Jean Charest au Devoir - La santé avant les baisses d'impôts

Dans un contexte de ralentissement économique, un gouvernement libéral privilégierait un réinvestissement en santé plutôt qu'une baisse d'impôts.

Armé de son plan d'action, intitulé Un gouvernement au service des Québécois, dont il fait la promotion depuis son lancement, il y a une semaine, Jean Charest a expliqué, en entrevue au Devoir hier, que la priorité parmi ses priorités demeure la santé.

«S'il y avait un scénario de ralentissement et qu'on était placés devant ce choix-là, on choisirait d'investir dans la santé», a affirmé le chef du Parti libéral du Québec.

Mais même l'engagement libéral d'injecter de nouveaux fonds dans le système de soins de santé pourrait être ébranlé par la situation économique. La publication mercredi de la synthèse des opérations financières du gouvernement du Québec en date du 30 juin dernier démontre un manque à gagner de 294 millions.

Ainsi, s'il devait prendre les rênes de l'État, Jean Charest doute qu'il aurait les ressources financières nécessaires pour mener à bien certains projets. Sans remettre en question le bien-fondé de la construction des deux mégahôpitaux universitaires, par exemple, il souligne que le dossier «n'est pas évident» d'un point de vue financier.

Le chef libéral laisse également flotter un certain flou pour ce qui est des groupes de médecine familiale (GMF) pilotés par l'ex-ministre de la Santé, Rémy Trudel, et qui ne sont toujours pas fonctionnels. M. Charest estime que l'idée, si elle présente de l'intérêt, a été mise en avant dans la précipitation, provoquant diverses difficultés, notamment en ce qui a trait à la rémunération des médecins.

«Dans la mise en application des GMF, c'est mal engagé», indique-t-il. «[...] Je veux qu'on regarde ça de près. Il y a derrière ce concept-là quelque chose d'important en matière de valeur dans le réseau de la santé, soit le suivi du patient.»

C'est avec cette préoccupation en tête que Jean Charest rappelle que sous un gouvernement libéral, le système de santé aurait à démontrer plus de flexibilité. Il attribue d'ailleurs au trop grand nombre d'unités d'accréditation syndicale le manque de flexibilité dans les établissements de santé.

Une éventuelle levée de boucliers chez les centrales syndicales n'émeut guère le chef libéral, sûr que la population souhaite un changement. «Les gens veulent que ça marche. [...] Personne ne croit que la multitude d'unités d'accréditation aide le système. On ne parle pas de réduire les salaires de personne. Il s'agit d'introduire un élément de flexibilité pour que les gens puissent fonctionner de façon plus efficace. Alors, il est où, le problème?», plaide Jean Charest.

De la même façon, il ne voit ni problème ni contradiction dans sa volonté d'abolir les régies régionales de la santé alors qu'il prône une décentralisation des services entre les mains des décideurs régionaux. Les régies sont un outil de décentralisation qui n'a pas fonctionné, soutient M. Charest, qui préfère remettre la gestion entre les mains du ministère et directement aux directions des hôpitaux.

Gel des dépenses

Avec la discipline d'un politicien en campagne électorale, M. Charest connaît son plan d'action et répète les mêmes exemples, martèle les mêmes arguments d'une tribune à l'autre. Il a visiblement hâte d'en découdre avec ses adversaires. «Avec le dépôt de notre plan d'action, le débat change de niveau. On tombe dans les idées. Elles ne sont pas parfaites, nos idées, j'en conviens, mais maintenant, je m'attends à ce que les autres fassent de même», lance-t-il sur un ton de défi.

M. Charest est particulièrement fier d'avoir présenté à la population le cadre financier de ses engagements. Il jongle avec les chiffres de son document sans difficulté. Mais il se montre moins précis quant à la façon dont un gouvernement libéral s'y prendrait concrètement pour geler les dépenses de tous les ministères sauf à la Santé et à l'Éducation tout en diminuant du même coup les impôts de 27 % en cinq ans.

Pour y parvenir, Jean Charest affirme qu'il faut d'abord et avant tout «éviter le dogmatisme» comme le propose son adversaire Mario Dumont. Le chef du PLQ s'engage donc à entreprendre un vaste examen de tous les ministères, organismes gouvernementaux et sociétés d'État, ce qui implique un gel des dépenses méthodique et étalé dans le temps. Mais du même souffle, il estime qu'il serait possible de se serrer la ceinture dès la première année d'un mandat libéral.

Quant à savoir quelles sont les activités ou les structures qui pourraient disparaître, Jean Charest se montre prudent. Il note que la Société générale de financement verra son mandat resserré et que le système des crédits d'impôt mis en place par le Parti québécois notamment pour stimuler la création d'emplois dans la Cité du commerce électronique et la Cité du multimédia sera freiné.

M. Charest réserve un rôle important au secteur privé dans cette opération de dégraissage. Le dossier des infrastructures et des transports en est un exemple. Mais tout reste à définir; le plan d'action n'est que l'étape préliminaire avant la plate-forme électorale.

Référendum sur les points d'impôt

Le chef libéral se montre plus tranchant face à l'intention du premier ministre Bernard Landry de revenir à la charge avec son idée d'un référendum sur le rapatriement de points d'impôt afin de forcer Ottawa à régler le déséquilibre fiscal. Pour M. Charest, l'idée de tenir un tel référendum risque d'être difficile à accepter pour la population, d'autant plus qu'il n'y a pas d'opposants au Québec.

«Une dépense de plusieurs millions de dollars sur un sujet sur lequel on s'entend, ça relève de l'absurde, laisse tomber M. Charest. On ne fait pas des référendums pour s'acheter du temps politiquement et pour se soulager d'un malaise politique.»

Selon lui, personne n'est dupe de la nature d'une telle opération, qui ne serait qu'«une manipulation partisane pour redorer le blason du PQ». «Ça dévalue le référendum comme instrument de débat et de décision au Québec», juge-t-il.

Il estime toutefois que tôt ou tard, le gouvernement fédéral devra reconnaître le déséquilibre fiscal et y remédier. Mais la dynamique changera, croit Jean Charest, lorsque les provinces se serreront les coudes, ce qui sera possible avec un gouvernement libéral, ajoute-t-il.