepoids seul, être lui-même et son contraire quoi, penser une chose, le dire, mais aussi dire ce qu'il ne pense pas. Un véritable ticket pour la schizophrénie! Sans compter que le billet de Parenteau est toujours diffusé après la «Bourse de l'actualité» qui fait entendre des éditorialistes aux points de vue souvent opposés!

Pas une émission d'information

Néanmoins, la réponse de l'ombudsman à cette réplique de Me Heckman fut sèche et sans appel... du moins jusqu'au congédiement de François Parenteau. Il explique que, selon les politiques journalistiques de la SRC, «une émission d'information est une émission dont le but premier est l'examen sérieux de questions importantes». Il note alors que ce n'est PAS le premier objectif de l'émission Samedi et rien d'autre ni celui de l'humoriste François Parenteau dans son billet. Pour clouer le bec à Me Heckman et rejeter la plainte formellement, il utilise lui aussi la loi sur la radiodiffusion pour se faire comprendre: «Dans une société démocratique, écrit-il, la liberté de presse et la liberté de création sont des valeurs qui priment la qualité ou le bon goût des oeuvres qui en découlent. La loi entérine ce principe.»

La semaine dernière, le directeur de l'information Alain Saulnier et la directrice des programmes de la Première Chaîne Louise Carrière nous ont donné un cours de normes et pratiques journalistiques 101 pour nous faire avaler le congédiement de François Parenteau. Ils nous ont parlé de satire, de la liberté d'expression des créateurs, de pluralisme et d'équilibre des opinions à l'antenne de la SRC. Bref, de tout ce que faisait François Parenteau depuis huit ans à leur antenne!

Ainsi, cette histoire d'ombudsman montre que François Parenteau a perdu sa job pour les mêmes raisons qu'il l'avait gardée et qu'on l'avait protégé. Mieux encore, au nom de la diversité d'opinion, on fait taire une voix originale. N'y a-t-il pas là quelque chose de contradictoire et de préoccupant? Il me semble que si un diffuseur public entend favoriser la diversité d'opinions, il importe que ce soit dans un lieu où la liberté d'expression trouve place en tout temps.

Voilà où je me range à titre d'éditeur. Et voilà pourquoi j'ai fait imprimer un bandeau publicitaire sur le livre de François Parenteau Délits d'opinion: Chroniques d'humeur... et rien d'autre, que nous lançons aujourd'hui, avec la mention suivante: «Censure à Radio-Canada».

Comme les centaines d'auditeurs qui désapprouvent ce congédiement, je dis à Alain Saulnier et à Louise Carrière que François Parenteau a droit à son opinion et à sa liberté d'expression. Lanctôt éditeur lui redonne donc fièrement sa voix et espère que la Société Radio-Canada retrouvera la voix du bon sens et le remettra à l'antenne aussi rapidement que possible.

Espérons aussi que l'ombudsman de la SRC tiendra compte de ses propres décisions antérieures à ce congédiement.