800 millions pour combattre l'obésité chez les jeunes

Branle-bas de combat dans la lutte contre l'obésité, l'embonpoint et la sédentarité de la jeunesse québécoise. Pour encourager les jeunes à adopter de saines habitudes alimentaires et à consacrer plus de leur temps à l'activité physique, Québec pourrait disposer très vite d'un budget de 800 millions de dollars jusqu'en 2015, financé à moitié par la Fondation Lucie et André Chagnon, a appris Le Devoir. L'offre est conditionnelle toutefois à un effort financier de la part du gouvernement et à la mise en place rapide d'une série de mesures, comme par exemple l'adoption d'une politique québécoise en alimentation ou l'octroi d'avantages fiscaux accordés aux fabricants et distributeurs de bouffe santé dans les écoles et garderies, prévient l'Équipe de travail pour mobiliser les efforts de prévention dans un rapport qui doit être dévoilé ce matin.

«La Fondation Lucie et André Chagnon consent [...] à verser une somme globale de 400 millions de dollars durant les 10 prochaines années afin de financer 50 % des dépenses relatives à la mise en oeuvre et à l'évaluation du projet [intitulé] Le développement de jeunes en santé au Québec, peut-on lire dans le document dont Le Devoir a obtenu copie. Et ce, en partenariat avec le gouvernement, dans l'optique où celui-ci financerait l'autre 50 %.»

La somme est substantielle. Elle vise ainsi à donner des ailes à ce projet qui se résume à 62 recommandations faites par le groupe de réflexion formé par l'administration Charest dans la foulée du Forum des décideurs d'octobre 2004. L'objectif? Explorer, dans un contexte de lutte contre l'obésité et la sédentarité, les solutions pour encourager l'offre d'aliments sains à prix abordable dans les écoles et garderies. Le groupe devait aussi se pencher sur les moyens à mettre en oeuvre pour faire grandir les jeunes dans des environnements favorisant l'activité physique.

Un an plus tard, le plan de match est donc sur la table. Et le programme s'annonce chargé...

L'Équipe de travail formée de personnes oeuvrant dans les milieux scolaires, de la santé, de la jeunesse ou des affaires municipales recommande en effet à Québec d'adopter rapidement une politique québécoise en alimentation afin de mieux encadrer le développement de modes de vie sains. Cet encadrement passerait entre autres, selon le groupe, par une révision des réglementations «concernant la publicité faite aux jeunes, notamment en matière d'alimentation», une révision de la réglementation des zones scolaires «pour limiter l'installation des établissements de restauration rapide à proximité des écoles», l'octroi de subventions pour mettre plus de verdure dans les menus des établissements scolaires ainsi que la sensibilisation du personnel des services alimentaires aux vertus du Guide alimentaire canadien.

Des incitatifs fiscaux

La taxe sur la malbouffe étant impopulaire, ce comité propose par ailleurs l'inverse en demandant à Québec d'accorder plutôt des avantages économiques et fiscaux aux épiceries et producteurs de produits sains vendus dans les écoles et les garderies. Ce genre d'incitatifs pourrait aussi s'appliquer «aux ménages dont les membres s'inscrivent à des activités sportives», écrit-il.

Tout en conseillant à Québec de «revoir les contrats avec les concessionnaires alimentaires» dans les écoles pour les rendre conformes à la politique en alimentation, le groupe y va aussi de quelques recommandations simples pour faire fondre le gras en trop des jeunes Québécois. Avec, en tête, la «valorisation de l'utilisation des fontaines afin d'augmenter la consommation d'eau» — et limiter celle des boissons gazeuses au sucre —, et l'aménagement dans les écoles d'endroits «pour entreposer les vélos», peut-on lire dans le document remis il y a quelques semaines au ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard.

Urgence d'agir

Augmentation du temps dédié au sport, aménagement d'espaces de loisir dans les villes, formation des consommateurs pour les aider à identifier la malbouffe à l'épicerie, valorisation du transport en commun, aménagement sécuritaire des «réseaux de transport actif dans les zones scolaires», les recommandations faites par ce «premier comité intersectoriel» dans l'histoire du Québec, mis sur pied pour améliorer la santé des jeunes, n'ont visiblement rien voulu laisser au hasard. La démarche du comité a été guidée, selon lui, par «l'épidémie d'obésité [qui] nécessite une intervention urgent».

C'est que les mauvaises habitudes semblent plutôt bien installées au Québec, reconnaissent les membres du groupe de travail. En 2003, par exemple, «la proportion de jeunes de 12 à 17 ans qui atteignait le niveau recommandé d'activité physique» (une heure par jour) était de 52 % chez les garçons et 35 % chez les filles. Pis, dans des environnements toujours plus obésogènes cohabitant «avec la valorisation de la minceur», fait remarquer le groupe, près d'un jeune sur 4, âgé de 6 à 16 ans, doit composer avec un surplus de poids. Un problème que 30 à 50 % des enfants et 50 à 70 % des adolescents qui en souffrent traînent généralement jusqu'à l'âge adulte.

Pour renverser la vapeur, l'équipe de travail invite donc le gouvernement à mettre en place «une instance interministérielle décisionnelle, relevant du premier ministre», peut-on lire, afin de coordonner une stratégie nationale pour «le bien-être et le développement des jeunes». Elle encourage aussi vivement les partenariats public-privé (PPP) afin de dynamiser cette stratégie. «Le secteur privé, à but lucratif ou non lucratif, est aussi un acteur à rallier autour des objectifs visant la santé des jeunes. [Il] offre des occasions à saisir», peut-on lire.

La contribution, sous condition, de 400 millions de dollars de la Fondation Lucie et André Chagnon, fondation privée à but non lucratif créée par l'ex-magnat des communications pour la prévention de la pauvreté et de la maladie, donne le ton, estime le groupe de réflexion. Il attend maintenant la réponse du gouvernement, cet automne, avec la présentation, espère-t-il, «d'un plan d'action comportant des objectifs clairs et un échéancier à court terme» en réponse à ses nombreuses recommandations, conclut le document.