Trou de mémoire au CHUM

L'été dernier, un incident informatique au CHUM a provoqué la disparition de quelque 5600 rapports médicaux de la banque centrale de données du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), entraînant des retards dans la transmission de tests diagnostics, a appris Le Devoir. Depuis plus de deux mois, on s'affaire à retracer l'information disparue.

Selon nos informations, l'administration du CHUM n'aurait pris connaissance de la perte de ces milliers de données informatiques que le 19 juillet dernier. Les ratés survenus dans un serveur de l'hôpital ont entraîné l'effacement des rapports dressés pendant plusieurs semaines par des pathologistes et des radiologistes, ainsi que des protocoles opératoires en chirurgie, réalisés par au moins 165 médecins du CHUM. Ces examens radiologiques et pathologiques, qui doivent être transmis au médecin traitant, sont souvent réalisés à des fins d'investigation, notamment pour détecter des tumeurs cancéreuses ou tout autre problème de santé.

Or Le Devoir a appris que 5600 de ces rapports ont disparu l'été dernier, dont 80 % étaient des rapports radiologiques. Le 22 juillet, la direction a prestement invité les médecins concernés à reproduire de nouveaux rapports pour assurer la mise à jour des dossiers médicaux. L'opération, qui a nécessité plusieurs semaines et des centaines d'heures de travail supplémentaires, tant pour les médecins concernés que pour le personnel responsable de l'archivage, vient à peine de se terminer.

Selon certains médecins, ce cafouillis pourrait avoir entraîné la perte d'informations médicales importantes et avoir des impacts sur le plan clinique sur des patients. «Si un cancer avait été détecté le 12 mai et que le rapport n'a été transmis au médecin traitant qu'en septembre, il peut y avoir eu une évolution de la maladie chez le patient», a soutenu hier un radiologiste du CHUM touché par cette affaire.

Hier, le directeur général du CHUM, le Dr Denis E. Roy, a confirmé la perte des 5600 dossiers mais a affirmé que l'impact de cet incident sur les patients serait mineur. «Le médecin traitant n'aurait pas nécessairement reçu cette information le lendemain de la dictée car il y a toujours environ deux semaines de délai. Il y a des rapports qui ont été perdus et certains pouvaient être là depuis plusieurs semaines. Je ne peux pas m'en cacher. On a récupéré les médecins impliqués, les patients concernés et leurs numéros de dossier. Et c'est sur le point de se terminer», a-t-il dit.

Selon d'autres sources, l'erreur informatique aurait affecté tous les rapports dictés par ces 165 médecins à l'Hôtel-Dieu entre le 31 mai et le 18 juillet.

Contrairement à certains médecins, la direction du CHUM croit que peu d'informations ont été perdues à jamais. «Ça serait une hypothèse de répondre à cette question», a dit le Dr Roy.

Selon ce dernier, les radiologistes ont eu de nouveau accès aux films pour recommencer leurs rapports, et les pathologistes ont pu «réanalyser» les tissus conservés sur les lamelles. Seuls les chirurgiens ont dû retranscrire leurs observations de mémoire, en se servant des notes succinctes consignées il y a plusieurs semaines dans leurs dossiers.

Est-il possible que des informations importantes manquent aux dossiers médicaux?

«C'est dur pour moi de répondre à cette question, mais je ne croirais pas que beaucoup de détails nous aient manqué. Une vésicule biliaire, d'un patient à l'autre, c'est fait de la même façon par un chirurgien. Je crois qu'en ce qui concerne la pathologie et la radiologie, il n'y aura pas d'impact, mis à part le délai», a indiqué hier le Dr Roy.

Chose certaine, les radiologistes ne sont pas du même avis. D'ailleurs, plusieurs d'entre eux, qui travaillaient à l'Hôtel-Dieu, ont envoyé une mise en demeure à la direction du CHUM afin d'être dédommagés pour le travail supplémentaire fait sans rémunération, souvent réalisé les fins de semaine. Des milliers de films ont dû être revus.

«Nous étions déjà débordés en plein été avec le personnel manquant, et on s'est retrouvés avec cela en plus sur les bras», a soutenu l'un d'entre eux.

Le directeur du CHUM a reconnu qu'il n'était «certainement pas plaisant de passer ses soirées à faire un travail qui a déjà été fait», mais a ajouté que ce litige était désormais entre les mains des assureurs de l'établissement. «Les radiologistes font ce qu'ils pensent juste. On verra comment les assureurs de l'hôpital vont analyser cela», dit-il.

Selon ce dernier, l'enquête réalisée sur cet incident a démontré que trois des disques de redondance (back-up) du serveur de la banque centrale ont fait défaut le 19 juillet, entraînant la perte des données. Pour le directeur du CHUM, les mesures ont été prises pour éviter la répétition d'un tel incident, compte tenu du rôle crucial que jouent désormais les banques centrales de données dans l'administration médicale et hospitalière. «Parmi ces mesures, il y a l'ajout d'un autre serveur. On va accroître nos capacités de redondance», a-t-il assuré.