Hôpitaux, Legault sort le fouet

Si les usagers sont plus que satisfaits du système de santé, le bulletin des hôpitaux dévoilé hier par le ministre de la Santé, François Legault, démontre qu'au Québec, seuls quelques hôpitaux régionaux obtiennent une note parfaite. Encore une fois, les grands hôpitaux de la métropole, souvent les plus achalandés, décrochent les pires scores.

Le ministre François Legault a qualifié hier ce premier bulletin des hôpitaux, publié ce matin dans plusieurs quotidiens, «d'étape cruciale» pour assurer la pérennité du système de santé. «Notre but n'est pas de pointer du doigt. Au contraire, nous souhaitons stimuler tout le monde aux défis d'amélioration. Ces bulletins de santé représentent un tournant vers une plus grande responsabilisation», a-t-il dit.

Promis depuis le printemps dernier, cet exercice de transparence, destiné à fouetter les gestionnaires du réseau et à donner l'heure juste au public, a permis de chiffrer à 95 % la satisfaction moyenne de 35 000 usagers ayant reçu des soins de santé au cours de la dernière année, a indiqué hier le ministre. «C'est un résultat extraordinaire», s'est-il réjoui hier.

Ces personnes ont été sondées sur l'accessibilité, la qualité, la dignité et la continuité des services reçus.

Le bulletin de santé des hôpitaux est toutefois moins rose en ce qui a trait aux urgences. On y constate que les urgences desservant les plus gros bassins de population, dans la grande région de Montréal, en Montérégie et à Québec, récoltent plus souvent qu'à leur tour des D et des E. C'est notamment le cas des urgences du CHUM (E), de l'hôpital Santa Cabrini (E), de l'hôpital Laval (E) à Québec et des hôpitaux Angrignon (D), Maisonneuve-Rosemont (D), de l'Institut de cardiologie (D) et des urgences du Centre hospitalier universitaire de Québec (D), pour n'en nommer que quelques-uns. À Montréal, seuls les hôpitaux pédiatriques Sainte-Justine et de Montréal pour enfants semblent échapper à l'opprobre.

Les urgences qui ont reçu un A, à l'exception de celle du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS), sont concentrées dans des petits hôpitaux de région. Si l'on ajoute la performance financière au tableau général, ce sont les hôpitaux d'Amos, Saint-Joseph-de-la-Malbaie, l'Hôtel-Dieu de Saint-Jérôme, l'Hôtel-Dieu d'Arthabaska et le CHUS qui sortent grands gagnants de ce premier bulletin de santé.

Même si la piètre performance des urgences se concentre dans les milieux urbains, le ministre Legault ne juge pas pour autant nécessaire d'ajouter des ressources dans les hôpitaux de la métropole. Au contraire, ces hôpitaux devront s'engager à signer des contrats de performance avec les régies, définissant des objectifs cliniques et financiers précis à atteindre pour améliorer leurs services.

«On sait que les hôpitaux de Montréal sont plus grands, et que ça demande une plus grande coordination. Mais on ne nous a pas démontré que le financement [y] était moins bon. Il n'y a pas de raison pour que la performance [à Montréal] soit moins bonne qu'ailleurs», a insisté M. Legault.

Le ministre cite d'ailleurs en exemple les urgences du Centre de santé McGill (CUSM) qui, avec des notes variant entre B et C, font bien meilleure figure que les urgences du CHUM. Le ministre Legault a dit avoir l'intention d'«accompagner les hôpitaux» dans leur démarche mais n'a pas pour l'instant le projet d'y injecter de nouvelles ressources. «C'est mathématiquement impossible de baisser les impôts et de donner tous les soins à la population», a indiqué M. Legault, s'en prenant ouvertement aux promesses faites jeudi dernier par le chef libéral Jean Charest.

Il a aussi décoché une flèche très claire au chef adéquiste Mario Dumont, en décrivant ce bulletin de santé comme un des leviers essentiels pour améliorer la performance du réseau et protéger son caractère public. «Comme ça, a-t-il dit, on va sauver notre système de santé public plutôt que d'ouvrir la porte au privé comme certains le proposent.»

Les réactions à ce premier bulletin ont été nombreuses. Les libéraux ont qualifié l'exercice d'«opération de marketing», destinée à faire croire à la population que tout va pour le mieux dans le réseau de la santé. Le député Jean-Marc Fournier, critique libéral en matière de santé, estime qu'un réel bilan de la qualité des services donnés à la population devrait inclure les délais d'attente pour obtenir une chirurgie ou un rendez-vous chez les médecins. Le chef libéral, Jean Charest, a renchéri en affirmant hier dans la métropole «qu'il y avait à Montréal des ratés majeurs dans le réseau de la santé, notamment en ce qui a trait à l'accessibilité aux soins».

La porte-parole de l'Action démocratique en matière de santé, Sylvie Lespérance, a quant à elle déploré le manque de solutions proposées par le ministre Legault. «C'est bien beau un bulletin de santé, mais il faudrait aussi donner des outils additionnels aux personnes qui travaillent dans notre système de santé», a-t-elle affirmé.

Du côté des hôpitaux, toutefois, on se félicite du haut taux de satisfaction témoigné par la clientèle. Le président de l'Association des hôpitaux du Québec, Daniel Adam, y voit la preuve que les gestionnaires font du bon travail, «en dépit des problèmes de pénurie infirmière et médicale et du sous-financement chronique des hôpitaux». Par ailleurs, l'AHQ n'en demeure pas moins convaincue que le ministère doit perfectionner son outil d'évaluation et tenir compte de toutes les activités hospitalières.

«Ce taux de satisfaction est un baume pour ceux qui travaillent dans les hôpitaux, mais ça ne dit rien sur ceux qui ne sont pas entrés dans le système. On voit bien qu'on n'a pas sondé ceux qui attendaient dans les urgences», a pour sa part commenté le Dr Yves Dugré, porte-parole de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ).

Selon ce dernier, Québec a sa part de responsabilité dans la piètre note obtenue par plusieurs hôpitaux universitaires. «On critique le fait d'être encore sur plusieurs sites. Mais le ministère ne fait rien pour accélérer la construction du CHUM et du CUSM, deux projets constamment retardés», dit-il.

Au sein même du CHUM, on se montrait peu surpris par les «E» affublés aux urgences des trois hôpitaux fusionnés. Le directeur général du CHUM, le Dr Denis R. Roy, reconnaît qu'il «reste beaucoup de travail à faire». «Je n'ai pas d'excuse, mais certaines situations ont changé, notamment le fait que nous recevons 30 % plus d'ambulances qu'en 1997», a-t-il invoqué.

Sur le terrain, le taux de satisfaction observé chez les usagers a tout de même de quoi alléger un peu les difficultés quotidiennes vécues dans les corridors. «Cette satisfaction nous rassure, mais la note donnée à notre urgence, ça n'a rien de très rafraîchissant pour ceux qui travaillent très fort et dans des conditions difficiles», a commenté hier le Dr Pierre Desaulniers, coordonnateur des urgences au CHUM. «Ils ont choisi un seul critère: la durée de séjour. Ça ne tient pas compte de l'âge des patients, ni de la complexité des cas. Est-ce que ça reflète l'effort global qui est fait ici? Je ne pense pas», a-t-il dit.

Pour sa part, la présidente de la Centrale des syndicats du Québec, Monique Richard, qui représente 8000 travailleurs de la santé, a dit craindre l'effet démobilisateur d'un tel bulletin. Denise Boucher, vice-présidente de la CSN, croit quant à elle que des «données aussi parcellaires ne donnent pas l'heure juste sur la véritable situation dans la très grande majorité des centres hospitaliers au Québec».