Le vol coûte cher au fédéral

Ottawa — Les ordinateurs, téléphones cellulaires, blackberrys et autres appareils électroniques sont des biens qui ne font que passer dans les bureaux du gouvernement fédéral. Le vol ou la disparition de ces équipements coûteux a fait perdre des millions de dollars à Ottawa l'an passé. Et c'est le ministère de l'Industrie qui remporte la palme du plus grand détroussé.

Ainsi, en 2004-2005, les ministères fédéraux se sont fait dérober pas moins de 186 ordinateurs portables et autant d'ordinateurs de bureau pour une valeur de un million de dollars. À cela s'ajoutent les quelque 200 000 $ perdus en appareils de télécommunication divers volés.

Les chiffres explosent toutefois lorsqu'on comptabilise les appareils «perdus» par le ministère de l'Industrie: 782 moniteurs, 728 ordinateurs, 317 ordinateurs portatifs, 177 imprimantes, 142 téléphones cellulaires, 74 télévisions et caméras, 36 projecteurs, 26 lecteurs de microfiches ou machines à écrire, 24 blackberrys,

24 serveurs. Le tout sur une période de trois ans, contrairement aux autres ministères. Reste qu'en tout, ces pertes, de même que les quelques vols reconnus comme tels, ont coûté aux contribuables 5,64 millions de dollars. «La valeur de ces équipements représente 1,42 % de tout le matériel du ministère», relativise la porte-parole Annie Cuerrier.

Outre le ministère de l'Industrie, les Travaux publics et Services gouvernementaux semblent eux aussi avoir de la difficulté à protéger leurs ordinateurs. Ils en ont perdu 57 de bureau et 14 portatifs, pour une valeur représentant 180 000 $.

Ces perles ne sont pas les seules à attirer l'attention dans les livres des Comptes publics dévoilés hier. Ainsi, à Travaux publics, on a découvert cinq cas d'ex-travailleurs ou de leurs survivants recevant encore leur chèque de pension même s'ils étaient décédés. Des amis ou membres de la famille les encaissaient impunément. Ces cinq cas ont coûté en moyenne 80 000 $ chacun au gouvernement. De ce chiffre, Ottawa a renoncé à recouvrer les deux tiers ou 240 000 $. Comment cela a-t-il pu se produire?

«Des vérifications sont en cours présentement», explique le porte-parole du ministère, Mario Baril. L'an dernier, Travaux publics a vérifié tous ses pensionnés de 100 ans et plus. Cette année, il s'intéresse à ceux de 90 à 100 ans. «Il y a des pourparlers actuellement avec d'autres ministères pour permettre des échanges d'information personnelle afin que des cas comme ceux-là ne se reproduisent pas.»

À l'Agence canadienne de développement international, plusieurs fonctionnaires se la sont coulée douce. En effet, 178 d'entre eux ont falsifié leurs réclamations de temps supplémentaire, dérobant ainsi au gouvernement 67 136 $. À cela s'additionnent les 4555 $ découlant de l'utilisation non autorisée de cartes de crédit du gouvernement, les 1740 $ en billets de taxi et les 220 $ recensés d'utilisation à des fins personnelles d'un téléphone cellulaire.

«L'ACDI prend très au sérieux la perte de fonds publics et nous avons ouvert une enquête dans le but de récupérer ces sommes», a déclaré hier le porte-parole Clément Bélanger. Pour l'instant, ces montants figurent dans la colonne des sommes dont la récupération n'est pas prévue.

Le programme d'assurance-emploi, quant à lui, a remboursé des réclamations frauduleuses totalisant pas moins de 68 millions de dollars l'année dernière. De ce chiffre, près du quart a déjà été récupéré et le reste suivra. Seule une tranche de 1,6 million est considérée comme une perte sèche.

La lecture des Comptes publics révèle par ailleurs bien des travers de la population canadienne, qui n'hésite pas à se servir à même les biens publics. Ainsi Parcs Canada s'est fait chiper un tuyau d'incendie (200 $), une marche d'escalier en aluminium (300 $) et Pêches et Océans, un lampadaire de quai (800 $)! Ah oui! On signale aussi la perte, à Affaires indiennes, d'un... taille-crayon d'une valeur de 10 $. L'avis de recherche est lancé.